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Avec Project Genie, Google fabrique des jeux à la demande et se fracasse sur le droit d’auteur

Un prompt, quelques secondes d’attente, et voilà un monde en 3D prêt à être exploré. Avec Project Genie, Google pousse encore un peu plus loin l’IA générative. La démonstration est bluffante, presque ludique. Mais derrière l’effet « waouh », les premières questions gênantes pointent déjà le bout de leur nez, notamment du côté du droit d’auteur.

Sur le papier, Project Genie a tout du jouet rêvé pour les curieux de nouvelles technologies. Développé par DeepMind, l’outil permet de créer des univers interactifs à partir d’une simple description texte, éventuellement accompagnée d’images. Il suffit de décrire un décor, un personnage, une ambiance, et l’IA se charge de fabriquer un monde dans lequel on peut se déplacer.

L’IA s’invite dans les licences connues

La particularité de Genie 3, le modèle qui alimente Project Genie, est de ne pas se contenter d’une scène figée. Le monde se construit au fil de l’exploration. À chaque pas, à chaque mouvement de caméra, l’environnement s’étend, s’adapte et réagit, avec une forme de physique simulée. On peut marcher, conduire, voler, passer de la vue subjective à la troisième personne, et même remixer des mondes existants pour en créer de nouveaux.

Google préfère toutefois calmer les ardeurs. L’entreprise insiste sur le caractère expérimental du projet et sur ses limites actuelles. Les mondes générés ne sont pas toujours très crédibles, les instructions ne sont pas systématiquement respectées à la lettre, et les lois de la physique peuvent être interprétées avec une certaine liberté. Les personnages, eux, manquent parfois de précision dans les contrôles, et la latence peut se faire sentir.

Autre contrainte : les sessions sont limitées à 60 secondes. Pour l’instant, Project Genie est réservé aux abonnés Google AI Ultra, aux États-Unis, et uniquement aux utilisateurs de plus de 18 ans. Bref, on est encore loin d’un outil grand public prêt à remplacer un moteur de jeu traditionnel.

Là où les choses se compliquent, c’est lorsque Project Genie quitte le terrain de la simple expérimentation technique pour entrer dans celui de la création culturelle. Dans une vidéo de présentation, Google explique que l’utilisateur peut « être n’importe quel personnage ». Une phrase qui n’a pas tardé à faire tiquer.

On trouve déjà sur les réseaux sociaux des mondes générés mettant en scène des personnages et des univers bien connus du jeu vidéo. Des créations qui rappellent immédiatement des licences protégées (Mario, Zelda, Metroid…), et qui soulèvent une question évidente : jusqu’où peut-on aller sans empiéter sur le droit d’auteur ?

Project Genie ne fait que concentrer des problèmes déjà bien identifiés avec l’IA générative. Sur quelles données le modèle a-t-il été entraîné ? Ces données étaient-elles utilisables dans ce contexte ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque ces outils permettent de recréer des univers susceptibles de concurrencer des œuvres existantes ? Générer une image ou un mème inspiré d’un personnage connu est une chose. Créer un monde jouable entier, potentiellement réutilisable ou diffusable, en est une autre. Google, pour l’instant, ne mentionne aucune restriction explicite de ce type pour Project Genie.

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