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Faire son propre sel avec de l’eau de mer : pourquoi ce n’est pas une bonne idée ?

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L’idée revient régulièrement sur les réseaux sociaux dès que les températures montent : pourquoi acheter du sel quand il suffirait de remplir quelques bouteilles d’eau de mer, de les faire chauffer et de récupérer les cristaux au fond de la casserole ?

Sur le principe, ça fonctionne, l’eau s’évapore et les sels minéraux restent. Mais entre ce que contient réellement l’eau de mer, ce que la cuisson permet d’éliminer et la quantité d’électricité nécessaire pour obtenir quelques centaines de grammes de sel, l’expérience est nettement moins intéressante qu’elle n’en a l’air !

Faire bouillir l’eau ne fait pas disparaître tout ce qu’elle contient

L’évaporation permet effectivement de récupérer le sel dissous dans l’eau de mer. Le problème est que le chlorure de sodium n’est évidemment pas la seule chose présente dans l’eau prélevée sur une plage.

Selon l’endroit où elle est récupérée, l’eau de mer peut contenir des bactéries et autres micro-organismes, mais aussi différents contaminants issus des activités humaines. Des métaux lourds peuvent notamment être présents à proximité de certaines zones industrielles ou portuaires. Il faut également compter avec les microplastiques, ces fragments de plastique de moins de 5 millimètres désormais largement présents dans les océans.

Des analyses ont d’ailleurs retrouvé des microplastiques dans du sel marin commercial, avec des concentrations variables selon les échantillons et leur origine. La Méditerranée fait notamment partie des zones particulièrement concernées par la pollution plastique.

Alors, suffit-il de faire bouillir l’eau pour régler le problème ? Pas vraiment.

La chaleur permet bien de détruire une partie des micro-organismes lorsqu’une température suffisamment élevée est maintenue pendant assez longtemps. En revanche, elle ne fait pas disparaître les métaux lourds ni les microplastiques. Pire, le principe même de l’évaporation peut concentrer les substances qui ne partent pas avec la vapeur d’eau. Au fur et à mesure que le volume d’eau diminue, les éléments dissous restent dans la casserole avec le sel que l’on cherche à récupérer. Autrement dit, faire bouillir de l’eau de mer n’est pas l’équivalent d’un processus de purification.

Le sel acheté en magasin bénéficie d’un autre niveau de contrôle

C’est l’une des principales différences avec le sel vendu dans le commerce. Le sel alimentaire est soumis à des exigences réglementaires concernant notamment sa composition et ses contaminants. Selon son mode de production, il peut également subir différentes étapes de traitement, de lavage ou de purification destinées à éliminer une partie des impuretés.

Cela ne signifie pas que le sel commercial est parfaitement exempt de contaminants. Des études ont notamment retrouvé des microplastiques dans certains sels marins vendus dans le commerce. Mais entre un produit contrôlé et un récipient rempli directement à la plage puis chauffé dans une casserole, il existe une différence importante car dans le second cas, personne n’a vérifié ce qui se trouvait réellement dans l’eau avant de la transformer en sel.

L’origine de l’eau compte donc énormément ! Prélever quelques litres au bord d’une plage n’offre aucune garantie sur sa qualité, même si l’eau paraît parfaitement claire.

Le “sel gratuit” coûte finalement assez cher

Il reste alors l’argument économique. Après tout, l’eau de mer ne coûte rien, sauf que l’évaporer demande beaucoup d’énergie.

Un litre d’eau de mer contient en moyenne environ 35 grammes de sel. Pour obtenir un kilogramme, il faut donc théoriquement évaporer près de 29 litres d’eau.

Sur le papier, l’énergie nécessaire à la vaporisation de cette eau est déjà importante. En pratique, une casserole sur une plaque de cuisson est loin d’être parfaitement efficace, une partie de la chaleur se dissipe dans l’air, dans le récipient et dans la plaque. L’ordre de grandeur peut ainsi atteindre environ 1,5 à 2 kWh pour évaporer un litre d’eau dans des conditions domestiques, selon l’installation et la manière de procéder. À raison de 29 litres pour obtenir un kilo de sel, cela représente donc potentiellement 43 à 58 kWh d’électricité.

Avec un prix de l’électricité autour de 0,20 euro par kWh, la facture énergétique se situe déjà autour de 9 à 12 euros pour un kilogramme de sel. Et ce calcul ne prend évidemment pas en compte le temps passé à faire chauffer l’eau, ni le déplacement jusqu’à la plage pour la récupérer. Le fameux sel gratuit commence donc à devenir beaucoup moins gratuit !

Même la fleur de sel peut être moins chère

La comparaison avec le commerce est assez cruelle pour cette méthode artisanale. Un kilogramme de sel de table basique peut coûter moins d’un euro. Le sel marin classique se situe généralement autour de quelques euros le kilo. Même des produits nettement plus haut de gamme, comme certaines fleurs de sel artisanales, restent parfois dans une fourchette de prix comparable ou inférieure au seul coût énergétique de la fabrication maison. Et surtout, le produit acheté bénéficie d’un cadre de production et de contrôle qui manque totalement à l’expérience réalisée dans une cuisine.

Il faudrait donc vraiment vouloir fabriquer son propre sel pour trouver une justification à l’opération. Pour l’expérience scientifique ou la curiosité, pourquoi pas. Pour faire des économies, beaucoup moins.

Alors, peut-on quand même le faire ?

Techniquement, oui. L’évaporation de l’eau de mer permet bien de récupérer les sels qu’elle contient. C’est d’ailleurs le principe même des marais salants. Mais reproduire ce procédé dans une casserole n’est pas comparable à une production de sel alimentaire maîtrisée. Le lieu de prélèvement, la qualité de l’eau, les contaminants présents et l’absence de contrôle du produit final changent complètement la donne. Surtout, l’expérience est difficile à défendre sur le plan économique. Il faut dépenser plusieurs euros d’électricité pour produire ce que l’on peut acheter à une fraction de ce prix dans n’importe quel supermarché.

Faire son sel avec de l’eau de mer est donc une expérience amusante, mais certainement pas une astuce pour obtenir gratuitement un produit alimentaire. Et si l’objectif est de consommer le sel obtenu, mieux vaut laisser les marais salants et les producteurs professionnels faire ce travail !

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