Le 22 décembre dernier, les développeurs d’Ubisoft Halifax célébraient une victoire : 61 employés rejoignaient le syndicat Game & Media Workers Guild of Canada après un vote favorable à 73,8 %. Jon Huffman, programmeur principal du studio, décrivait ce moment comme « un immense soulagement » devant les caméras de CTV News. Deux semaines plus tard, ces mêmes employés apprenaient la fermeture pure et simple de leur studio.
Ubisoft balaie toute corrélation avec un argumentaire rodé en expliquant que cette décision s’inscrit dans un plan de restructuration entamé il y a deux ans pour « rationaliser les opérations, améliorer l’efficacité et réduire les coûts ». Le message passe difficilement quand on connaît le timing. Les 71 postes supprimés bénéficieront de packages de départ et d’un accompagnement professionnel, mais ça ne rendra pas leur emploi à ces développeurs qui bossaient sur des jeux mobiles Rainbow Six et Assassin’s Creed.
Un carnage qui dépasse largement Halifax
Halifax n’est qu’une ligne supplémentaire sur une longue liste noire. En octobre 2024, Massive Entertainment proposait des départs volontaires à certains de ses salariés. Ce studio suédois, pourtant responsable de franchises solides comme The Division, Star Wars Outlaws et Avatar Frontiers of Pandora, n’échappe pas au couperet.
Les fermetures s’enchaînent depuis plusieurs années. San Francisco, Londres, Leamington… Ubisoft multiplie les goodbye dans ses bureaux internationaux. Le bilan 2024 est édifiant avec 8 % d’effectifs en moins. On parle de centaines de postes volatilisés, de compétences perdues, de projets avortés.
Cette hémorragie révèle un malaise profond chez l’éditeur français. Malgré des licences bankables et une présence mondiale, Ubisoft peine à maintenir sa rentabilité. Les investissements dans des projets ambitieux comme Skull and Bones ou Star Wars Outlaws n’ont pas généré les retours espérés.
Vers une nouvelle vague de licenciements ?
Ubisoft a clairement indiqué que cette stratégie de réduction des coûts s’étale sur 24 mois. On arrive bientôt au terme de cette période, mais rien n’indique que l’hémorragie va s’arrêter. L’industrie du jeu vidéo enchaîne les mauvaises nouvelles depuis deux ans, avec des dizaines de milliers d’emplois supprimés chez Microsoft et EA pour ne citer qu’eux.
La situation financière d’Ubisoft reste tendue malgré des franchises qui continuent de générer du chiffre d’affaires. L’entreprise doit composer avec des budgets de développement toujours plus élevés, des délais qui s’allongent et un public de plus en plus exigeant. Chaque flop commercial se paie cash en postes supprimés.
Pour les développeurs qui restent, l’ambiance n’est clairement pas au beau fixe. La syndicalisation d’Halifax témoignait justement d’une volonté de mieux défendre leurs droits face à un management sous pression. Leur fermeture express envoie un signal glaçant aux autres studios du groupe où se syndiquer ne protège pas de la hache. Ubisoft Halifax rejoint donc le cimetière des studios fermés. Une histoire qui se répète en boucle dans l’industrie, où les annonces de licenciements succèdent aux records de chiffre d’affaires.
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