15 milliards de dollars, c’est à peu près ce qu’il faut aujourd’hui pour rayer un concurrent de la carte plutôt que d’essayer de le battre au jeu de la concurrence. Uber vient de le démontrer en mettant la main sur l’un des rares acteurs capables de lui tenir tête à l’échelle mondiale sur le terrain de la livraison de repas.
L’opération a été confirmée jeudi 16 juillet par Reuters : Uber rachète le géant allemand Delivery Hero pour 14,8 milliards de dollars, soit environ 13 milliards d’euros, à raison de 41,50 € par action. Une revanche pour l’entreprise berlinoise, qui avait repoussé en mai une première offre jugée trop faible, à 10 milliards d’euros.
Un empire qui s’étend à 99 pays d’un coup
Sur le papier, l’addition donne le vertige. En intégrant les marques du groupe allemand, à commencer par Glovo et Talabat, Uber Eats va étendre son réseau à 99 pays et récupérer d’un coup plus de 60 millions d’utilisateurs actifs mensuels supplémentaires. Le PDG Dara Khosrowshahi ne cache d’ailleurs pas l’objectif : bâtir une plateforme de mobilité et de livraison suffisamment massive pour étouffer ses deux principaux rivaux restants, l’Américain DoorDash et le Néerlandais Just Eat.
Ce mouvement n’a rien d’un coup isolé. Il s’inscrit dans une vague de consolidation qui a déjà vu Uber avaler Postmates par le passé, tandis que DoorDash s’offrait Deliveroo puis Wolt de son côté. Un secteur qui, après des années de croissance dopée par la pandémie, entend bien consolider sa place. À terme, l’opération pourrait aussi doper l’abonnement Uber One en dessinant un duopole quasi mondial entre Uber et DoorDash, loin devant les acteurs régionaux qui subsistaient encore.
Le casse-tête antitrust et la diplomatie berlinoise
Le problème, c’est que marier deux mastodontes de cette taille ne se règle pas d’un simple virement bancaire. Pour désamorcer les objections des autorités de la concurrence, Delivery Hero a accepté de céder par avance ses activités dans 14 marchés où elles se recoupent avec celles d’Uber Eats. La cession a été rendue possible par Prosus, principal actionnaire de Delivery Hero, que Bruxelles avait déjà contraint de réduire sa participation dans le groupe.
Pour faire passer la pilule outre-Rhin, Uber a également sorti le chéquier diplomatique : 2 milliards d’euros d’investissement promis en Allemagne d’ici 2031, ainsi qu’un maintien garanti de l’emploi et du siège berlinois jusqu’en 2029 au minimum. Des engagements qui n’empêcheront probablement pas un examen minutieux de la part des autorités de la concurrence, un processus que plusieurs observateurs du dossier estiment susceptible de s’étirer jusqu’au second semestre 2027 avant une validation définitive.
Le rachat reste par ailleurs conditionné à un seuil précis : Uber doit obtenir au moins 50 % plus une action du capital de Delivery Hero, participation déjà détenue incluse. Sachant que l’entreprise américaine possédait déjà autour de 36 % des parts avant cette offre, la marge de manœuvre semble suffisamment confortable pour que l’opération aboutisse, sauf blocage réglementaire majeur en cours de route.
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