Critique

[Critique] Colossal

Cinéma

Par Henri le

Sous son air de petite comédie déjantée, Colossal tente un mélange des genres plutôt original. Mais les idées loufoques font-elles pour autant un bon film ?

Passé relativement inaperçu à cause d’une promotion assez faible en France, Colossal est le quatrième long-métrage de Nacho Vigalondo. Prévu seulement en e-cinéma chez nous, le film du réalisateur espagnol dispose pourtant d’un casting qui interpelle, Anne Hathaway et Jason Sudeikis en tête. Des acteurs qui ont répondu à l’appel de cette comédie dramatique au scénario pour le moins atypique.

On y découvre la vie mouvementée de Gloria, jolie New-Yorkaise assez fêtarde, dont la perte d’emploi va l’obliger à rentrer dans sa ville natale. Elle y retrouve Oscar, un ami d’enfance porté sur la boisson qui la dépanne avec un job de serveuse. Mais alors que les chaines d’infos diffusent les images impressionnantes d’un monstre qui ravage Séoul, Gloria se rend peu à peu compte qu’elle et la bête sont étrangement liées. Chacune de ses erreurs risque donc d’avoir des effets dévastateurs.

Si la filmographie de Vigalondo est discutable (Open Windows, Extraterrestrial, etc…), force est de constater son attrait pour les pitchs vraiment différents. Cela ne saute franchement pas aux yeux lors des trente premières minutes, qui suivent gentiment les rails d’une rom-com un peu ronflante mais agréable. Hathaway, toujours pétillante dans l’exercice, convainc dans le rôle d’une éternelle adolescente tandis que la bonhomie de Sudeikis, habitué des comédies potaches, laisse entrevoir un dénouement attendu.

Les bases du film sont pourtant fondamentalement bouleversées lors de l’apparition du monstre, causant le chaos dans Séoul à une heure et un endroit bien précis. Alors que l’on s’attend à glisser vers du dramatique, l’allure presque amusante de ce dernier désamorce l’effet d’inquiétude que provoquerait un ersatz de Godzilla et consorts.

Vigalondo opère ainsi un mélange des genres particulièrement rare, d’autant plus qu’il délaisse volontairement les origines de son apparition aux spectateurs. Il scinde ainsi son film en deux temps très distincts, mais conserve tous les aspects de la trame sentimentale initiale. Il ne faut cependant absolument pas s’attendre à une débauche d’effets ou de combats, l’idée des titans ne servant que de prétextes à la morale du récit.

Pour se raccrocher à ce fil scénaristique pour le moins saugrenu, Vigalondo décide de faire du monstre un substitut de Gloria. Dès lors, tous ses mouvements à certains moments seront ceux de la bête gigantesque dans Séoul. Elle est bientôt rejoint par un immense robot, qui semble être son antagoniste et représente la personnalité d’Oscar. Le spectateur comprend alors que ces géants forment une allégorie de leurs propres démons de la trentaine : L’alcoolisme et le manque d’affection.

Vigalondo se retient pourtant d’exploiter totalement son idée, et passe une partie du film sur le ton léger de la dramédie. L’impression d’évoluer à travers deux atmosphères différentes crée un faux rythme assez déroutant. Hathaway et Sudeikis se disputent, puis se réconcilient. On sent également pointer une histoire d’amour, que le réalisateur décide pourtant de tuer dans l’œuf. Ces longueurs disparaissent dans le dernier tiers du film, qui semble enfin assumer son idée principale.

Étonnamment, le ton se fait plus dur entre les deux protagonistes, qui acceptent ou non de se prendre en main. La métaphore du monstre prend alors une dimension plus tragique, soulignant une nouvelle fois qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Vigalondo tente maladroitement d’expliquer l’origine de ce lien entre eux et les bêtes, mais aurait gagné à rester évasif. C’est un reproche qu’on peut d’ailleurs lui faire sur la globalité de l’œuvre. Celle d’une idée forte et vraiment originale, qui n’avait pas besoin des attributs rebattus de la comédie américaine pour exister.

Colossal opère un bien étrange mélange des genres, et ne sait pas toujours sur quel pied danser. Si le film ne manque certainement pas d’originalité, et est surement le meilleur de son réalisateur, il met du temps à exploiter le principal atout de son scénario. Anne Hathaway et Jason Sudeikis affichent une belle complicité à l’écran et permettent à ce pitch farfelu de toujours retomber sur ses pieds. En résulte un film assez clivant, mais pas dénué d’intérêt. Pour amateur d’ovnis.