Depuis 1974, la limitation de vitesse sur les autoroutes françaises est figée à 130 km/h. Mais le sujet revient régulièrement sur la table, et cette semaine, il est de retour de manière très concrète : une proposition de loi portée par le sénateur Louis Vogel vise à relever cette limite à 150 km/h sur certains tronçons. De quoi réjouir les adeptes de la vitesse, et terrifier les autres.
150 km/h, mais pas partout et pas pour tout le monde
Pas question de lâcher les chevaux sur l’ensemble du réseau autoroutier. Le texte prévoit un dispositif encadré, ciblant uniquement les portions d’autoroute jugées les plus sûres. Seuls seront concernés les tronçons à deux fois trois voies minimum, en bon état, avec une signalisation adaptée.
Côté conducteurs, tout le monde ne serait pas logé à la même enseigne. Les jeunes permis en période probatoire resteraient soumis aux limitations actuelles, soit 110 km/h sur autoroute, peu importe la météo. Un contrôle technique récent et valide serait également exigé pour pouvoir prétendre à cette augmentation de vitesse. Pour les radars, le recalibrage suivrait mécaniquement. Avec la marge de tolérance habituelle, les flashs se déclencheraient aux alentours de 156 km/h, une aubaine pour tout le monde.
L’Europe a déjà pris de l’avance
Si la mesure venait à être adoptée, les premiers axes ouverts à cette nouvelle vitesse pourraient être opérationnels d’ici la fin de l’année 2026. La France ne partirait pas de nulle part dans cet ambitieux projet. Plusieurs voisins européens ont déjà franchi le cap ou s’y préparent activement. L’Italie autorise les 150 km/h depuis 2023 sur ses autoroutes à trois voies équipées de bandes d’arrêt d’urgence, et la République tchèque a emboîté le pas en juin 2025, avec quelques tronçons pilotes. En Espagne, un dispositif encore plus ambitieux est testé, puisque sur certaines portions de l’autoroute AP-7, c’est l’intelligence artificielle qui analyse le trafic, la météo et la visibilité, pour ajuster la limitation de vitesse en temps réel. Et puis il y a l’Allemagne, éternelle exception, où une partie du réseau autoroutier n’impose aucune limite de vitesse. Un modèle qui fait rêver beaucoup d’automobilistes, mais qui n’est pas d’actualité en France.
Le frein écologique et sécuritaire
Car c’est bien là que le bât blesse. Si les partisans du projet avancent la modernité des véhicules actuels, les opposants ne manquent pas d’arguments. La consommation de carburant notamment, est pointée du doigt : passer de 130 à 150 km/h ferait grimper la consommation d’essence ou de diesel de façon exponentielle. Pour les véhicules électriques, l’autonomie en prendrait un coup sérieux, obligeant les conducteurs à multiplier les arrêts recharge sur les longs trajets.
L’argument environnemental pèse lourd dans le contexte actuel. Rouler plus vite, c’est mécaniquement émettre davantage de CO2 par kilomètre parcouru, à rebours des engagements climatiques du pays. D’autant plus que les avantages de ce changement seraient timides : à 150 km/h au lieu de 130, on ne gagne que six minutes sur 100 kilomètres, pour un risque d’accident sensiblement plus élevé.
Du côté de la sécurité routière, le débat est tout aussi vif. Les autoroutes restent les routes les plus sûres de France, avec un taux d’accidents mortels bien inférieur à celui des départementales. Mais les associations rappellent que la vitesse demeure un facteur aggravant majeur en cas de collision. Plus on va vite, plus la distance de freinage s’allonge, et plus les conséquences d’un choc sont graves.
Une adoption encore très incertaine
Il faut aussi rappeler que ce type de proposition n’est pas nouveau. Dès 2018, un texte similaire avait été déposé à l’Assemblée nationale, sans qu’il ne soit jamais inscrit à l’ordre du jour. Cette année, le gouvernement n’a pas encore pris de position officielle sur le texte, et les discussions parlementaires se poursuivent avec plusieurs amendements en jeu.
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