Pour comprendre toute cette affaire, il faut remonter quelques semaines en arrière. Tout commence par un désaccord entre Anthropic et le département de la Défense américain — récemment rebaptisé « Department of War » par l’administration Trump — au sujet de l’utilisation de l’IA dans les opérations militaires.
Les géants de la tech jouent les pompiers
L’entreprise créatrice du chatbot Claude a posé des limites très claires : pas question que ses technologies servent à alimenter des armes autonomes ou des systèmes de surveillance de masse aux États-Unis. Le Pentagone, lui, préférerait que ses fournisseurs d’IA acceptent une clause plus large : toute utilisation légale autorisée par le gouvernement.
Le bras de fer s’intensifie alors progressivement. Il y a quelques jours, Donald Trump a demandé aux agences fédérales d’abandonner les technologies d’Anthropic dans un délai de six mois. Dans la foulée, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a évoqué une mesure encore plus radicale : classer la start-up comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Si cette désignation était adoptée, tous les fournisseurs du Pentagone devraient supprimer les outils d’Anthropic de leurs systèmes.
Et c’est là que l’affaire prend une dimension bien plus large. Un groupe influent de l’industrie technologique américaine a pris la plume pour tirer la sonnette d’alarme. L’Information Technology Industry Council (ITI), qui regroupe notamment Amazon, Nvidia, Apple et OpenAI, a envoyé une lettre au secrétaire à la Défense pour exprimer ses inquiétudes.
Sans citer directement Anthropic, l’organisation critique l’idée d’utiliser une procédure normalement réservée aux cas les plus graves. « Les mesures d’urgence comme les désignations de risque pour la chaîne d’approvisionnement sont généralement utilisées contre des adversaires étrangers », rappelle Jason Oxman, directeur général de l’ITI.
Pour l’industrie, la mesure pourrait avoir des effets imprévus. Elle risquerait de compliquer l’accès du gouvernement américain aux technologies les plus avancées. « Cela pourrait compromettre l’accès des agences fédérales aux meilleurs produits et services développés par des entreprises américaines », souligne la lettre. En coulisses, les investisseurs d’Anthropic tentent également d’apaiser la situation. Le patron de la start-up, Dario Amodei, aurait discuté ces derniers jours avec plusieurs partenaires majeurs, dont le CEO d’Amazon Andy Jassy.
L’enjeu est loin d’être anecdotique. Les produits et services d’Anthropic connaissent actuellement une forte croissance, portée par son chatbot Claude et son assistant de programmation Claude Code. L’application Claude s’est récemment hissée en tête des téléchargements gratuits sur l’App Store d’Apple, devant ChatGPT.
Mais la crise avec le gouvernement pourrait refroidir certains clients, notamment ceux qui travaillent de près ou de loin avec l’administration américaine. Anthropic, de son côté, reste ferme sur ses positions. L’entreprise a prévenu qu’elle contesterait devant les tribunaux toute décision prise par l’administration Trump. On n’a pas fini d’en entendre parler.
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