Une page commence à se tourner dans l’univers développé par Eric Kripke, appuyé par Seth Rogen et Evan Goldberg. Le tournage de la cinquième et dernière saison de The Boys s’est achevé il y a quelques semaines, et nous verrons bientôt la conclusion de l’affrontement entre Butcher et Homelander. Alors cela ne signifie pas la fin des Supers dopés au composant V pour autant, avec le début des prises de vues pour le show préquel consacré à Soldier Boy (Jensen Ackles) et sa bande. Néanmoins, c’est la fin du chapitre qui nous aura occupé 7 saisons. Car oui, les deux saisons de Gen V auront bien marqué cette histoire de leur empreinte.
Le show principal et son spin-off consacré à des étudiants de l’université Godolkin destinée aux Supers restent intimement liés et ce lien est d’autant plus fort avec cette saison 2. Car oui, soyez prévenus, cette fois, il est hors de question de passer à côté, pour deux raisons. La première, parce que les événements racontés vont avoir directement un impact sur The Boys. La seconde, parce que Gen V pourrait bien être devenu bien meilleur que ce dernier.

Gen V continue de se dérouler en parallèle des événements des Boys et cela fait plusieurs mois que nos rebelles de Godolkin sont coincés au centre de réinsertion pour adultes d’Elmira. Sur l’impulsion du nouveau directeur de l’école, Cipher (Hamish Linklater, incroyable en prêtre dans Sermons de Minuit), Cate (Maddie Phillips) parvient à faire libérer et réintégrer Emma (Lizze Broadway) et Jordan (London Thor / Derek Luh). Vought et Cipher veulent s’en servir pour donner une nouvelle image à l’école, plus en phase avec l’hégémonie d’Homelander. Mais la reprise s’annonce tendue avec la mort d’André et l’évasion de Marie (Jaz Sinclair).
Gen V, tout ce que Mercredi aurait dû être
Cette deuxième fournée de Gen V aurait dû être bien différente. La production a été touchée par la mort de Chance Perdomo en mars 2024 et il a été décidé très tôt de ne pas recaster le personnage d’André, intégrant ainsi sa disparition au scénario. Ce point mérite qu’on s’y attarde, car il est délicat à appréhender. Dans un sens, Kripke et ses équipes ont trouvé la meilleure solution possible puisque l’absence d’André est un énorme levier émotionnel et habille l’intrigue d’un versant personnel très fort. Néanmoins, on peut comprendre les quelques grincements de dents légitimes à voir ainsi la série « capitaliser » sur le décès d’un acteur en y faisant trop régulièrement allusion. À chacun de juger selon sa propre sensibilité.

En reprenant cette saison de Gen V dans son ensemble, une comparaison nous a sauté aux yeux, notamment parce que notre visionnage fait directement suite à celui d’une certaine série sur Netflix, dont la déception fut immense. Après tout, le sujet est assez similaire. Une école peuplée de personnes aux pouvoirs extraordinaires, un paquet de mystères et un petit groupe d’enquêteurs. Sauf que Gen V réussit là où Mercredi échoue sur toute la ligne.
Ne soyons pas de mauvaise foi, la cible visée par les deux shows est complètement différente. On ne jouera donc pas la carte du tout public vs public averti. Non, on veut pointer du doigt la gestion de la trame narrative. Pour la série Netflix, il est évident que le scénario passe après Jenna Ortega et les scènes découpables pour les réseaux sociaux. Une tonne de sous-intrigues par épisode, on tente de relier l’ensemble, ou pas, et qui vivra verra.

La production Prime Video, elle, ne lâche jamais son fil rouge des yeux, laisse graviter les enjeux personnels autour, et n’oublie aucun protagoniste. On peut tilter sur plusieurs raccourcis scénaristiques et une certaine gratuité (on va y revenir), mais tout ce qui s’y raconte reste cohérent avec l’univers, les personnages, et l’histoire progresse d’épisode en épisode. La diffusion hebdomadaire – trois épisodes disponibles le 17 septembre sur Prime Video, puis un par semaine – devrait créer un véritable rendez-vous avec le spectateur, à l’ancienne.
L’épine dans le pied The Boys ?
Si la première saison de Gen V ne manquait pas d’intérêt, cette seconde peut regarder sa génitrice dans les yeux sans sourciller. En cinq saisons, The Boys n’a pas connu que des réussites, voire vécue des passages à vide où les personnages tournaient en rond en attendant le prochain fait d’armes d’un Homelander ou d’un Butcher. La série s’est parfois trop reposée sur son concept trash et son discours méta pour fonctionner. Peut-être parce que Gen V n’aura pas eu le temps de s’enorgueillir, le show maintient un bon rythme et continue d’épaissir ses héros et ses thématiques.

La série reste celle d’une jeunesse qui se construit, qui s’émancipe et qui n’a pas peur d’aborder de front les failles psychologiques. À la manière de Thunderbolts, pardon des New Avengers, le show traite au premier plan de la santé mentale, des troubles physiques ou psychiques, du besoin de contrôle (sujet principal de cette saison). Là où nos figures de The Boys continue de refaire les mêmes erreurs, celles de Gen V n’ont pas peur d’avancer.
Et la série peut compter sur un casting toujours plus attachant, peu importe le temps d’écran. Une distribution qu’Hamish Linklater, nouveau venu, écrase néanmoins rapidement de son aura. L’ambiguïté et l’intelligence de son personnage font planer un véritable sentiment de danger à chaque fois qu’il se place dans l’angle de la caméra. Gen V s’est créé un méchant à l’opposé de l’impulsif Homelander, tous comme ses héros qui n’ont quasiment plus rien à voir avec les Boys.

Au point où la filiation entre les deux séries est presque devenue un problème pour Gen V. Presque, parce que nos étudiants gagnent encore à pouvoir nous balancer de la critique méta, des hectolitres de sang et des piques sociétales où la subtilité est toujours moins de mise. D’ailleurs, il devient évident que les scénaristes n’ont plus d’idées pour faire comprendre à la frange récalcitrante des spectateurs leur critique des extrêmes (de tout l’échiquier politique) en abordant la question toujours plus de front. Un petit côté “si vous n’avez toujours pas saisi, on ne sait plus quoi faire”.
Toutefois, la filiation devient handicapante dès lors que Gen V comporte un bon paquet de plans purement gratuits dans le trash et le mauvais goût. C’est là qu’on retrouve l’humour adulescent de Rogen et Goldberg qui peut encore fonctionner par moment, notamment pour The Boys qui en a fait une de ses marques de fabrique. Sauf que Gen V ne semble jamais avoir besoin de ça pour exister. Le gras potache paraît être là pour pouvoir imprimer la carte « dans l’univers de », alors que, comme nous l’avons vu juste au-dessus, cette carte est déjà présente pour de meilleures raisons. À se demander si, quand viendra l’inévitable moment de tout relier, Gen V n’aurait peut-être pas mieux fait de rester à l’écart des garçons.
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