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Votre nom est dans les fichiers de centaines d’entreprises que vous ne connaissez pas

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En rachetant le spécialiste américain Optery, l’éditeur du VPN Surfshark met en lumière un marché de la revente de données personnelles massivement implanté aux États-Unis.

Prenez votre nom, votre adresse postale, votre numéro de téléphone, votre employeur, votre tranche de revenus et une estimation de vos opinions politiques, puis mettez le tout sur une fiche unique qui sera ensuite vendue à des professionnels (ou des escrocs) : vous venez de créer un profil de courtier en données, aussi connu sous le nom de Data Broker.

Le rachat d’Optery par le groupe Surfshark (qui possède le VPN éponyme), annoncé ce lundi 7 septembre, met ce phénomène sous les projecteurs. Le mécanisme fonctionne dans une zone grise : ces data brokers agrègent des registres publics, des jeux de données achetés et des informations aspirées sur les réseaux sociaux, puis revendent le résultat à des annonceurs, des assureurs et autres services d’enquête de solvabilité.

Le problème dépasse largement la publicité ciblée : ces profils constituent la matière première des arnaques. Quand un escroc appelle vos parents en se faisant passer pour leur conseiller bancaire ou quand un e-mail de phishing cite votre adresse réelle pour paraître crédible, les données de départ viennent souvent d’un courtier, et non pas toujours du dark web.

Un fléau surtout américain, l’Europe n’est pas logée à la même enseigne

Cette industrie s’est développée massivement aux États-Unis, où aucune loi fédérale ne l’encadre véritablement : la collecte et la revente de données personnelles y sont légales par défaut avec quelques exceptions sectorielles et une poignée de lois d’État. C’est pour cette raison que le marché s’y compte en centaines d’acteurs, et se désinscrire de l’un d’eux n’a aucun effet sur les autres.

En Europe, le RGPD a rebattu les cartes : le règlement impose une base légale pour le traitement de données personnelles, il oblige à informer les personnes concernées et consacre un droit à l’effacement que vous pouvez exercer directement et gratuitement. Ce cadre n’a pas fait disparaître le courtage de données sur le continent mais il l’a nettement contraint.

Cette différence explique d’ailleurs la géographie des services d’effacement : Optery, que Surfshark vient de racheter, est une société américaine spécialisée dans le marché américain avec une couverture étendue des courtiers de ce pays. Ironwall, lui aussi acquis en 2024 par le même groupe, cible les fonctionnaires, élus et dirigeants américains, dont l’adresse personnelle exposée représente un risque physique réel. Seul Incogni, le service grand public du groupe, joue à l’échelle mondiale avec plus de 420 courtiers et annuaires couverts.

Pourquoi il est si difficile de s’en sortir seul

Même quand le droit est de votre côté, l’exercice a de quoi décourager : chaque courtier impose son propre formulaire, ses propres pièces justificatives, sa propre procédure de vérification et son propre calendrier de suppression. Multipliez par le nombre d’entreprises concernées et vous obtenez un travail de plusieurs dizaines d’heures. Pire : certains acteurs reconstituent automatiquement votre profil quelques jours plus tard, à partir de sources qu’ils ré-achètent.

C’est précisément ce que vendent les services comme Optery, Incogni ou Ironwall : non pas un droit que vous n’auriez pas, mais le temps et la persévérance nécessaires pour l’exercer à grande échelle. Optery s’est fait une réputation sur une méthode particulière qui consiste à documenter chaque retrait par capture d’écran. Là où la plupart de ses concurrents se contentent d’annoncer qu’une demande a été déposée, il montre la page où figuraient vos données avant et après.

Le rachat d’Optery par Surfshark confirme surtout une chose : la suppression de données personnelles s’est constituée en industrie à part entière, avec ses segments, ses spécialistes et désormais ses opérations de consolidation. Un marché qui prospère parce que le problème d’origine, lui, ne se règle pas. Le patron d’Incogni le reconnaît d’ailleurs sans détour dans le communiqué, en désignant “la cause profonde des arnaques et des violations de la vie privée : la monétisation généralisée des données personnelles”. Tant que celle-ci sera aussi rentable, l’effacement continuera de ressembler à un travail d’écopage.

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