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Critique Alice in Borderland saison 3 – une suite au pays de l’oseille

Presque trois ans après le retour d’Arisu et d’Usagi dans notre monde, Alice in Borderland a décidé de relancer les jeux pour une troisième saison sur Netflix. Une saison qui sent bon les besoins économiques de la plateforme de streaming.

L’art est un business comme un autre et on pointe régulièrement du doigt ici les œuvres dont la production découle davantage d’une étude de marché que de la mise en images d’une idée créative. Ce qui ne veut pas dire que les deux sont inconciliables et les exemples ne manquent pas, au cinéma ou sur les plateformes de streaming, de projets artistiques devenus des succès commerciaux ou l’inverse. Et on espérait fort que la saison 3 d’Alice in Borderland fasse partie de ces exemples.

À l’hiver 2020, nous lancions la première saison à son arrivée sur Netflix, un soir, un peu par hasard. Une nuit blanche plus tard, nous avions dévoré l’adaptation du manga d’Haro Aso que l’on juge, aujourd’hui encore, bien plus réussie que Squid Game, pour comparer deux récits basés sur des jeux mortels. En 2022, rebelote avec la saison 2 qui se concluait de la même manière ou presque que le manga d’origine. Fin ?

Critique Alice in Borderland saison 3 – une suite au pays de l'oseille
© Netflix

Évidemment que non, car comme La Casa de Papel, ou Squid Game, il faut continuer à battre le fer tant qu’il pond des œufs d’or. Après tout, Alice in Borderland n’est que le show japonais le plus vu du service SVoD, plus de 8 millions d’heures visionnées et qui a occupé la première place du Top 10 dans plus de 90 pays. Et puisque le manga a eu une suite, pourquoi pas ?

Plusieurs mois ont passé depuis qu’Arisu et d’autres participants sont sortis de « Borderland », sans réel souvenir des événements. Mais leur expérience à la frontière de la vie et de la mort intéresse fortement un professeur qui pousse Usagi, désormais mariée à Arisu, à y retourner. Pour la sauver, ce dernier replonge également. Pour s’en sortir et retrouver le monde réel, ils vont devoir vaincre les épreuves du « Joker » en compagnie de nouveaux joueurs.

Une saison plus con-centrée

Alice in Borderland saison 3 s’inspire très librement d’Alice in Borderland Retry. En réalité, elle ne reprend que quelques éléments comme base pour développer tout un pan inédit de l’histoire, toujours entre les mains de Yasuko Kuramitsu et Shinsuke Satô. Kento Yamazaki (Arisu) et Tao Tsuchiya (Usagi) rempilent, aux côtés d’un nouveau casting, mené par Kento Kaku, troisième figure centrale dans un rôle ambigu. Oui, à notre grand dam, pas de Chishiya (Nijirô Murakami) ou d’Hikari (Aya Asahina), dont les présences ont largement contribué au succès de la série.

Critique Alice in Borderland saison 3 – une suite au pays de l'oseille
© Netflix

N’ayant plus besoin de nous expliquer le concept de l’intrigue, cette troisième saison ne sacrifie pas son rythme en exposition inutile et préfère recentrer son récit autour de six épisodes, au lieu des huit des saisons précédentes. Une décision judicieuse qui permet d’éviter de fausses longueurs, mais que l’on peut considérer comme l’arbre cachant la forêt.

Il paraît très rapidement évident que la vraie raison de cette durée raccourcie est l’absence de matière. Sans l’apport de l’oeuvre d’Aso comme feuille de route, Kuramitsu et Satô peinent à raconter quelque chose et font le choix de se focaliser sur les jeux. Là où les personnages étaient l’essence des deux premières saisons, avec des épreuves servant surtout à raconter l’âme humaine, cette troisième fournée semble n’avoir retenu que le besoin d’adrénaline du spectateur et enchaîne les défis mortels sans que l’on ressente l’impact psychologique derrière. Il n’y aura bien que l’épreuve finale pour retrouver un peu de ce qui faisait le sel d’Alice in Borderland.

Un jeu de PNJ

Ce qui impacte… les personnages ! Bien qu’un certain affect se développe pour certaines figures, le nombre et le peu de développement de l’ensemble ne permet pas de provoquer un attachement particulier, de sorte que les joueurs vont, viennent et disparaissent avec un léger désintérêt. Forcement, la concurrence étant rude à l’écran, leur caractérisation sera tout aussi sommaire, les stéréotypes inclus.

Critique Alice in Borderland saison 3 – une suite au pays de l'oseille
© Netflix

Tout y est superficiel, surtout dans la gestion de notre cher professeur auquel l’intrigue tente de s’accrocher au forceps. Non seulement le jeu trop caricatural de Kaku est ridicule – à aucun moment le personnage n’inspire la confiance que le scénario cherche à imposer -, mais on a le sentiment qu’il est réécrit au fur et à mesure des épisodes.

Un problème qui touche également notre duo principal. Cette saison d’Alice in Borderland n’arrive jamais à faire d’Usagi une figure centrale dans son récit, sa présence dans le jeu étant davantage un macguffin (objet prétexte à l’histoire) pour Arisu. La narration ne parvient pas à mettre en images, donner du corps à sa motivation personnelle, au point de la mettre de côté rapidement, puis la reprendre sur son final, comme si elle s’était rendu compte qu’elle avait oublié quelque chose. S’il y a bien une chose que cette salve d’épisodes accomplit, c’est le balayage d’un revers de la main.

Critique Alice in Borderland saison 3 – une suite au pays de l'oseille
© Netflix

De son côté, Arisu est traité avec la même subtilité que ses camarades, dans le sens contraire. Difficile de ne pas sentir l’intérêt utilitaire du reste du casting quand les valeurs morales du héros sont à ce point ostensible. La série ne cherche plus à développer le personnage, mais à porter son héroïsme au firmament. Énième preuve qu’il n’y a définitivement plus rien à raconter, lorsque le héros du show est écrit le plus basiquement du monde… comme le héros.

Cette saison 3 d’Alice in Borderland est écrite d’un seul bloc, sans subtilité, ne désirant plus peindre un certain reflet de la population, juste un groupe de plots jouant à des jeux. Même le mystère entourant Borderland, dont la réelle nature pouvait encore faire débat, est, ici, jeter dans les égouts avec une paresse affichée. Le show ne nous propose plus de réfléchir, de nous émouvoir, préférant nous balancer des réponses surlignées avec arrêt sur images.

Alice in Borderland est l’un des représentants les plus parlants d’une stratégie économique qui vise à rentabiliser un succès plutôt que de réfléchir au potentiel, pourtant toujours existant, d’un univers. Et allez bien jusqu’à la séquence finale pour en avoir la preuve la plus concrète. Une succession de choix financiers, jamais les bons, qui a même le culot de jouer une ultime carte qu’on avait cru, pour ne pas finir sur une fausse note intégrale, évitée. Trois ans d’attente pour ça ? Du grand ar(gen)t !

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Notre avis

Après deux saisons qui nous avaient cloué, Alice in Borderland saison 3 est une cruelle déception. Une série qui n'a aucune inspiration, si ce n'est celle de continuer à faire de l'argent, sacrifiant tout sur cet autel. La psychologie, la profondeur, même les jeux. On se doutait qu'il y aurait un changement de saveur, pas de l'absence de saveur. Seule bonne nouvelle, la catastrophe ne compte « que » six épisodes.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 2 / 10

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