C’est la fin d’une époque. L’article 71 du projet de loi de finances 2026 vient de porter un coup fatal à l’Institut national de la consommation, chargé depuis un demi-siècle d’éditer 60 Millions de Consommateurs, rapporte le journal L’Humanité. Ce samedi 13 décembre 2025, les sénateurs ont acté cette mesure malgré des amendements de suppression, programmant la fermeture d’ici mars 2026 et une cession probable à un privé. Cette décision survient après des années de fragilité financière, alors que le magazine, sans publicité ni influence commerciale, proposait des tests de produits et services en tous genres.
Une privatisation à venir qui inquiète
Aujourd’hui, la cession à un acteur privé semble inévitable. Pourtant, les comptes ne plaident pas en faveur d’une économie miracle. Le budget annuel de l’INC avoisine 11,6 millions d’euros, tandis que la liquidation, plans sociaux inclus, coûtera 8 à 10 millions dès l’année prochaine. Plus concrètement, liquider le site coûte presque autant que maintenir un an de plus. Beaucoup dénoncent d’ailleurs une érosion lente et méthodique des fonds alloués à l’institut. Une tribune dans Le Monde du 9 décembre 2025 dénonce cette “asphyxie organisée”.
La plus grosse inquiétude réside dans l’avenir du magazine. Son potentiel rachat par un fonds privé sonne pour beaucoup comme la porte ouverte aux lobbies, qui rendraient impossibles les critiques sur les grandes enseignes lorsque les intérêts convergent. Dans un paysage médiatique dominé par des groupes aux capitaux privés, perdre la neutralité d’un média historiquement placé du côté des droits des consommateurs inquiète. Rappelons que le média avait notamment alerté sur les pratiques publicitaires de Wish en 2018, avant de sacrer il y a quelques jours Xiaomi comme la marque la plus fiable du marché. Une fois racheté par un acteur privé aux intérêts financiers évidents, comment 60 Millions de Consommateurs va-t-il continuer à pointer efficacement les entourloupes de la grande distribution, les failles des appareils électroniques et leur tendance à l’obsolescence programmée ? Pour le sénateur Fabien Gay, c’est la fin du “dernier magazine indépendant des puissances de l’argent et de la pression des lobbies“.
Quel avenir pour le magazine ?
Le couperet est attendu pour le 31 mars 2026 au plus tard. 60 emplois sont menacés, dont une vingtaine de journalistes. L’espoir d’un sursis semble mince, alors même que des opposants parient sur l’Assemblée nationale pour bloquer ou modifier le texte. En cas de privatisation, l’indépendance éditoriale pourrait être compromise, transformant un magazine d’intérêt général en produit marchand. Reste que pour le moment, aucune confirmation de reprise n’est annoncée à ce jour, ce qui laisse planer un risque de disparition pure et simple pour le magazine.
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