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L’ESA a besoin de vous pour repérer des galaxies cachées dans l’espace : comment participer ?

Le télescope spatial Euclid de l’ESA vient de livrer un vaste ensemble de données issues de ses premières observations, et les scientifiques de la mission manquent de renforts pour les décrypter. Chauds pour passer à l’action ?

L’ESA (European Space Agency), même si elle ne lance des projets participatifs tous les lundis, axe sa communication sur une appropriation citoyenne : elle veut que les Européens perçoivent les succès spatiaux comme un patrimoine commun et utile à leur souveraineté. C’est d’ailleurs l’un de ses crédos qui la sépare de son agence sœur américaine, la NASA, dont la stratégie repose davantage sur un storytelling universel visant à susciter l’admiration du monde entier, comme l’a été récemment la réussite de la mission Artemis II.

Aujourd’hui, l’ESA a besoin de bras, enfin plutôt de paires d’yeux pour repérer des lentilles gravitationnelles sur les images capturées du télescope Euclid. Il y en a des milliers qui attendent d’être examinées, et l’ESA cherche des volontaires pour les éplucher. On vous explique comment prendre part à ce gigantesque jeu de cache-cache avec la lumière et l’espace-temps.

Une lentille gravitationnelle, c’est quoi au juste ?

Selon la théorie de la relativité générale d’Einstein, toute masse courbe l’espace-temps autour d’elle, et la lumière suit cette courbure. Quand une galaxie se trouve exactement dans l’axe entre nous et une autre, bien plus lointaine, la première joue le rôle d’une lentille géante : elle amplifie, et étire l’image de la seconde en arcs lumineux, voire en anneaux parfaits appelés anneaux d’Einstein. Voici comment résumer simplement le phénomène de lentille gravitationnelle, que l’image ci-dessous illustre de manière plutôt claire.

Lentille Gravitationnelle
Schéma présentant une lentille gravitationnelle.© NASA, ESA & L. Calçada

Des configurations rares et très difficiles à repérer, mais très précieuses pour les astrophysiciens et cosmologistes, car la déformation qu’elles impriment sur la lumière permet de mesurer la masse totale de la galaxie-lentille, matière noire incluse. Si l’on en cartographie des milliers, répartis à différentes distances et donc différentes époques de l’histoire de l’univers, on peut retracer comment ses grandes structures se sont assemblées sous l’effet de la gravité, et de contraindre les modèles d’expansion cosmique.

Le cerveau humain, meilleur détective que l’IA

Grâce au premier jeu de données d’Euclid, mis en ligne le 19 mars 2025 le terrain de chasse est immense : 72 millions de galaxies ont été détectées par le télescope. Grâce à un traitement algorithmique, 300 000 candidates ont déjà été préselectionnées, mais l’IA atteint ses limites sur les cas les plus complexes. Distinguer un arc gravitationnel – qui trahit possiblement l’existence d’une lentille – au milieu d’un champ dense de galaxies, est une tâche trop complexe. L’œil et le cerveau humain, en revanche restent particulièrement efficace à ce petit jeu ; raison pour laquelle l’ESA a lancé cet appel.

Les chercheurs espèrent identifier plus de 10 000 nouvelles lentilles dans ce seul jeu de données : un record absolu, qui dépasserait tout ce que cinquante ans d’astronomie ont produit sur le sujet. Sur les 0,04 % déjà examinés, 500 ont déjà émergé, dont la plupart n’avaient jamais été vues.

Si vous voulez mettre la main à la pâte et vous joindre au projet citoyen Space Warps, il est hébergé sur la plateforme Zooniverse. Aucun diplôme ou qualification n’est requis, juste une connexion internet et un navigateur internet. Vous pouvez même discuter avec les responsables du projet et les autres volontaires, qui sont, au moment de la rédaction de cet article 2 640 au total. Précision utile pour les plus motivés : même si vous ne trouvez pas de lentilles parmi les images d’Euclid, ce n’est pas grave, bien au contraire ; lorsque vous soumettez votre observation, elle viendra tout de même renforcer les algorithmes de tri. Pour ceux qui franchissent la barre des 100 classifications validées, vous aurez même le droit de voir votre nom figurer en annexe de l’article scientifique de découverte final, celui qui présentera la liste complète des lentilles candidates issues du projet. Contributeur d’une découverte cosmologique depuis son canapé ou son fauteuil : difficile de faire une meilleure affaire.

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