À Shenzhen comme ailleurs en Chine, la livraison à domicile a colonisé les villes jusque dans leurs étages les plus élevés. Dans certains immeubles, l’attente pour monter peut durer si longtemps qu’elle plombe toute une tournée. La réponse ne vient ni des applications ni des gestionnaires d’immeubles, mais des travailleurs de l’ombre : ils prennent le relais au pied des tours, montent les repas à la place des livreurs, et redescendent aussitôt. Une organisation bricolée mais efficace, décrite par le New York Times.
L’ascenseur vaut de l’or
Dans les quartiers d’affaires chinois, les gratte-ciel concentrent des milliers de salariés sur quelques dizaines d’étages. À l’heure du déjeuner, la densité ne se mesure plus en mètres carrés, mais en temps d’attente devant les ascenseurs. Pour un livreur payé à la course, patienter vingt ou trente minutes pour atteindre un bureau est un luxe qu’il ne peut pas se permettre.
À Shenzhen, cette contrainte a donné naissance à une solution simple : déléguer la montée. Devant certaines tours, des « coureurs de dernier mètre » attendent les scooters, récupèrent les sacs isothermes et se chargent de livrer les repas jusqu’aux portes des bureaux. Le tout pour une poignée de yuans, réglés en quelques secondes grâce à un QR code accroché au cou.
Le principe est bien rodé. Les livreurs déposent, repartent aussitôt, et enchaînent les commandes. Les coureurs, eux, affrontent la foule, les ascenseurs capricieux et les couloirs interminables. Beaucoup optimisent : ils attendent d’avoir plusieurs sacs avant de monter, parfois six ou sept par main, histoire de rentabiliser l’ascension.
L’un des exemples les plus spectaculaires se trouve au SEG Plaza, une tour emblématique de Shenzhen. Avec ses 70 étages et son immense marché d’électronique, l’immeuble est devenu un terrain d’expérimentation grandeur nature pour cette micro-économie. Les gains restent modestes, autour de 100 yuans par jour (environ 12 €). Une somme loin du salaire moyen local, mais suffisante pour un adolescent ou pour des retraités venus compléter leur pension. Beaucoup d’entre eux ont dépassé l’âge légal de la retraite et apprécient autant l’activité physique que le revenu.
De très jeunes enfants se sont aussi invités dans la course, encouragés par leurs parents durant l’été. Des vidéos virales ont poussé les autorités locales à intervenir, interdisant ces pratiques pour des raisons de sécurité.
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