C’est une première en 2025, les fermetures de librairies en France ont dépassé les créations. 85 établissements ont baissé le rideau, contre 83 ouvertures. Dans le même temps, le marché du livre perdait 10 millions d’exemplaires vendus en deux ans, avec un recul de 7,9 % depuis le début de l’année 2026. C’est dans ce contexte, aux Rencontres nationales de la librairie réunies à Rennes ce week-end, qu’une proposition a pris de l’épaisseur, rapportent nos confrères du magazine spécialisé Actualitté : instaurer une taxe sur les grands acteurs de la filière pour financer les maillons les plus fragiles. Le Syndicat de la librairie française (SLF) porte l’idée depuis fin mai. Mais ce dimanche 7 juin, Olivier Lombardie, directeur général du CNL, a précisé les modalités de ce texte, qui pourrait bien rebattre les cartes du secteur.
Le livre va mal
La situation budgétaire du Centre national du livre n’est pas bonne. Ses subventions publiques ont baissé de 22 % en deux ans, conséquence directe des politiques d’austérité appliquées par les gouvernements successifs à la culture. Jusqu’ici, l’établissement a tenu grâce à son fonds de roulement. Si rien ne change, le CNL appliquera « les directives de l’État », qui consistent à réduire ses aides aux auteurs, aux éditeurs indépendants, aux libraires et aux bibliothèques. Un recul qui, dans un secteur déjà sous tension maximale, aurait des effets en cascade difficiles à absorber. La hausse des crédits publics paraît peu probable. Des discussions sont engagées avec la direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) au ministère de la Culture. L’idée d’une contribution de marché, à l’image de ce qui existe depuis longtemps dans l’audiovisuel et le cinéma, est sur la table.
Plateformes oui, éditeurs non
La proposition initiale du SLF était plus large, avec l’idée de taxer les « grands opérateurs de l’édition et de la vente de livres », ce qui incluait explicitement les grands groupes éditoriaux. Le périmètre envisagé par le CNL est plus restreint. « Notre réflexion était plutôt de faire reposer la taxe sur les plateformes de vente en ligne, ce sont elles qui déstabilisent le marché de plusieurs façons, notamment par les ventes d’occasion », précise Lombardie. Concrètement, Amazon va encore devoir passer à la caisse. Les libraires pointent depuis longtemps que les éditeurs eux-mêmes participent à déséquilibrer la filière, en accordant des conditions commerciales nettement plus favorables aux grandes plateformes qu’aux commerces indépendants.
Reste une donnée que personne ne conteste : le livre est, selon les chiffres du Sénat, le secteur culturel « de très loin le moins directement aidé ». Les aides du CNL ne représentent que 0,23 % du chiffre d’affaires total du secteur. Dans l’audiovisuel, les mécanismes de contribution de marché, financés notamment par les plateformes de streaming, représentent des centaines de millions d’euros par an. La question n’est donc pas de savoir si le modèle existe ailleurs, mais si la France est prête à l’appliquer au livre avant que les dernières réserves du CNL ne soient épuisées. En attendant, une nouvelle taxe appliquée sur le prix des livres risque de se répercuter automatiquement sur la facture finale, et ce sont les lecteurs et les lectrices qui vont en payer le prix fort.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.