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Selon cette étude, l’IA peut cerner votre personnalité mieux que vos proches

Sommes-nous de simples suites de mots prévisibles ou existe-t-il encore une part de nous que les algorithmes ne pourront jamais quantifier ? Le dualisme face à la machine n’a jamais penché autant en notre défaveur.

Au début des années 2000, Google, confrontée à l’éclatement de la bulle Internet, a réalisé que les données résiduelles des utilisateurs avaient une valeur immense. C’est vraiment à partir de ce moment qu’a eu lieu le grand basculement : notre vie privée est devenue, sur le web, une matière première à extraire. L’avènement des réseaux sociaux (Facebook en premier), quelques années plus tard, n’a fait qu’enfoncer le clou dans le cercueil, ratifiant à jamais la notion de confidentialité comme étant relative. Désormais intégrée à l’empire Meta, l’entreprise est malheureusement connue pour être le plus gros aspirateur à données du web, notamment grâce à la puissance de frappe incommensurable de Meta AI.

Bien évidemment, le prédateur n’est plus seul. OpenAI, Google, Anthropic : tous les géants de la tech se livrent une guerre sourde pour accaparer le moindre morceau de votre existence numérique. Ils sont équipés, pour cela, des meilleures armes de l’arsenal contemporain : les chatbots. Que vous usiez de ChatGPT ou Gemini pour des raisons personnelles ou professionnelles, vous laissez, dès lors que vous conversez avec ces interfaces, une trace de vous-même. Un alter ego numérique persistant, gravé au plus profond des serveurs des Big Tech américaines.

Il vous ressemble tellement que votre propre reflet dans le miroir paraîtrait flou en comparaison ; une réplique de vous-même si fidèle que même vos amis ou les membres de votre famille ne la reconnaîtraient pas. Pour ceux qui hurleraient à la théorie du complot, sachez qu’il n’en est malheureusement rien ; c’est une étude très sérieuse parue dans la revue Nature Human Behaviour le 30 janvier 2026 qui vient de le démontrer. Même si les LLMs ne nous comprennent pas au sens humain du terme, ils ont rasé notre jardin intérieur, nous privant de ce droit fondamental qu’est le secret de soi-même.

Le langage : un mouchard sémantique

L’expérience a été menée par des chercheurs de l’Université du Michigan et de Pittsburgh sur plus de 160 participants. Ces derniers ont livré leur intimité à ChatGPT et Claude, sous la forme de vidéos quotidiennes ou de monologues bruts où ils laissaient simplement leur esprit vagabonder à voix haute.

Les modèles d’IA n’ont jamais eu besoin que les sujets remplissent le moindre questionnaire. Après avoir intégré les confidences des participants, la machine a dû répondre aux tests de personnalité classiques utilisés en psychologie en se faisant passer pour eux. Les réponses générées ensuite par les modèles d’IA correspondaient presque parfaitement à la réalité, surpassant même les prédictions qu’auraient pu faire leurs amis ou les membres de leur famille.

« Ce que cette étude démontre, c’est que l’IA peut également nous aider à mieux nous comprendre, en offrant un aperçu de ce qui nous rend les plus humains : nos personnalités », analyse Aidan Wright, premier auteur de l’étude et professeur de psychologie. En comptant simplement les occurrences des mots lors des conversations, les modèles d’IA parviennent donc à prédire avec une justesse effrayante des composantes psychologiques extrêmement intimes :  émotions ressenties, niveau de stress, comportements sociaux et même la probabilité d’un futur diagnostic de trouble mental.

Pour Chandra Sripada, professeur de philosophie et de psychiatrie à l’Université du Michigan, ces résultats prouvent que le langage véhicule des indices tellement exacts sur nos traits psychologiques qu’ils étaient impossibles à traiter avant l’arrivée des LLM. « Grâce à l’IA générative, les chercheurs peuvent désormais analyser ce type de données rapidement et avec une précision qui était tout simplement impossible auparavant », souligne-t-il.

Gardez cela en tête : à partir du moment où vous utilisez régulièrement un chatbot, il n’y a nulle part où se cacher. C’était déjà vrai il y a 15 ans, mais avec l’arrivée du traitement du langage naturel, vos données informelles sont désormais transformées en métadonnées comportementales exploitables : le changement d’échelle est immense. Dès lors que nos pensées passagères sont « imprégnées de notre identité profonde », comme l’analyse Whitney Ringwald, coautrice de cette étude, la distinction entre ce que vous choisissez de montrer et ce que vous êtes réellement n’existe plus. À nous maintenant de discerner si le confort apporté par ces outils – fort pratiques il faut l’avouer – vaut réellement le sacrifice.

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