Si vous êtes fan d’espace et que vous suivez à la lettre le programme Artemis, vous n’êtes pas sans savoir que la mission Artemis III a été repoussée. L’Homme ne retournera pas sur la Lune en 2027 : la NASA vient de l’annoncer une semaine à peine après avoir annoncé le report d’Artemis II. Vu de l’extérieur, il serait tentant de se dire que tout va à vau-l’eau et que l’agence américaine ne parviendra jamais à ses fins, mais ce serait ignorer ce qui se trame réellement en coulisses.
Nos confrères américains de The Conversation ont eu l’honneur de laisser le Dr. Gordon Osinski s’exprimer dans leurs colonnes. Peu connu du grand public, il est l’un des géologues les plus influents associés au programme Artemis. Professeur à la Western University (Canada) et directeur de l’Institute for Earth and Space Exploration, il est impliqué depuis des années dans la préparation géologique des futures missions lunaires. Qui mieux qu’un insider de haut rang comme Osinski pourrait nous renseigner sur les raisons scientifiques et opérationnelles de ce décalage ?
Artemis III : l’analyse sans filtre d’Osinski
Selon Osinski, si la NASA a décalé cette mission, c’est qu’elle a été confrontée à de grosses difficultés, tant sur le plan technique que sur la dimension humaine du programme. Il pointe d’abord du doigt le principal point faible du SLS (Space Launch System), le méga-lanceur d’Artemis : la gestion de l’hydrogène liquide. Lors des répétitions du mois de février, les ingénieurs ont de nouveau lutté contre des fuites au niveau des joints de l’étage principal de la fusée.
Le problème, c’est que la NASA s’est enfermée dans un cercle vicieux. « De tels intervalles entre les missions limitent la capacité à affiner les systèmes rapidement », explique Osinski. Comme l’agence ne lance qu’une fusée tous les trois ans, les composants vieillissent au sol ou subissent des cycles de maintenance qui ne permettent pas aux équipes de progresser assez rapidement et de corriger les défaillances techniques. Sans un rythme de tir plus soutenu, les ingénieurs n’apprennent pas assez vite et les mêmes erreurs techniques se reproduisent.
Ajoutons à cela que la NASA a perdu plus de 4 000 employés en 2025, soit 20 % de ses effectifs. Elle a également perdu une bonne partie de son budget, victime des coups de sabres budgétaires de l’administration Trump. En coupant les vivres aussi violemment, le Gouvernement américain a paradoxalement ralenti le projet qu’elle prétendait soutenir, rendant l’objectif de 2027 quasiment impossible à tenir.
Artemis III n’est pas annulée, comme vous l’avez peut-être lu ailleurs ; la NASA compte la transformer en une espèce d’« Apollo 9 moderne ». En restant en orbite terrestre, les astronautes pourront valider, sans danger, les essais d’arrimage avec les atterrisseurs de SpaceX et Blue Origin. « Ce nouveau plan réduit les risques et augmente la probabilité d’une mission humaine réussie vers la surface de la Lune en 2028 », affirme Osinski. Certes, Artemis III ne sera pas celle que l’on attendait ; elle sera moins spectaculaire, moins symbolique aussi, mais mieux vaut que l’agence américaine prenne son temps plutôt que de maintenir, coûte que coûte, un calendrier insoutenable. La sécurité des astronautes avant tout : c’est l’un des mantras d’Isaacman, administrateur de la NASA, et ce report en est l’illustration la plus pertinente.
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