Le premier mérite de cette étude, c’est d’aller au-delà des slogans. Plutôt que de parler d’« impacts évités », les auteurs ont cherché à mesurer des impacts nets, en tenant compte à la fois des gains permis par le numérique et de ce qu’il coûte réellement en ressources, en énergie et en équipements. Résultat : dans plusieurs cas concrets (éclairage public, réseaux électriques, agriculture, télétravail), le numérique peut effectivement améliorer les choses. Ajuster l’intensité des lampadaires, mieux exploiter les lignes à haute tension ou optimiser l’usage d’engrais permet effectivement de consommer moins d’énergie ou de limiter certaines émissions.
Des économies, mais à petite échelle
Mais ces gains restent modestes. À l’échelle d’une ville ou d’un secteur entier, ils ne suffisent pas à inverser les grandes tendances environnementales. Le numérique aide à faire un peu mieux, pas à changer radicalement de trajectoire. Autre surprise (qui n’en sera pas vraiment une…) : les solutions les plus simples sont souvent les plus efficaces. Des dispositifs sobres, peu connectés et limités en équipements peuvent avoir un meilleur bilan environnemental que des systèmes très sophistiqués, bourrés de capteurs et de communications.
L’étude met aussi en lumière ce que l’on évoque moins volontiers : les effets rebonds. Une économie d’énergie ici peut se traduire par une dépense ailleurs. Par exemple, les gains financiers réalisés grâce à une solution numérique peuvent être réinvestis dans d’autres projets… pas forcément vertueux sur le plan environnemental. Dans certains scénarios, une fois ces effets pris en compte, le bilan global devient beaucoup moins flatteur, voire négatif.
Autre souci : le numérique peut déplacer les problèmes plutôt que les résoudre. Réduire les émissions de CO₂ tout en augmentant la consommation de métaux ou de ressources fossiles est un arbitrage pour le moins discutable. Les auteurs rappellent enfin que tout n’est pas mesurable. Faute de données, certains impacts restent hors du champ des calculs : dans ce cas, mieux vaut ne pas surinterpréter les chiffres.
L’enseignement de cette étude au long cours de l’ADEME est qu’il faut probablement moins d’enthousiasme automatique pour les solutions connectées, et plus d’évaluations au cas par cas en tenant compte de l’ensemble des impacts. Y compris ceux que l’on préférerait oublier. Au final, le message est assez simple. Le numérique peut être un levier intéressant pour la transition écologique, mais il faut l’utiliser avec parcimonie et discernement. Il ne remplace ni les politiques de sobriété, ni les transformations structurelles des infrastructures ou des usages.
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