L’histoire de ce télescope remonte à 2010, lorsque le rapport décennal du Conseil national de la recherche américain le désigna comme la mission spatiale la plus urgente de la décennie. Il s’appelait alors WFIRST (pour Wide-Field Infrared Survey Telescope), un nom peu affriolant, mais qui décrivait simplement sa mission. Ce n’est qu’en 2020 qu’il prendra le nom de Nancy Grace Roman, première astronome en chef de la NASA et infatigable avocate du vénérable Hubble, décédée deux ans plus tôt.
Prêt depuis la fin du mois de mai, l’observatoire patiente actuellement au Kennedy Space Center, en Floride. Il ne lui reste qu’un mois et demi avant son décollage, prévu le 30 août, qui sera assuré par une Falcon Heavy de SpaceX. Roman a fait son dernier déplacement à terre vers son site de lancement et il ne quittera plus la Floride que pour l’espace.
Les derniers pas du géant avant l’espace
Le 26 juin, dans le Payload Hazardous Servicing Facility du Kennedy Space Center, en Floride, des techniciens l’ont hissé à l’aide d’une grue pour le déposer sur un support spécialisé. Grâce à lui, les équipes ont pu le redresser en position verticale (la tête vers le haut), sa configuration finale pour le vol.
Cette zone du complexe est un peu un sas entre la Terre et l’orbite : c’est ici, entre autres, que l’on remplit les réservoirs des engins spatiaux et où on les teste une ultime fois.
Son atmosphère est rigoureusement contrôlée pour qu’aucune poussière ne vienne compromettre le fonctionnement des instruments scientifiques. Roman patientera ici jusqu’à son transfert final vers le hangar d’intégration de la fusée Falcon Heavy. Une chorégraphie millimétrée que la NASA répète pour chacun de ses grands observatoires, car un télescope n’est jamais aussi vulnérable que pendant ses dernières semaines à terre.
Solidement arrimé à son socle, il pourra être testé par les ingénieurs pour le déploiement de ses panneaux solaires, l’inspection de ses boucliers thermiques ainsi que de toutes les autres pièces critiques, et, en dernier lieu, le remplissage très délicat de ses réservoirs de carburant.
Manipulations à la grue, risques de chocs, de pollution par des poussières, d’humidité ou de contamination humaine (bactéries, postillons, sébum). Une seule particule sur un miroir ou un capteur infrarouge peut gâcher des années de conception. Dans le cas de Roman, ce serait absolument catastrophique : après plus de 15 ans de travail et trois milliards de dollars investis, le moindre pépin priverait l’humanité d’un de ses plus puissants outils astrophysiques.
Si vous ne l’avez toujours pas fait, sachez que vous pouvez inscrire virtuellement votre nom au sein de Roman, mais il ne vous reste plus que quelques jours avant que l’opération ne prenne fin. Quand la coiffe de la Falcon Heavy se refermera sur lui, ce sera la dernière fois qu’un œil humain le verra en entier ; après le décollage, il ne sera plus qu’un point de lumière fuyant vers le point de Lagrange L2, puis plus rien du tout, sinon le flot d’informations qu’il déversera sur nos écrans. Profitons donc des dernières images de ce géant encore posé sur la Terre. Il faudra ensuite s’armer de patience : environ un mois de voyage l’attend, et plusieurs encore avant qu’il ne puisse nous envoyer sa toute première photo, le temps que ses optiques trouvent leur température de croisière et que sa première lumière, moment sacré pour tout télescope de cette envergure, soit enfin capturée.
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