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Critique Backrooms : un mème et une web-série pour un grand film d’horreur ?

Il n’y aura pas que les jouets ce mercredi au cinéma. Il y aura de l’horreur aussi avec Backrooms, le premier long-métrage de Kane Parsons. Un projet qui adapte la série du même nom et du même auteur, puisque c’est ce Youtubeur qui a contribué à la popularité de ces espaces vides et angoissants sur la Toile à travers plusieurs épisodes dédiés. Est-ce que l’essai est transformé pour autant ?

Décidément, les créateurs de contenu ont le vent en poupe et les mains sur le genre horrifique ces mois-ci. Alors qu’Obsession cartonne dans les salles et a propulsé son réalisateur, Curry Baker, sur le devant de la scène et qu’Iron Lung, un peu plus tôt, avait déjà eu une belle audience, c’est désormais aux Backrooms de faire parler d’elles. Derrière ce mot, il y a toute une mythologie et un lore, celui des légendes urbaines fabriquées par Internet autour des espaces liminaires. Kezako ?

On parle ici de zones désertes, immensément vides, qui ne répondent dans leur présence et dans leur nature à aucune cohérence et qui n’appartiennent tout simplement pas à notre monde. Il y a donc une portée dimensionnelle dans les backrooms, le plus souvent représentés comme des espaces jaunâtres, dépourvus le plus souvent de meubles, qui se multiplient à l’infini et jouent sans cesse sur les proportions, la ligne d’horizon et la profondeur. Tantôt étroits, tantôt vastes, tantôt ouvert ou semi-ouverts, ces lieux peuvent abriter des choses totalement aléatoires et présentées comme telles, comme une armoire à moitié enterrée dans le plafond, une table au milieu de nulle part ou une porte minuscule dans un espace immense, une sortie ou une entrée que n’aurait pas renié Alice au Pays des Merveilles.

Un projet ambitieux, qui repose sur la justesse d’un duo d’acteurs confirmés

Bref, les lieux sont là pour provoquer une angoisse permanente, diffuser une ambiance anxiogène, et laisser penser qu’à tout moment, un danger sourd et prêt à frapper peut surgir de n’importe où. Voilà pour le cadre d’un univers qui redéfinit en partie les codes de l’horreur, avec une peur pour ce que l’on ne voit pas, ce que l’on ne comprend pas, pour ces espaces que l’on ne peut appréhender ni maîtriser. Kane Parsons, qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de création, a bien compris cet univers qu’il s’est approprié sous la forme d’une web-série. A24 a évalué le succès de cette dernière et, toujours aussi friand de projets indépendants, a offert au jeune vidéaste de 20 ans les moyens pour adapter sa série dans un format plus long. Dix millions de budget au départ, 100 millions de récoltés en moins d’une semaine au box-office nord-américain, on peut considérer que le pari est plus que largement réussi.

Backrooms Trailer
© A24

Phénomène du web, aussi bien en vidéo qu’en mème, Backrooms vise la continuité en salles. Et pour cela, on a sorti le grand jeu. Deux acteurs référencés, Chiwetel Ejiofor d’un côté et Renate Reinsve de l’autre, tous deux entraînés malgré eux dans le tourbillon des Backrooms mais pas du tout pour les mêmes raisons. Le premier incarne un architecte désabusé, Clark, reconverti par la force des choses en gérant d’un magasin de meubles. Les affaires ne marchent vraiment pas fort, accentuant la frustration de Clark, qui doit se relever d’un divorce douloureux et d’une relation pour laquelle il ne nourrit que de la haine et des regrets désormais. C’est auprès du Dr Mary Kline, sa thérapeute, que le vendeur de meubles s’épanche, non sans parvenir à maîtriser cette colère enfouie qui le ronge.

Une photographie exceptionnelle, qui nous rappelle celle de Severance par moments

Alors que les soucis s’accumulent sur son magasin, Clark découvre un passage vers ce qu’il croit être une extension d’abord de sa boutique, avant de comprendre qu’il est littéralement dans une autre dimension. Une dimension où il y a des chaises, des meubles, lui rappelant son magasin. Mais aussi un panneau stop, des mannequins en carton et ces espaces vides jaunâtres, se dupliquant par zones à l’infini, donnant un sentiment de redondance et de profondeur assez inquiétant, compte tenu du vide abyssal qui les compose. Clark va aller de découverte en découverte, tout en s’enfonçant dans le mystère et le malaise provoqués par ces espaces sans fin et sans sortie. Tant et si bien que Mary va devoir s’y enfoncer aussi pour aller le secourir, sans savoir exactement dans quel piège cette dernière est partie se jeter.

La force du film, c’est indéniablement son ambiance et sa photographie. Si les Backrooms étaient déjà inquiétants en web-série, ils le sont encore plus sur grand écran où les jeux de proportions, dimensions et de profondeur ne sont plus du tout les mêmes. Les décors sont incroyables, les plans saisissants au point de pouvoir s’y projeter… tant et si bien que l’ensemble nous rappelle, parfois, un peu, les grandes salles et les couloirs blancs de Severance. Une comparaison loin d’être fortuite tant les deux produits excellents pour leur univers dérangeant, leur mystère pesant en permanence et le sentiment insidieux de malaise qui s’en dégagent.

Une fin qui tente de tout rationaliser, un rythme qui ne conviendra peut-être pas à tout le monde

Le danger extrême en moins, puisqu’ici ce dernier est bien présent. Il faudra attendre la deuxième partie du film et le passage de Mary dans l’autre dimension pour le voir concrètement, ce danger. C’est d’ailleurs le moment où le film, après avoir mis nos nerfs en boule, tente de justifier son ambiance inquiétante par des éléments rationnels, liés au passé des deux protagonistes. L’horreur a alors une allure et même un visage. C’est probablement le moment où elle perd un peu en force, elle qui s’était si bien instillée dans nos esprits grâce à certaines séquences filmées en found footage et ce, malgré le jeu des deux acteurs principaux, très justes pour pouvoir nous faire ressentir leur émotion et la peur panique qui les habitent.

Backrooms A24 Box Office Suite
© A24

C’est notamment le cas de son introduction, volontairement malaisante et avare en informations, qui n’a de raison d’être que pour poser directement le cadre, le propos et l’ambiance de ce qui va suivre après. Finalement, on ne peut que déplorer un rythme inégal dans ce film, dû à la volonté déclarée et assumée de faire vivre chaque centimètre de l’expérience de Clark puis de Mary. Le film prend son temps, un peu trop parfois, au risque d’endormir un peu son spectateur, surtout celui qui n’est pas friand du genre contemplatif pendant deux heures. Reste tout de même une expérience à vivre, en salles évidemment, avec deux acteurs qui portent le projet avec justesse et un jeune réalisateur qui a déjà démontré tout son talent.

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Notre avis

Backrooms est bien le film original, dérangeant et atypique que l'on pensait trouver et voir en se rendant au cinéma. Le projet de Kane Parsons est d'une beauté assez époustouflante, avec une maitrise de l'espace plus que notable. L'ensemble est porté par deux acteurs qui jouent très, très juste, ce qui renforce encore plus l'immersion dans ce monde où rien n'a de sens mais en a quand même. Les notions de peur et de danger immédiat sont bien présents. On peut juste regretter un rythme parfois trop lent et un film qui s'étire un peu trop en longueurs par moments, malgré une dernière partie qui répond, en partie seulement, aux principales interrogations soulevées pendant tout le film.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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