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Google condamné à une amende record pour avoir enterré un rival européen

Un tribunal suédois vient d’infliger au géant américain la plus lourde condamnation pour concurrence de l’histoire du pays.

Le 1er juillet 2026, la juridiction suédoise a prononcé la plus lourde amende de son histoire contre Google. La somme a de quoi donner le vertige : 1,3 milliard d’euros, au titre de dommages et intérêts prononcés contre le géant du web, au profit d’une entreprise privée qui estime avoir été asphyxiée pendant plusieurs années.

Encore de l’abus de position dominante

La Cour des brevets et du marché de Stockholm a condamné l’entreprise à verser 14,3 milliards de couronnes suédoises, soit environ 1,3 milliard d’euros, au comparateur de prix PriceRunner. L’affaire n’a rien d’anecdotique : selon la juge Linda Kullberg, il s’agit tout simplement de la plus grosse indemnisation jamais prononcée dans une affaire de concurrence en Suède.

Le mécanisme reproché à Google n’est pas nouveau. PriceRunner est un service suédois créé en 1999 qui permet de comparer les prix entre marchands. L’enseigne accuse le moteur de recherche d’avoir systématiquement mis en avant son propre comparateur maison, Google Shopping, tout en reléguant les rivaux plus bas dans les résultats. Ce qui se traduisait concrètement par moins de visibilité, moins de clics, moins de trafic, et au bout du compte, un manque à gagner colossal étalé sur plus de 15 ans, rapporte le jugement.

Un précédent béton

Toute l’affaire s’appuie sur un dossier déjà tranché au plus haut niveau européen. En juin 2017, la Commission européenne avait infligé à Google une amende record de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante, précisément parce qu’il favorisait Google Shopping au détriment de ses concurrents. Google avait contesté jusqu’au bout, mais en 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a confirmé définitivement la violation.

C’est là que le dossier devient intéressant, et surtout inquiétant pour Mountain View. En droit européen, une infraction établie par la Commission peut servir de socle à des actions en réparation devant les tribunaux nationaux. Autrement dit, Bruxelles a fait le plus dur en qualifiant le comportement d’illégal, et il ne reste plus aux concurrents lésés qu’à chiffrer leur préjudice et à réclamer leur dû. PriceRunner s’est engouffré dans la brèche en déposant plainte à Stockholm en 2022. Un procès qui, avec le recul, ressemble à un très bon investissement.

1,3 milliard, mais pas de quoi faire trembler Google

La victoire n’est pas totale. PriceRunner réclamait au départ près de 80 milliards de couronnes, soit environ 7,2 milliards d’euros. La cour a donc rejeté l’essentiel de la demande, ne retenant qu’une fraction du montant réclamé, tout en donnant raison au plaignant sur le principe même de l’abus. Google, on s’en doute, ne l’entend pas de cette oreille. Le groupe a immédiatement annoncé son intention de faire appel, jugeant le montant « sans précédent et non justifié ».

Son argument principal : les modifications apportées à Google Shopping depuis 2017 auraient corrigé le tir et respecteraient désormais le droit européen. Un procès long de deux mois, mené entre octobre et décembre 2025, avait déjà mobilisé des experts pour tenter de quantifier un préjudice par nature difficile à mesurer. Le feuilleton est donc loin d’être clos.

L’enjeu est ailleurs

Au-delà du chèque, c’est le précédent qui compte. Jusqu’ici, les déboires antitrust de Google en Europe se réglaient surtout à coups d’amendes encaissées par les régulateurs. Cette fois, un concurrent privé a transformé une décision publique en réparation financière directe, et il a gagné. Or PriceRunner est loin d’être le seul comparateur à s’estimer floué par la mécanique de Google Shopping. Chaque rival lésé par le même comportement peut désormais brandir le même précédent européen et réclamer sa part du gâteau.

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