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La mégaconstellation de Blue Origin (Amazon) : 5 400 satellites qui menacent de saturer l’orbite

Alors que l’orbite basse ressemble déjà au périph’ parisien en pleine heure de pointe, Jeff Bezos veut en rajouter une couche avec un tout nouveau projet : TeraWave.

Depuis sa naissance à l’aube du millénaire, Blue Origin s’est imposée comme le rival acharné de SpaceX dans l’arène de l’aérospatial privé. En fondant la firme en 2000, Jeff Bezos visait premièrement la préservation de notre planète bleue. Son crédo ? Transformer l’espace en une nouvelle zone industrielle pour épargner les ressources terrestres, tout en faisant baisser les coûts d’accès à l’orbite basse.

Mais pour déplacer les industries lourdes et polluantes dans l’espace (le but ultime de Bezos), il faut un sacré paquet d’argent, d’où la naissance du Project Kuiper en 2023 (récemment rebaptisé Amazon Leo). Cette première mégaconstellation de l’entreprise se veut être un service de connectivité satellitaire, mais également une vache à lait orbitale servant à financer les rêves du milliardaire.

L’appétit gargantuesque de Bezos semble n’avoir aucune limite, et après avoir ciblé le grand public, il s’attaque désormais au système nerveux de l’économie mondiale. Si Amazon Leo est destiné à la connectivité de masse, sa nouvelle constellation, TeraWave, sera l’artillerie lourde de Blue Origin. Avec 5 400 satellites, l’entreprise promet aux gouvernements et entreprises des débits lunaires grâce à des liaisons laser en orbite moyenne.

TeraWave : l’arme secrète de Bezos pour détrôner Starlink

Pour séduire le haut du panier, hors de question pour Bezos de ne fournir qu’une pâle copie de ce que propose déjà Starlink ; il faut faire mieux. TeraWave fonctionnera grâce à un bataillon de 5 280 satellites en orbite basse (LEO) pour la réactivité, soutenu par une garde rapprochée de 128 unités en orbite moyenne (MEO). Si les premiers assurent un débit déjà musclé de 144 Gb/s ; ce sont les seconds qui propulseront le réseau à un niveau stratosphérique.

Grâce à des liaisons optiques laser (OISL – Optical Inter-Satellite Links) unissant les satellites entre eux, TeraWave promet à ses futurs clients une bande passante délirante de 6 Tb/s : c’est environ 6 000 fois plus rapide qu’une excellente connexion fibre domestique.

Comme l’a affirmé Blue Origin dans un communiqué, ce réseau répondra aux « besoins non satisfaits des clients qui recherchent un débit plus élevé, des vitesses symétriques et une redondance accrue ». L’autre argument massue asséné par la firme : offrir aux clients la liberté de moduler leur débit et leur couverture géographique au gré de l’évolution de leurs besoins.

Pour les géants qui solliciteront TeraWave, ils auront donc sous la main un gigantesque commutateur réseau planétaire, équivalent à une superfibre dématérialisée, capable de déplacer des montagnes de données en un clin d’œil. Une recette « à la carte » qui rendra, à terme, Blue Origin indispensable pour quiconque manipule le nerf de la guerre moderne : l’information en temps réel.

Embouteillage en orbite : la goutte d’eau qui fait déborder le ciel ?

Mais cette débauche de puissance a un prix, et c’est l’espace lui-même qui risque de le payer. Avec un déploiement prévu pour le quatrième trimestre 2027, TeraWave débarquera sur un terrain déjà au bord de l’asphyxie. Entre les 9 500 satellites actifs de Starlink (un chiffre qui gonfle chaque semaine) et les projets de mégaconstellations chinois Guowang et Qianfan, visant chacun plus de 13 000 engins, l’orbite sature légèrement.

Il faut bien comprendre que dès qu’une nouvelle grappe de satellites est envoyée dans l’espace, le risque de collision orbitale augmente de manière exponentielle, nous rapprochant ainsi un peu plus du syndrome de Kessler. Un scénario catastrophe imaginé à la fin des années 1970 par l’astrophysicien Donald J. Kessler, devenu aujourd’hui une épée de Damoclès. Il avait déjà prévu qu’un jour, en polluant trop l’orbite basse, une réaction en chaîne se déclenchât, où un simple débris pourrait pulvériser un satellite, qui, à son tour, exploserait en créant des milliers de projectiles… et ainsi de suite.

Si cela se produit un jour, l’orbite basse sera perdue pour l’humanité, nous forçant à revenir à une civilisation pré-spatiale par la force des choses. Blue Origin a beau marteler que son réseau est vital pour cette dernière, le risque de transformer son orbite en un cimetière technologique à plusieurs dizaines de milliards de dollars est incontestable. Cette nouvelle conquête de l’Ouest version 3.0 a décidément un bien étrange arrière-goût : prétendre protéger la Terre en polluant son ultime frontière ? Il est grand temps de nous demander si notre boulimie de bande passante justifie de sacrifier la pérennité de notre orbite pour les générations qui suivront. Ah ? Quelqu’un nous souffle à l’oreillette que personne ne nous a demandé notre avis.

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