Vénus ne se laisse pas observer facilement. Sa surface est cachée sous une épaisse couche de nuages d’acide sulfurique, ce qui complique un peu les photos de vacances orbitales. Pour voir le relief de la planète, le radar reste donc l’outil indispensable. C’est justement le cœur de la mission Envision, portée par l’Agence spatiale européenne.
Un plan B pour regarder sous les nuages
Cette sonde doit cartographier la surface de Vénus avec une résolution dix fois meilleure que celle obtenue par la dernière grande mission radar de la NASA dans les années 1990. Les chercheurs veulent notamment y repérer d’éventuels signes de volcanisme actif.
Au départ, le partage était clair. L’ESA construisait la sonde, fournissait les autres instruments et lançait le tout avec Ariane 6. La NASA, elle, devait apporter le radar à synthèse d’ouverture, développé par le Jet Propulsion Laboratory, ainsi qu’un soutien pour les communications via le Deep Space Network. Des scientifiques américains auraient aussi rejoint l’équipe d’Envision.
Mais le budget scientifique de la NASA n’est plus ce qu’il était. L’administration Trump a proposé de le réduire presque de moitié pour 2026 et 2027. Le Congrès a limité la casse en 2026, avec 2,54 milliards de dollars pour la science planétaire, mais ce montant reste inférieur d’environ 220 millions de dollars à celui de l’année précédente. Résultat : plusieurs coopérations internationales passent à l’as. Pour Envision, l’incertitude est devenue trop gênante. L’ESA a donc confié à des équipes industrielles au Royaume-Uni et en Italie des travaux sur un radar européen. Objectif : remplacer l’instrument américain, si celui-ci ne vient finalement pas.
Anne Grete Straume-Lindner, responsable scientifique d’Envision à l’ESA, se veut rassurante. « Nous ne savons pas quel sera le design final, mais nous avons les mêmes exigences », a-t-elle expliqué lors de l’Europlanet Science Congress. Elle estime que la mission pourra produire « exactement la même science», même si certains détails techniques changeront.
Officiellement, la discussion avec la NASA continue. Mais l’ESA a déjà repoussé le lancement d’Envision de 2031 à 2032 pour laisser du temps au radar européen. « Il semble qu’ils ne soient pas en mesure de fournir le radar », a reconnu Anne Grete Straume-Lindner, d’où la décision d’avancer « à toute vitesse » sur une solution maison.
Cette affaire ne concerne pas seulement Vénus. Les contributions américaines aux missions européennes LISA, consacrée aux ondes gravitationnelles, et New Athena, futur grand télescope spatial à rayons X, sont aussi incertaines. L’ESA reste très liée à la NASA, notamment sur la Station spatiale internationale et Artemis. Mais elle élargit aussi ses partenariats, y compris avec la Chine.