On a coutume de dire qu’entre l’amour et la haine, il n’y a qu’un pas, mais entre l’amour et le business, le pas a été franchi il y a bien longtemps du côté de Showtime. En 2013, Dexter tirait sa révérence après avoir fait les beaux jours de sa chaîne qui se targuait à l’époque de vouloir concurrencer les plus grandes. Aujourd’hui, plus personne ne parle des productions Showtime, et sa propriétaire Paramount, drague ouvertement un certain Donald pour pouvoir se vendre. La marque « Dexter » représente autant un souvenir des jours heureux qu’un bel argument économique
Argument économique d’autant plus puissant que la série et ses dérivés n’ont jamais cessé de marcher. On est tous d’accord pour dire que la saison 4 de la série principale fût son chant du cygne. Cela n’a pas empêché le public d’être au rendez-vous quatre saisons supplémentaires. On est tous d’accord pour dire que la première tentative de repêchage, signée Clyde Phillips, le showrunner originel de la série, n’a pas fait l’unanimité, bien au contraire. Cela n’a pas empêché le public d’être au rendez-vous de New Blood. Plus tôt dans l’année, Phillips nous offrait également Original Sin, un préquel suivant un peu trop les traces de son modèle. Résultat, une deuxième saison a été signée. Alors pourquoi se priver d’une nouvelle Résurrection ?

À la fin de New Blood, Dexter (Michael C. Hall) était abattu par son propre fils, Harrison (Jack Alcott). Dès l’ouverture d’Original Sin, on apprenait que notre tueur en série avait survécu et c’est bien la suite des événements que Dexter : Résurrection entend raconter. Dexter se réveille après un coma de dix semaines qui lui ont permis de converser avec pas mal de fantômes du passé, notamment sur son rôle de père et ses erreurs. Dix semaines qui ont vu Harrison déménager à New York et trouver un travail dans un hôtel de luxe.
Voulant empêcher un viol, Harrison tue un client et utilise les méthodes de son père pour se débarrasser du cadavre et effacer ses traces. Pas suffisant pour ne pas éveiller les soupçons de l’enquêtrice Claudette Wallace (Kadia Saraf). Cherchant à le protéger, Dexter débarque à New York.
Une Résurrection généreuse
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Clyde Phillips ne manque pas de pièces à remettre dans la machine. Sur les quatre épisodes mis à disposition, les intrigues se multiplient, les personnages aussi, les stars invitées encore plus. Le showrunner exploite son nouvel environnement et la grandeur inhérente à la Grosse Pomme pour exagérer les coïncidences et ne jamais nous laisser respirer.

La série maintient constamment notre attention avec une pluie d’événements, plus ou moins incroyables. En quelques minutes, on revoit notre cher Angel Batista (David Zayas) plus que jamais convaincu que son ancien collègue cache des secrets peu reluisants ; Harrison doit gérer ses démons et une amourette mal engagée ; Claudette se la joue flic spéciale de la grande époque des shows policiers ; Dexter se met sur la piste d’un tueur surnommé « Le passager noir », tel que notre anti-héros surnomme sa partie sombre… Si vous aimez la série originale, Dexter : Résurrection a décidé de se la jouer salade tomate oignon.
Et s’il fallait mesurer l’aura qu’a gagnée la marque Dexter avec le temps, on pourrait le faire avec le déluge d’invités au casting de cette suite / spin-off. Dès les premières minutes, on nous ressort un paquet de visages connus des temps jadis dont, évidemment, James Remar en Harry Morgan – pas de Dexter sans son éternel daron fantôme. Mais l’intrigue principale comporte également d’immenses noms comme Uma Thurman, Peter Dinklage (Game of Thrones), Neil Patrick Harris (How I Met Your Mother), Krysten Ritter (Jessica Jones), Eric Stonestreet (Modern Family) ou encore David Dastmalchian (Murderbot).

À ce niveau, l’épisode quatre est sans aucun doute l’un des épisodes les plus réjouissants de cette suite, voire de toute la franchise. Il résume à lui seul tout ce qu’on a toujours aimé chez Dexter tout en nous offrant un véritable buffet de fan-service. Un morceau qui nous donne l’impression d’être de retour à la grande époque, mais avec l’atout de ce que la série est devenue depuis. Et tout ce petit monde prend beaucoup de plaisir à être de retour, Michael C. Hall en tête.
Ce bon (très) vieux Dexter…
À la manière d’Original Sin, il semble difficile de cracher sur cette Résurrection tant Clyde Phillips maîtrise son univers jusqu’au bout des ongles et nous donne du Dexter sang pour sang fidèle. Oui, le personnage à la morale douteuse est toujours aussi fascinant à suivre et on en a pour notre argent.

Toutefois, il faut aussi s’interroger sur l’utilité du produit. Malgré le cynisme économique du revival, New Blood montrait une certaine volonté créative, celle de corriger les erreurs et offrir une conclusion à la hauteur. Dès les premières minutes d’Original Sin, on sait que ces deux nouveaux spin-off ne sont plus dans cette démarche. Il n’est plus question d’offrir un ultime coup d’éclat à son protagoniste que d’ouvertement capitaliser dessus.
Il y avait plusieurs façons d’aborder une nouvelle histoire dans cet univers et Phillips a choisi la facilité en usant de la bonne vieille recette. Oui, Harrison aurait pu être un formidable personnage principal avec un Dexter agissant sous forme de conscience, comme Harry pour lui. Non, cette piste est exclue au bout d’une scène et le rejeton promis figure de proue voit son rôle reculer d’épisode en épisode. Le showrunner ne semble dicté que par une consigne : offrir au public du Dexter tiré de nos souvenirs.
Et malgré toute la sympathie qu’on a pour la série de l’époque et, oui, le plaisir pris devant cette suite quoi qu’on en dise, on sent bien que l’on cherche à nous enfumer derrière une redondance élégante. Le show court derrière un passé sans avoir la volonté de le dépasser. La qualité du show original avait sombré après avoir échoué à se renouveler à l’issue de sa saison 4. Aujourd’hui, on a conscience que c’est le plaisir des retrouvailles et les gros noms affichés qui dictent notre humeur. Qu’importe si l’effet est condamné à être éphémère et l’intention mercantile, si le public est au rendez-vous…. En France, c’est sur Canal+ que ce nouveau projet espère jouer sur la nostalgie pour séduire les adeptes.
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