Si vous vous intéressez un minimum à la politique ainsi qu’au programme des différents partis en vue de la prochaine élection présidentielle, peut-être avez-vous vu passer dans le projet du Parti socialiste une étrange taxe sur les flux de données numériques. Le projet présidentiel du parti, intitulé “Vivre Libres”, inclurait en effet une proposition de taxe sur les flux de données numériques, fixée à 0,10 euro par gigaoctet.
Très rapidement, les électeurs du parti et d’autres horizons, mais également l’ensemble de la caste politique de droite et de gauche se sont offusqués d’une telle proposition. “Après des mois de recherche, les socialistes ont trouvé un truc qui n’était pas taxé en France”, vocifère notamment Philippe Lottiaux, député Rassemblement National du Var., avant d’ajouter que “la taxe est l’ADN de la gauche.”
Après des mois de recherche, les #socialistes ont trouvé un truc qui n’était pas taxé en France ! Horrifiés, ils se précipitent pour corriger cette anomalie.
La taxe est l’ADN de la gauche. https://t.co/cPdzpUOnXl— Ph Lottiaux (@phlottiaux) July 3, 2026
Une nouvelle taxe pour les Français ? Pas vraiment…
En réalité, l’inscription de cette taxe dans le projet du Parti Socialiste est une terrible erreur de communication. Lorsque l’on lit attentivement le programme du parti, il y est inscrit ceci : “Instaurer une taxation des flux de données numériques distribués sur le territoire français, au taux de 0,10 euro par gigaoctet, afin de financer l’infrastructure du réseau utilisé par les plateformes.” Il est vrai que la formulation de la phrase peut laisser entendre que le potentiel futur président socialiste envisagerait de taxer l’ensemble des citoyens.
Mais il faut lire entre les lignes et s’intéresser aux termes “distribués sur le territoire français”. Contrairement aux propos de M. Lottiaux et aux préoccupations compréhensibles de millions de français, ce n’est pas l’utilisation d’internet que le PS envisage de taxer, mais bien les grandes plateformes du numérique, qu’il s’agisse des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ou des Netflix et autres plateformes de streaming.
“Notre question est de savoir comment les GAFAM peuvent-ils contribuer de manière plus juste au financement des infrastructures dont ils bénéficient dans notre pays ?”, s’explique le député PS de l’Essonne et candidat à la présidentielle Jérôme Guedj.
Matin, midi et soir, on leur file gratuitement des données qu’ils n’hésitent pas à revendre. Il faut bien, à un moment, que l’on puisse monétiser, dans l’intérêt public et général, ce don gratuit qui est fait. La mesure sera débattue et on verra si les candidats à l’élection présidentielle la retiennent ou non. – Jérôme Guedj, député de l’Essonne et candidat à la présidentielle (PS).
Un impact indirect sur le consommateur
Avec cette “taxe”, le PS n’ambitionne donc pas d’ajouter un énième impôt aux Français, mais plutôt de s’attaquer aux surprofits réalisés par les géants du numérique sur le sol français. Mais bien souvent, lorsque l’on instaure une nouvelle taxe à une entreprise, celle-ci refuse de diminuer sa marge et préfère s’attaquer aux consommateurs.
De son côté, le PS prévoit que l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) encadre les tarifs pendant 24 mois afin de protéger les consommateurs et d’éviter une répercussion sur le prix des services. Malheureusement, une fois cette période de 24 mois passée, il y a de grandes chances que les entreprises répercutent ce nouveau coût sur le prix des abonnements, avec une potentielle nouvelle augmentation de l’abonnement Netflix par exemple.
Un autre risque serait que ces entreprises délocalisent leurs serveurs dans les pays frontaliers. Ce serait alors une perte sérieuse de recettes fiscales pour les caisses de l’Etat, mais également de potentielles pertes d’emploi et une latence accrue pour les internautes français.
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