Après la découverte de grottes propices à la vie extraterrestre à la fin de l’année 2025, l’énigme de la tache verdâtre du cratère Jezero le mois suivant et la curieuse forme pyramidale capturée par l’instrument HiRISE (High Resolution Imaging Science Experiment), il faut croire que Mars aime faire tourner en bourrique les scientifiques. En escaladant les flancs du mont Sharp (Aeolis Mons) dans le cratère Gale, un massif sédimentaire haut de 5,5 km, Curiosity est tombé sur une série de petites cavités peu profondes parsemant la roche.
Depuis son atterrissage sur la planète rouge le 6 août 2012, c’est la première fois que le rover repère ce type de formation géologique, à la morphologie unique. C’est Michelle Minitti, chercheuse principale adjointe de l’instrument MAHLI (Mars Hand Lens Imager) de Curiosity, qui en a fait état le 3 septembre sur le blog officiel de la mission.
Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous
Des trous dans la roche martienne n’ont, en soi, rien d’exceptionnel ; la planète en est même recouverte. Formés lorsque des nodules minéraux ou des galets, emprisonnés dans une matrice rocheuse plus tendre, résistent à l’érosion plus longtemps que leur substrat environnant avant de finir par s’en détacher, ils laissent derrière eux des cavités. En géomorphologie, ce processus est appelé érosion différentielle, et il se déroule (différemment, certes), aussi bien sur Terre que sur Mars.
Sauf que celles repérées par Curiosity entre le 19 et le 25 août 2026 sur les sols 4988 à 4994 (en référence à ses 4 988e à 4 994e jours de mission sur le sol martien), ne correspondent pas à ce processus géomorphologique. Tout d’abord, elles sont trop larges : par exemple, celle photographiée en gros plan par MAHLI le 19 août mesure environ un centimètre de diamètre (voir photo ci-dessous) et trop peu profonde.

De surcroît, aucun fragment minéral, qui permettrait d’expliquer leur existence par l’érosion différentielle, n’a été repéré à proximité : si un nodule ou un galet s’était détaché de la roche, il devrait logiquement se trouver quelque part aux abords de la cavité qu’il occupait, ou au minimum laisser une empreinte cohérente avec sa forme et sa taille. Comme si les cavités n’avaient jamais été comblées auparavant.
Le rover les a découvertes alors qu’il progressait à travers Valle Grande, une large vallée qui entaille les couches riches en sulfates du mont Sharp, un terrain que Curiosity explore pour la première fois après avoir quitté, plus tôt dans l’année, les énigmatiques formations en « boxwork » (un réseau de crêtes minéralisées façonnées par des circulations d’eaux souterraines datant de plusieurs milliards d’années).
Pour tenter de percer leur nature, l’équipe a employé l’artillerie scientifique de Curiosity : grâce à MAHLI, ils ont pu capturer des clichés en gros plan et ses deux caméras Mastcam (objectifs multispectraux à focale fixe) ont multiplié les prises de vue décalées de la zone environnante. Un procédé stéréoscopique à partir duquel les chercheurs peuvent reconstituer le relief de la surface en trois dimensions.
Pour le moment, mystère et boule de gomme pour l’équipe s’occupant de la mission du rover : elle n’est pas parvenue à comprendre d’où peuvent provenir ces cavités. Dans leur blog, Minitti explique qu’elles « constituent un nouveau casse-tête bienvenu pour comprendre les processus qui ont façonné cette section particulière de roches dans la stratigraphie du mont Sharp. » Fin août 2026, le rover a franchi le cap symbolique, durant son ascension, des 1 000 mètres de dénivelé positif, et il est fort probable que les roches sulfatées sur lesquelles il se déplace à cette altitude plus élevée n’aient pas connu le même passé géologique que le fond du cratère Gale. Elles auraient pu subir un processus d’érosion encore inconnu ou présenter des propriétés physico-chimiques particulières, absentes des strates inférieures, qui expliqueraient cette morphologie inhabituelle. Au moins, les chercheurs ont désormais toutes les données nécessaires pour se mettre au travail et remonter jusqu’à leur formation.