Le discours de Vladimir Poutine lors du forum AI Journey à Moscou en novembre dernier ne laisse guère de place au doute. Pour le président russe, les grands modèles de langage occidentaux ne sont pas que des outils technologiques : ce sont des instruments capables de « façonner les opinions de nations entières ». Une menace, selon lui, qui justifie une rupture nette avec les solutions étrangères.
Couper la Russie du reste du monde
La réponse du Kremlin est de développer des modèles d’IA strictement nationaux, encadrés par une task force pilotée depuis le sommet de l’État. Officiellement, il s’agit de préserver la « souveraineté technologique et des valeurs ». Dans les faits, cette rhétorique masque mal une volonté d’isolement numérique.
Le message envoyé aux administrations et aux grandes entreprises ne souffre d’aucune ambiguïté : l’IA devra être adoptée massivement, mais uniquement si elle est conçue en Russie et conforme aux orientations du régime. Les systèmes étrangers sont considérés comme inacceptables, notamment pour les usages liés à la sécurité nationale, au motif que des données sensibles pourraient « fuir » en dehors du pays.
Cette logique rappelle fortement celle à l’œuvre en Chine, où l’IA est pensée comme un prolongement de l’appareil d’État, avec à la clé le filtrage de l’information, l’alignement idéologique des réponses et la surveillance diffuse de la population. En Russie, le projet semble suivre la même trajectoire, avec des modèles conçus pour refléter une vision du monde compatible avec le discours officiel du Kremlin.
Sur le plan industriel, Moscou s’appuie sur deux piliers : Sberbank, avec son modèle Gigachat, et Yandex, à l’origine de Yandex GPT. Sberbank a profité du forum pour présenter une nouvelle version de Gigachat et une série de démonstrations spectaculaires : robots humanoïdes, distributeurs automatiques capables d’analyser des paramètres de santé, ou encore outils médicaux automatisés.
Mais derrière la mise en scène, les limites sont visibles. La chute très médiatisée d’un robot humanoïde lors d’un événement récent, sous les yeux de Vladimir Poutine, a rappelé que l’écart demeure immense avec les leaders mondiaux du secteur. Surtout, les ambitions russes se heurtent à un sérieux obstacle : les sanctions occidentales. En restreignant l’accès aux puces avancées et au matériel de calcul de pointe, elles freinent directement la capacité du pays à entraîner et déployer des modèles compétitifs à grande échelle.
Le Kremlin affiche pourtant des objectifs économiques démesurés. D’ici à 2030, l’IA devrait générer plus de 11.000 milliards de roubles de contribution au PIB (environ 115 milliards d’euros). Pour y parvenir, Vladimir Poutine pousse à la construction accélérée de centres de données et à la sécurisation de leur alimentation électrique, en évoquant même le recours à de petites centrales nucléaires dédiées.
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