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Vie extraterrestre : pourquoi les scientifiques restent très prudents face aux gros titres des médias

Une enquête menée auprès de centaines d’astrobiologistes révèle que l’enthousiasme médiatique autour des découvertes de 2025 n’a pratiquement pas eu d’écho dans la communauté scientifique elle-même.

Nous pouvons avouer d’emblée : nous aussi participons à l’emballement médiatique autour de la thématique des extraterrestres. La détection de biosignatures par James Webb dans l’atmosphère de l’exoplanète K2-18b, les taches découvertes par Perseverance l’année dernière sur Mars (Chevaya Falls), les molécules organiques retrouvées par Curiosity, même s’il nous est arrivé de tempérer l’excitation ambiante en relayant des découvertes moins enthousiasmantes.

Un cycle d’annonces qui produit une image quelque peu déformée du consensus scientifique de celles et ceux qui sont aux premières loges de cette discipline : les astrobiologistes. Peter Vickers, professeur de philosophie des sciences à l’Université de Durham, s’est attaqué à ce problème : plutôt que de laisser quelques voix dominantes parler au nom d’un champ entier, lui et ses collègues ont interrogé des centaines d’astrobiologistes dans les jours suivant chacune des deux grandes annonces de 2025. Celle de K2-18b en avril, et des taches de Chevaya Falls en septembre, afin d’obtenir leur opinion sur ces découvertes.

Leurs travaux ont été publiés le 5 juin, dans la revue Nature Astronomy et même si leurs conclusions ne remettent pas en cause l’intérêt scientifique de ces découvertes, elles nous enseignent que l’enthousiasme avec lequel ces annonces ont été reprises réflètait très imparfaitement l’état réel de l’opinion scientifique au moment où elles ont fait le tour de la planète.

Les extraterrestres : une thématique que la presse traite comme un feuilleton ?

Concernant K2-18b, seulement 6,6 % des astrobiologistes sondés pensaient que la vie extraterrestre avait probablement été trouvée, contre près des deux tiers qui le réfutaient, et 28 % qui préféraient ne pas se prononcer. Pour Cheyava Falls, les chiffres se rééquilibrent légèrement : 15,1 % se considéraient convaincus, 44,6 % étaient sceptiques et 40,3 % se déclaraient neutres. La communauté scientifique a donc estimé les preuves apportées par les données de Perseverance plus sérieuses sans pour autant les juger concluantes : une nuance qui s’accorde parfois difficilement avec la culture de l’immédiateté entretenue par la presse.

Entre l’annonce de K2-18b et celle Cheyava Falls, la proportion d’astrobiologistes en désaccord le plus marqué (ceux qui excluaient totalement l’idée que la vie avait probablement été trouvée) est passée de 35,1 % à 11,1 %. Une statistique qui peut être lue selon plusieurs prismes, mais dont le plus éclairant est certainement celui de la nature même des preuves.

Les deux n’avaient rien à voir : dans le cas des signatures moléculaires de K2-18b, elles ont été détectées à 124 années-lumière via spectroscopie, une méthode indirecte où l’interprétation reste ouverte et la vérification impossible à court terme. Dans le cas de Cheyava Falls, en revanche, Perseverance avait physiquement collecté une roche martienne, analysable sur place. Exclure sans réserve toute activité biologique potentielle dans un échantillon demande davantage d’arguments que de rejeter une inférence spectrale lointaine.

Alors est-ce que la presse peut être tenue pour seule responsable de l’emballement ? Non, ce n’est pas le propos de l’étude, puisque les institutions scientifiques elles-mêmes participent à la construction de cette saga. La NASA en tête, avec ses conférences de presse soigneusement mises en scène ou ses communiqués lissés dès lors qu’une découverte touche, même marginalement, à la question de la vie extraterrestre. Elle pointe du doigt, même si c’est en filigrane, l’aspect auto-entretenu du cycle : les agences spatiales et institutions scientifiques ont tout à gagner à ce que leurs découvertes paraissent historiques, les rédactions gagnent également à les relayer, le public les reçoit par curiosité, mais les astrobiologistes, n’ont eux, aucun réel moyen pour faire entendre leurs voix, qu’ils soient sceptiques ou non. Il n’existe pas, dans cette chaîne informationnelle, de position extérieure depuis laquelle on pourrait la décrire sans y appartenir ; prétendre le contraire serait exactement le genre de posture que cette étude nous invite à éviter. Puisque l’on a entamé cet article par une confession, finissons-en par une autre : cet article aussi participe au cycle qu’il décrit. Nous avons couvert les annonces de ces dernières années, nous couvrons aujourd’hui l’étude qui en documente les limites, et nous couvrirons probablement la prochaine « grande découverte ».

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