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Temu, Shein : comment sera calculée la taxe européenne de 3 € sur les petits colis ?

Depuis le 1ᵉʳ juillet, l’Union européenne taxe 3 € les petits colis venus de Chine. Mais son mode de calcul n’est pas forcément simple à comprendre. Explications.

Pendant des années, il suffisait de rester sous la barre des 150 € pour recevoir un colis venu de Chine sans payer le moindre droit de douane. Cette parenthèse enchantée s’est refermée le 1ᵉʳ juillet 2026, après la mise en application d’une nouvelle loi européenne qui vient officiellement remplacer le projet français. Depuis cette date, chaque petit paquet importé d’un pays hors Union européenne se voit appliquer un droit de douane forfaitaire de 3 €. Une riposte de Bruxelles face à un raz-de-marée devenu ingérable : près de 5,9 milliards de colis sont entrés dans l’Union en 2025, dont environ neuf sur dix en provenance directe de Chine, portés par Shein, Temu et AliExpress.

Trois euros, mais quelques mauvaises surprises

Le piège se cache dans un détail : les 3 € ne s’appliquent pas au colis, mais à chaque catégorie d’article qu’il contient. Son montant dépend en réalité du code douanier attribué à chaque type de produit. Un paquet ne renfermant que des vêtements, qu’il s’agisse d’un t-shirt ou de quinze, ne déclenchera donc qu’une seule fois la taxe. En revanche, dès que le panier se diversifie, l’addition est exponentielle.

Concrètement, si vous commandez un t-shirt et une paire de chaussures dans le même colis, et il faudra payer deux fois la taxe, car textile et chaussures relèvent de deux catégories distinctes. Ajoutez un mascara, et la facture grimpe à 9 €. À l’inverse, un carton bourré de quinze t-shirts identiques ne coûtera toujours que 3 € de droits. Et l’histoire n’est pas finie : une redevance européenne supplémentaire, destinée à couvrir les frais de traitement douanier, doit entrer en vigueur le 1ᵉʳ novembre. Son montant, encore à fixer, pourrait tourner autour de 2 €, portant la note totale à 5 € par colis pour bien des acheteurs.

En théorie, ce n’est pas le consommateur qui règle la note. Le droit est dû par les plateformes, désormais qualifiées d’« importateurs réputés » depuis une réforme du code des douanes entrée en application fin mars. Mais rien ne les empêche de répercuter ce surcoût sur leurs prix ou leurs frais de port. On devine sans mal qui, au bout de la chaîne, finira par payer.

Après le fiasco français, l’Europe reprend la main

Cette taxe européenne enterre au passage une expérience nationale qui a tourné court. Le 1ᵉʳ mars, la France avait dégainé la première avec sa propre taxe de 2 € par catégorie d’article, histoire d’anticiper la réforme. Le résultat a été catastrophique : le dispositif n’a rapporté que 2,3 millions d’euros par mois, très loin des 400 millions d’euros espérés sur l’année. Il faut dire que les plateformes ont été promptes à réagir. En quelques heures à peine, Shein, Temu et AliExpress ont détourné leurs avions cargo vers des aéroports voisins, en Belgique ou aux Pays-Bas, avant d’acheminer les marchandises par la route jusqu’en France. Shein a même ancré la manœuvre dans la durée en inaugurant un entrepôt de 740 000 m² en Pologne.

Le pari de Bruxelles est d’appliquer les mêmes règles dans les vingt-sept États membres pour couper court aux jeux de frontières. Les recettes seront perçues par l’Union, qui reversera un quart de la somme au pays chargé du dédouanement. Au-delà du volet fiscal, l’objectif affiché est aussi sécuritaire. L’année dernière, la répression des fraudes avait jugé 70 % des commandes en provenance de Chine non conformes aux normes européennes, et près de la moitié carrément dangereuses.

Reste à voir si les douanes européennes sont vraiment capables de contrôler les douze millions de colis qui franchissent la frontière chaque jour ? Rien n’est moins sûr. Et face à des plateformes qui ont déjà prouvé leur agilité à réinventer leur logistique en vingt-quatre heures, la guerre des petits colis est loin d’avoir livré son dernier round. Ce droit de 3 € n’est d’ailleurs qu’une étape : en 2028, le seuil des 150 € devrait disparaître pour de bon, ouvrant la voie à une taxation de chaque article, un par un.

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