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Emmanuel Macron clashe Elon Musk avant de déclarer qu’il veut suivre son exemple

Le président français a ironisé sur le milliardaire le plus riche du monde.

Emmanuel Macron n’a pas mâché ses mots lors du sommet industriel européen d’Anvers, ce mercredi 11 février. Devant un parterre d’industriels et de dirigeants européens, le président français a décidé de recadrer l’image d’Elon Musk, souvent présenté comme un génie visionnaire qui a bâti son empire à la force du poignet.

« Tout le monde est fasciné par Starlink, je suis super heureux, mais si vous êtes lucides, M. Musk est celui qui a dans ses poches le plus de milliards de dollars des contribuables américains », a lancé le président français. L’expression « sursubventionné » est revenue plusieurs fois dans son intervention, martelant l’idée que le patron de Tesla et SpaceX doit sa réussite en grande partie à l’argent public. Derrière le récit entrepreneurial de l’homme le plus riche du monde se cache une réalité moins glamour. Musk n’est pas devenu Musk tout seul.

38 milliards de dollars, le jackpot des contribuables américains

Les chiffres donnent raison à Macron. Selon une enquête du Washington Post publiée fin février 2025, les entreprises d’Elon Musk ont engrangé au moins 38 milliards de dollars d’aides publiques sur les vingt dernières années. Cette somme colossale regroupe des contrats gouvernementaux, des prêts préférentiels, des subventions directes et des crédits d’impôt.

SpaceX a raflé environ 22,6 milliards de dollars, principalement auprès de la NASA et du ministère de la Défense. Tesla, de son côté, a bénéficié de près de 15,7 milliards, dont 11,4 milliards sous forme de crédits réglementaires pour doper le marché des véhicules électriques.

Ces aides sont intervenues à des moments cruciaux. En 2008, alors que Tesla vacillait au bord de la faillite, un prêt de 465 millions de dollars du département de l’Énergie a sauvé l’entreprise et permis le lancement de la Model S. Même scénario pour SpaceX en 2006, où la NASA a injecté 278 millions de dollars dans une société qui n’avait encore rien envoyé en orbite. Sans cet argent public, ni Tesla ni SpaceX n’existeraient sous leur forme actuelle.

Le paradoxe du « tsar des coupes budgétaires »

L’ironie de la situation n’échappe à personne. Elon Musk a dirigé le DOGE (Department of Government Efficiency), l’organisme chargé par Donald Trump de tailler dans les dépenses fédérales. L’homme qui a le plus profité de l’argent public qui se retrouve aux commandes de l’austérité budgétaire.

Rien qu’en 2024, les entreprises de Musk ont reçu 6,3 milliards de dollars de fonds publics, un record annuel. SpaceX devrait même empocher 661 millions supplémentaires via le programme BEAD, destiné à développer l’internet haut débit dans les zones rurales. Mieux encore, la société a demandé en janvier 2026 des exemptions spéciales pour toucher la moitié de cette somme immédiatement.

Pendant ce temps, Musk a licencié en masse dans l’administration fédérale et démantelé les programmes d’aides dont ses propres concurrents auraient pu bénéficier. Le capitalisme de connivence dans toute sa splendeur.

Macron critique pour ensuite prôner la méthode américaine

Macron a ensuite encore fait preuve d’un discours complètement paradoxal à l’image de ses déclarations sur le jeu vidéo. Après avoir déconstruit le mythe Musk, le président français ne condamne pas la stratégie américaine, au contraire, il l’applaudit.

« Il est devenu compétitif grâce à cette approche américaine. C’est une bonne nouvelle, il est super innovant. » Le président décrit une recette simple où les États-Unis identifient un champion national, le financent massivement avec l’argent des contribuables, le protègent de la concurrence étrangère via une « préférence américaine », et attendent qu’il devienne suffisamment puissant pour dominer le marché mondial.

Ça a marché pour Musk, ça a marché pour la Silicon Valley, maintenant, Macron veut que l’Europe fasse exactement pareil.

Copier ou mourir

« Si nous ne faisons pas la même chose pour nos propres acteurs, c’est-à-dire une préférence européenne (…) et si nous n’avons pas le bon niveau d’investissements publics européens pour avoir ce type de programme fédéral pour mettre beaucoup d’argent, aucune chance que nous soyons dans la course », a martelé le président français. Il semble avoir oublié qu’après avoir essoré l’argent des contribuables pour construire nos autoroutes, celles-ci ont été confiées à des sociétés privées qui réalisent depuis des profits monstrueux sur le dos des usagers de la route.

L’Europe est en train de perdre la guerre économique. Face aux investissements massifs chinois et américains, le Vieux Continent risque d’être « balayé » dans des secteurs stratégiques comme les technologies propres, l’automobile, la défense ou l’intelligence artificielle.

La solution selon Macron ? Des « eurobonds », des emprunts communs européens pour financer des investissements colossaux. Une préférence européenne dans les marchés publics. Et arrêter de « financer si souvent des solutions non-européennes », parce que franchement, « nous sommes dingues ». Soit l’Europe adopte le modèle américain de capitalisme d’État déguisé, soit elle accepte une « vassalité heureuse » vis-à-vis de Washington ou Pékin.

Musk répond (évidemment)

L’homme d’affaires n’a pas laissé passer l’occasion de répliquer. Sur X (anciennement Twitter), Musk a rétorqué que les financements publics reçus par ses entreprises ne représentaient « qu’environ 1 % de leur valeur combinée ». Il a également pointé du doigt ses concurrents aérospatiaux, américains comme européens, dont les subventions dépasseraient « 100 % de leur valeur ».

L’argument ne tient pas vraiment la route. Certes, Tesla et SpaceX valent aujourd’hui des centaines de milliards, mais c’est précisément grâce aux 38 milliards initiaux qu’elles ont pu atteindre cette taille. Sans ces aides stratégiques aux moments critiques, les deux entreprises auraient coulé avant même de devenir rentables.

Alors que faire ?

Au-delà de la passe d’armes Macron-Musk, c’est toute la question de la politique industrielle qui refait surface. Pendant des décennies, l’Europe a prêché le libre-échange, la concurrence pure et parfaite, la limitation des aides d’État. Pendant ce temps, les États-Unis et la Chine injectaient des milliards dans leurs champions nationaux sous couvert de « sécurité nationale » ou de « transition écologique ».

Résultat, SpaceX domine le spatial, Tesla pèse sur l’automobile électrique et les GAFAM règnent sur le numérique. De l’autre côté du Pacifique, les géants chinois comme BYD ou Huawei font trembler les acteurs historiques. L’Europe, elle, se demande encore si financer Airbus ou Ariane ne viole pas les règles de la concurrence. Macron tente de faire basculer le débat. Si l’Amérique subventionne ses champions, l’Europe doit faire de même.

L’Allemagne a déjà fait savoir par la voix d’une source gouvernementale qu’elle ne soutenait clairement pas cette proposition. Friedrich Merz, le chancelier allemand présent à Anvers, n’a même pas évoqué le sujet dans son propre discours. La « préférence européenne » fait également grincer des dents. Plusieurs pays y voient une façon détournée pour la France de favoriser ses propres industries, notamment dans l’armement.

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