La galaxie d’Andromède est l’une de nos plus proches voisines ; située à environ 2,5 millions d’années-lumière de la Voie lactée, c’est pratiquement le palier d’à côté à l’échelle de l’univers. Bien que les estimations varient, on pense généralement qu’elle contient environ 1 000 milliards d’étoiles, soit deux à trois fois plus que notre propre galaxie. Parmi cette myriade, M31-2014-DS1 était l’une des plus brillantes, et en 2014, elle a connu un sursaut de luminosité impressionnant, laissant croire qu’elle allait exploser et se transformer en supernova.
Une explosion cataclysmique dont le flash peut éclipser la présence d’autres galaxies proches pendant des semaines. Toutefois, rien ne s’est passé comme prévu et M31-2014-DS1 s’est évaporée, quasiment sans laisser de traces. Selon une étude publiée ce 12 février 2026 dans la revue Science, il se pourrait que nous venions d’assister, 12 ans après son pic de luminosité, à la naissance d’un trou noir.
La supernova ratée
Comment un monstre de cette envergure peut-il disparaître ainsi, alors que tous les indicateurs penchaient en faveur de la supernova ? Après son sursaut qui a duré deux ans (2014-2016), elle brillait de moins en moins, et sa luminosité visible a chuté d’un facteur 10 000, la rendant totalement invisible pour les télescopes comme Hubble. Selon les conclusions de cette étude, M31-2014-DS1 s’est effondrée sur elle-même après 2016, provoquant sa disparition en 2023.
Si nous ne le savons que maintenant, c’est parce qu’il a fallu compiler dix ans d’archives infrarouges pour tracer la courbe de déclin exacte de l’astre. M31-2014-DS1 n’a pas explosé, car la masse de son cœur était telle que l’onde de choc, censée tout faire sauter, n’a jamais réussi à s’extraire de l’astre et a été étouffée, emprisonnée par l’attraction gravitationnelle. Au lieu de détoner, l’étoile a avalé sa propre carcasse à une vitesse phénoménale et sa matière est tombée vers le centre, ce qui a changé la supergéante jaune en trou noir sans qu’aucun photon ne nous parvienne.
En revanche, ses restes sont faiblement détectables par James Webb, puisque le puissant télescope infrarouge parvient encore à capter un rayonnement thermique résiduel, une signature ténue émise par les derniers débris de gaz qui gravitent et chauffent avant d’être définitivement engloutis par le trou noir. C’est, en quelque sorte, le dernier soupir de M31-2014-DS1, qui durera encore pendant quelques décennies, probablement entre 20 et 50 ans.
Une grosse erreur de calcul
Cela signfie donc que l’inventaire que nous avons dressé des trous noirs peuplant notre cosmos est certainement truffé d’erreur. On estime actuellement que 20 % à 30 % des géantes rouges et jaunes disparaissent comme M31-2014-DS1, une proportion calculée en comparant le nombre d’étoiles massives nées dans les pouponnières galactiques et le nombre réel de supernovas observées.
Ce décalage mathématique, nommé Supernova Rate Problem, nous explique que, selon les lois de la physique, nous devrions observer deux à trois supernovas par siècle dans une galaxie comme la nôtre. Pourtant, les historiens et les astronomes n’en recensent, en moyenne qu’une seule tous les cent ans. Si l’on compare le nombre d’étoiles qui devraient mourir chaque année avec celles que l’on voit réellement exploser, le déficit est tout simplement colossal. En suivant cette logique, les trous noirs que nous connaissons aujourd’hui ont été repérés parce qu’ils appartiennent à des systèmes binaires ou qu’ils sont nés de supernovas visibles. Selon toute vraisemblance, il y en a encore certainement des millions qui nous sont inconnus, nés dans un silence radio total et ne trahissant leur présence par aucun signal électromagnétique.
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