Depuis de nombreuses années, Emmanuel Macron travaille à l’interdiction du smartphone chez les plus jeunes, ou du moins à une réduction sérieuse de leur temps d’écran. Pour cela, il avait réussi à faire adopter par l’Assemblée nationale ses deux mesures phares, à savoir l’interdiction des réseaux sociaux chez les moins de 15 ans et l’extension de l’interdiction du téléphone portable, jusqu’ici limitée aux primaires et collèges, au lycée.
La première mesure se heurtera à une censure du Conseil constitutionnel, tandis que la partie concernant les établissements scolaires reste, elle, autorisée. Qu’à cela ne tienne, Emmanuel Macron choisira de promulguer cette partie de la loi dès le 24 août 2026, avec application dès la rentrée suivante.
Protéger les enfants des dérives des écrans ne peut plus attendre. Je viens de promulguer la loi visant à interdire les téléphones portables au lycée dès la rentrée, proposition de la commission écrans. Une école sans téléphone, c’est retrouver la sérénité de l’apprentissage.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) August 24, 2026
La rentrée n’est prévue que dans quelques jours qu’un sujet est déjà sur toutes les lèvres : le smartphone. Quid de cet accessoire devenu indispensable pour le commun des mortels et qui occupe la majorité du temps libre des jeunes ? La majeure partie des lycées de France ne s’estiment pas prêts à appliquer une telle mesure dès le mardi 1er septembre, faute d’avoir été prévenus suffisamment à l’avance.
Un timing mal choisi
“Les établissements attaquent une année dans laquelle la règle n’est pas écrite dans le règlement intérieur, sauf ceux qui avaient peut-être tenté d’anticiper quelque chose, mais ça reste très parcellaire”, explique François Resnais, secrétaire national du SNPDEN-UNSA (principal syndicat des chefs d’établissement), à l’AFP. Pourtant, dès le 2 juillet, une circulaire accompagnée d’un vade-mecum demandait déjà aux lycées de se préparer à l’entrée en vigueur d’une telle loi. Mais qu’est-ce qui a bien pu provoquer un tel quiproquo ?
En réalité, ce qui a empêché les écoles de modifier leur règlement d’ordre intérieur (ROI) en temps et en heures, ce sont les vacances scolaires estivales. Pour appliquer chaque interdiction, chaque établissement doit modifier son ROI, ce qui suppose de consulter plusieurs instances, comme le conseil des délégués pour la vie lycéenne et le conseil d’administration. Problème : ils ne se réunissent pas l’été…
La promulgation la veille de la rentrée va encore complexifier les choses. – Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU (principal syndicat du second degré)
Quelles mesures ?
Dans son vade-mecum, le ministère détaille tout ce que les établissements scolaires doivent savoir concernant cette interdiction, et notamment le régime de sanctions suggéré. Il prévoit ainsi une réponse “graduée, personnalisée et proportionnée” en cas d’infraction, comme pour tout manquement à une règle interne. Les sanctions pourront alors aller de la simple punition à la confiscation de l’appareil. Les cas les plus graves pourront enfin faire l’objet de mesures disciplinaires plus strictes. Seuls les “usages pédagogiques ou des usages nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement” feront office de dérogation à l’interdiction.
L’Union syndicale lycéenne estime, via son président Ryad Rani, que la mesure est “démagogique”. “Il faut plutôt sensibiliser à l’usage du téléphone portable parce que ça fait partie du quotidien.” Le gouvernement campe toutefois sur ses positions, avec pour objectif une révision de la partie du texte censurée par le Conseil constitutionnel. “L’objectif du président de la République, c’est d’avoir un cadre stabilisé d’ici au printemps prochain pour protéger nos enfants et nos jeunes”, rapporte Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement. C’est le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui est chargé de la nouvelle rédaction du texte.