Pensée comme une réforme conçue pour simplifier la vie des automobilistes, la carte grise numérique s’est rapidement transformée en terrain de jeu pour les escrocs. Dans un rapport publié le 12 mars 2026 consacré à la fraude aux certificats d’immatriculation, la Cour des comptes dresse un premier bilan catastrophique : plus de trente types de fraude recensés, près d’un million de véhicules circulant hors de tout contrôle, et un préjudice estimé à 550 millions d’euros pour les seules années 2022-2024.
Une passoire à fraudes
Avant 2017, obtenir une carte grise impliquait souvent une longue attente en préfecture. Pour en finir, le ministère de l’Intérieur avait fermé 150 guichets, remplacé 1900 agents par 9 centres spécialisés, et confié l’accès direct au système informatique d’immatriculation, le SIV, à quelque 39000 professionnels de l’automobile. Concessionnaires, loueurs, experts : tous obtenaient un accès en ligne leur permettant d’émettre des cartes grises sans passer par un agent de l’État.
Le problème, c’est que la procédure pour décrocher ce précieux accès était un peu trop simple. Un extrait Kbis, une pièce d’identité, un casier judiciaire vierge, et l’affaire était réglée. L’entretien physique, pourtant recommandé, était rarement organisé. Entre 2010 et 2020, le nombre de professionnels habilités a progressé de 60%, sans que les mécanismes de vérification ne suivent le rythme.
Pour accéder techniquement au SIV, chaque professionnel devait aussi se procurer un certificat numérique, sorte de clé informatique personnelle, auprès de prestataires privés. Là encore, le processus ressemblait davantage à une formalité qu’à un contrôle réel : des documents, quelques dizaines d’euros, et très peu de vérifications. Le système s’est avéré être une vraie passoire, à travers laquelle les fraudeurs n’ont pas tardé à s’engouffrer.
Du phishing et des détournements massifs
La fraude ne s’est pas limitée aux garages fantômes. Des campagnes de phishing ont permis à des pirates de dérober les identifiants de connexion au SIV de vrais professionnels, tandis que certains fraudeurs utilisaient des titulaires de cartes mobilité inclusion, réservées aux personnes en situation de handicap, comme prête-noms pour immatriculer des véhicules neufs et contourner le malus écologique. Cette arnaque fiscale à elle seule aurait coûté environ 90 millions d’euros à l’État en cinq ans.
Un nouveau système prévu pour 2028 (au mieux)
Face à l’ampleur du désastre, l’État a décidé de repartir de zéro avec un nouveau système informatique d’immatriculation. Approuvé en 2021, doté d’un budget de 96,6 millions d’euros, ce futur SIV est conçu dès la base pour bloquer les tentatives de fraude avant qu’une carte grise ne soit émise.
Sauf que le projet prend du retard. Prévu initialement pour 2027, il ne sera finalement pas opérationnel avant début 2028. En attendant, la Cour des Comptes formule six recommandations : réduire le nombre de professionnels habilités, imposer une authentification numérique forte pour accéder au SIV, supprimer le renouvellement automatique des autorisations, et intégrer dès maintenant des outils d’identification.
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