Si un astéroïde devait un jour menacer de s’écraser sur la Terre, plusieurs options s’offrent à nous : le détourner (comme l’a fait la NASA en 2022 avec la mission DART), ou sortir l’artillerie lourde. L’ablation du corps céleste par rayons X, par exemple, ou alors le pulvériser par une frappe nucléaire. Une méthode qui nous renvoie au haut fait de Bruce Willis dans Armageddon, qui en fend un en deux à l’aide d’une bombe H. Si cela devait se produire un jour, cela ne se déroulerait pas de cette manière, et nous devrons agir de manière un peu plus subtile et moins testotéronée qu’Harry Stamper, un bourrin notoire. Oui, la réalité n’est pas un film de Michael Bay.
Il est théoriquement possible de dévier un astéroïde grâce au feu nucléaire, mais pas en le pulvérisant (désolé Bruce !). Une étude publiée dans la revue Nature Communications le 30 novembre 2025 s’est penchée, avec sérieux, sur cette thématique. En collaboration avec la startup OuSoCo, des physiciens de l’Université d’Oxford ont découvert que frapper un astéroïde ferreux ne le réduirait pas en poussière, mais, au contraire, le renforcerait. Paradoxal, vous avez dit ? Absolument pas : un objet, même dans l’espace, obéit aux lois de la physique des matériaux.
Le fantasme de l’explosion : une impasse scientifique
Si jamais nous tentions de faire exploser un astéroïde riche en fer avec une charge nucléaire, nous pourrions commettre l’erreur la plus coûteuse de l’histoire de l’humanité. Il se fragmenterait en une multitude de débris radioactifs, qui, au lieu de s’écarter sagement de notre route, s’abattraient sur la Terre comme une pluie de bombes à fragmentation. Un scénario à écarter, puisque les dégâts seraient délétères et il est très peu probable que nous survivions aux résidus de l’explosion.
Puisqu’il est impossible de procéder ainsi, notre équipe de recherche s’est rendue à l’installation HiRadMat (High-Radiation to Materials) du CERN pour tester leurs hypothèses. Un laboratoire où il est possible d’apporter des objets, on leur tire dessus avec un canon à particules géant, et on regarde ce qu’il se passe.
Ainsi, ils ont soumis un échantillon de la météorite ferreuse Campo del Cielo à un bombardement intense de protons à haute énergie et de courte durée, simulant ainsi l’onde de choc et l’irradiation thermique d’une explosion nucléaire. Grâce à une technique baptisée Laser Doppler Vibrometer (permettant de mesurer les vibrations de la surface d’un objet sans contact) et à des capteurs de température ultra-sensibles, ils ont pu observer la redistribution des contraintes internes subies par l’échantillon.
« C’est la première fois que nous avons pu observer – de manière non destructive et en temps réel – comment un échantillon de météorite réel se déforme, se renforce et s’adapte sous des conditions extrêmes », souligne le physicien Gianluca Gregori. Le fragment de métorite a survécu à l’expérience et en est ressorti 2,5 fois plus solide.
Comment est-ce possible ? Sous l’impact du flux de protons, l’échantillon absorbe l’énergie du choc au lieu de la laisser briser ses liaisons. Cette énergie est convertie, et elle densifie le matériau, augmentant ainsi sa résistance.
Une dérive sous contrôle
Si un jour nous devons recourir au nucléaire pour dévier un astéroïde, il faudra nous organiser autrement : le dévier en le vaporisant. C’est la conclusion logique après avoir compris les résultats de cette étude. Puisque l’objet se durcit sous l’effet d’une explosion de proximité au lieu de se fragmenter, il offre la surface de poussée idéale pour le faire dériver de sa trajectoire.
En faisant exploser une charge nucléaire à distance, le rayonnement X frappe la surface de l’astéroïde et la chauffe à des millions de degrés en une fraction de seconde. Une mince couche de fer s’évapore alors instantanément et est projetée dans l’espace. C’est ce jet de matière brûlante qui, par un effet d’action-réaction (comme le recul d’une arme ou le décollage d’une fusée), pousse l’astéroïde dans la direction opposée.
Pour le moment, c’est donc la seule solution qui s’offre à nous si l’on veut détourner un astéroïde par la puissance nucléaire sans provoquer une catastrophe plus grave encore. Grâce aux travaux des chercheurs d’Oxford et des employés d’OuSoCo, nous avons désormais la certitude que l’objet restera un bloc uni et supportera cette colossale détonation. Les astéroïdes ferreux sont donc bien plus coriaces qu’on ne le pensait, ce qui est finalement une excellente nouvelle. Si un tel indésirable venait à orbiter un peu trop près de notre bercail, nous savons comment réagir ; théoriquement, tout du moins. Certes, les chances qu’un géocroiseur s’écrase sur notre planète sont très faibles (de l’ordre de 0,01 % pour le prochain siècle), mais c’est tout de même rassurant de savoir que nous avons le bon marteau pour le renvoyer d’où il vient.
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