La fin d’année est décidément brutale pour l’industrie. Après l’annonce de faillite de Brandt — l’un des derniers acteurs de l’électroménager made in France — et du magazine 60 Millions de consommateurs, qui devrait bientôt passer aux mains d’un actionnariat privé, c’est au tour d’un autre grand nom français de disparaître (du moins tel qu’on le connaît). Le fonds d’investissement français Ardian, entré au capital de Prosol en 2017, a officialisé la vente de sa participation majoritaire au géant américain Apollo. Prosol, cœur du groupe Grand Frais, rassemblait plus de 10 000 salariés en France et un chiffre d’affaires estimé entre 4,5 et 5 milliards d’euros.
L’opération, annoncée le 16 décembre 2025, reste soumise à des autorisations réglementaires et devrait se conclure au deuxième trimestre 2026. Apollo, qui gère 85 milliards de dollars et détient déjà 15 milliards d’euros en France (dont chez Air France-KLM), renforce ainsi sa présence européenne. De son côté, Ardian avait tenté de vendre à plusieurs reprises : en 2021 avec une valorisation à 3,2 milliards d’euros, puis en 2023. Les termes financiers actuels ne sont pas divulgués, mais la valorisation oscille entre 4 et 5 milliards d’euros, soit une belle plus-value pour Ardian qui avait investi autour de 1,7 milliard pour 70% des parts.
Grand Frais va-t-il disparaître ?
Grand Frais ne ralentit pas son rythme, avec plus de 330 magasins en France, et une vingtaine d’ouvertures annuelles prévues. L’arrivée du fonds américain dans l’équation pourrait toutefois bousculer la culture familiale lyonnaise, en transformant l’approche du magasin. Pour l’heure, rien n’indique un virage radical : l’accent reste sur la croissance organique et les acquisitions tactiques. Apollo, avec son réseau mondial, pourrait accélérer l’export ou les partenariats internationaux, tout en maintenant les 450 magasins visés en France. Reste à voir si les autorités antitrust valident ce transfert sans aucune objection.
En abandonnant son ancrage tricolore, Grand Frais passe aux mains de l’Oncle Sam. Vu les relations tendues qui animent la France et les États-Unis depuis la réélection de Donald Trump, il va falloir rester prudents. Reste que pour les consommateurs, l’offre devrait perdurer, sans changement drastique pour le moment.
L’enseigne, née en 2008, a transformé la distribution de frais en succès populaire, en suivant un concept alternatif aux hypermarchés classiques (eux-même en péril, comme le prouve le modèle Auchan, dont plusieurs points de vente ont été absorbés par Lidl). Avec Apollo, l’heure est à l’accélération : plus de points de vente, formats diversifiés et peut-être une incursion dans le e-commerce. Les prochains mois diront si ce mariage transatlantique dope la conquête ou freine l’élan familial.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.