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Telegram devient un point d’appui majeur pour les escrocs et ce n’est pas une bonne nouvelle

La messagerie chiffrée Telegram enregistre en 2025 une progression marquée des arnaques signalées. Les dernières données publiées par Revolut montrent un déplacement des fraudes vers les applications privées, tandis que les plateformes du groupe Meta restent très présentes dans les signalements.

Le paysage des escroqueries numériques continue de se transformer. Dans son quatrième rapport annuel consacré à la criminalité financière, Revolut observe que les fraudes par paiement autorisé, ces situations où la victime valide elle-même un virement après avoir été manipulée, augmentent désormais plus rapidement sur Telegram que sur n’importe quelle autre plateforme. À l’échelle mondiale, les signalements liés à cette messagerie ont progressé de 233 % en un an. Elle représente désormais 21 % des cas déclarés par les clients de l’établissement.

Une adaptation constante des réseaux criminels

Les services de messagerie chiffrée offrent un cadre plus discret que les réseaux sociaux ouverts, ce qui complique la détection. Telegram, souvent perçu comme un espace plus confidentiel, s’impose ainsi comme un terrain favorable aux escroqueries structurées, notamment celles liées à de fausses offres d’emploi. Selon les données compilées, 58 % des arnaques à l’emploi recensées dans le monde transitent désormais par cette application.

Les grandes plateformes sociales restent néanmoins au cœur du problème. Les services appartenant à Meta concentrent encore 44 % des fraudes signalées dans le monde, et 30 % en France. C’est la quatrième année consécutive que le groupe occupe cette place dans les statistiques étudiées. De son côté, TikTok demeure plus en retrait en volume, mais la part des arnaques issues de la plateforme a été multipliée par six sur un an, signe d’une montée en puissance progressive.

Sur le fond, les mécanismes d’escroquerie évoluent sans disparaître. Les fraudes liées aux achats en ligne restent les plus fréquentes et représentent 57 % des cas recensés dans le monde en 2025. Les arnaques à l’emploi, en revanche, enregistrent la progression la plus rapide puisque leur volume a triplé en un an et pèse désormais 22 % des signalements. Cette diversification rend les tentatives plus difficiles à anticiper, les scénarios s’ajustant aux attentes et aux inquiétudes des internautes.

En France, Telegram est impliqué dans un quart des fraudes rapportées. Les escroqueries à l’achat y constituent près de la moitié des cas, tandis que les fausses propositions d’emploi comptent pour 30 % des signalements. L’exposition varie aussi selon l’âge. Les 18-24 ans sont particulièrement touchés par les arnaques liées aux achats en ligne, qui dépassent la moitié des cas dans cette tranche d’âge. À l’inverse, les plus de 65 ans sont davantage confrontés aux usurpations d’identité, des montages où l’escroc se fait passer pour un interlocuteur de confiance afin d’obtenir un virement ou des données sensibles.

Les données mettent également en lumière l’enjeu économique des publicités frauduleuses diffusées sur les réseaux sociaux. Une étude de Juniper Research estime que ces annonces trompeuses auraient généré 4,4 milliards d’euros de revenus en Europe en 2025, dont 422 millions en France. Ces montants relancent le débat sur la responsabilité des plateformes dans la diffusion et la monétisation de contenus à caractère frauduleux.

Dans ce contexte, la question de la régulation prend de l’ampleur. Le gouvernement français planche déjà sur un encadrement renforcé des réseaux sociaux, avec notamment l’idée d’une interdiction pour les moins de 15 ans. Le volet publicitaire pourrait également être concerné, alors que de nombreuses arnaques se diffusent via des contenus sponsorisés difficiles à distinguer d’annonces légitimes.

De son côté, Revolut indique renforcer ses dispositifs de prévention. L’entreprise affirme mobiliser près d’un tiers de ses effectifs sur la lutte contre la criminalité financière et avoir récemment déployé plusieurs outils supplémentaires, parmi lesquels un chatbot chargé d’alerter les clients avant une transaction jugée suspecte, un système de protection géographique des paiements et une fonctionnalité intégrée pour identifier les appels frauduleux. Reste à savoir si ces ajustements permettront de suivre le rythme d’escroqueries qui migrent rapidement d’une plateforme à l’autre, au gré des usages numériques et des failles exploitées.

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