Peu importe ce qu’on pense de la fin de Game of Thrones (mais bon, voilà quoi), on ne peut nier l’impact de la série de D.B. Weiss et David Benioff sur la culture populaire et sur nos heures de sommeil le dimanche soir. Pendant huit saisons, chaque conversation le lundi matin tournait autour du show phénomène, privant d’internet et de sociabilité toute personne en retard sur le visionnage. Un exploit qu’aucune autre série, même celles inspirées d’autres œuvres d’heroic fantasy qui ont voulu surfer sur la vague (The Witcher, La Roue du Temps…), n’a réussi à reproduire.

Cette petite introduction tend à souligner l’énorme poids qui pèse sur les épaules de House of the Dragon, série spin-off se basant sur des événements ayant eu lieu 172 ans avant la naissance de Daenerys Targaryen. À cette époque, la maison aux dragons règne sans partage sur Westeros depuis un siècle et la question de succession est sur toutes les lèvres alors que le roi Viserys n’a aucun héritier mâle. Entre son jeune frère cruel et ambitieux et sa fille rebelle dont les attributs féminins lui interdisent en principe la couronne, le roi va devoir faire un choix et peut-être précipiter la chute des Targaryen.

Des mots du directeur général d’OCS, qui diffuse la série en France, House of the Dragon réunit « tout ce qu’on aime dans Game of Thrones ». Bien que l’on ait vu qu’un seul épisode, on a aucun mal à comprendre ce qu’il voulait dire, pour le meilleur comme pour le pire.
Attention, cet article comportera de légers spoilers sur le contenu du premier épisode.

On n’a pas le même maillot, mais on a la même passion
Ce n’est pas le premier essai d’HBO afin de ressusciter la franchise Game of Thrones. On se souvient qu’un premier spin-off autour du fameux Âge d’or allait voir le jour avec Naomi Watts au casting et que, malgré ses 30 millions dépensés pour la production du pilote, ce dernier ne verra jamais le jour. Il semblerait qu’il ne tenait pas les promesses que la chaîne, propriété de Warner, s’était faite. D’autres projets similaires ne dépasseront pas le stade d’idées sur un tableau.

Alors pourquoi HBO a cru en House of The Dragon ? Parce qu’il s’inspire directement du livre Feu et Sang, dernier-né du procrastinateur en chef George R.R. Martin (prêt à tout pour ne pas écrire la fin de sa saga principale) ? Ou parce qu’on y retrouve davantage d’éléments qui ont fait le sel de la série : de la violence, du sexe, des complots, des trahisons, des querelles familiales et surtout des dragons ?

Le premier épisode se présente ainsi comme un condensé de ce qui a fait le succès de Game of Thrones. Nouveaux personnages, autres familles, mais toujours cette envie de vouloir jouer au trône de fer musical. Il est d’ailleurs amusant de voir que l’épisode, comme s’il fallait rappeler d’emblée où on se situait, prend bien soin de montrer chaque ingrédient listé ci-dessus. Là où son aînée prenait son temps pour imposer son style, la série a décidé de frapper direct au menton en cochant l’ensemble des passages obligés.

Et si une scène centrale, parfaitement montée, n’étonnait par sa faculté de raconter tout l’enjeu du show au détour de deux actes aussi barbares qu’annonciateurs, on aurait presque envie de jouer au bingo de Westeros. Boucherie gratuite pour montrer le méchant vraiment méchant ? On a. Détour par un bordel ? On a. Passages inutilement verbeux ? On a. Petit usage un peu crade de sa progéniture ? On a. Une jeune reine que les hommes vont vouloir contrôler ou défier ? On a. Perruques peroxydées ? On a. Des dragons ? On a plein. Bingo !
House of the Pognon
Si, vous l’aurez compris, ce premier épisode nous laisse dubitatifs sur la capacité de ce spin-off à renouer avec l’emballement originel, on ne saurait porter un jugement définitif sur toute la saison. Car si on peut pointer du doigt l’apparent cynisme de l’entreprise dans sa fonction copier-coller, on ne peut nier que le paquet cadeau est sacrément soigné.

Que ce soit en termes de costumes ou de décors, le budget est visible sur chaque plan et le show parvient à nous faire voyager sans avoir à quitter le cadre pourtant restreint de ce premier épisode, confiné entre les murs de la ville. En co-showrunner, Miguel Sapochnik, réalisateur responsable des meilleurs épisodes de Game of Thrones (la bataille des bâtards, c’était lui !), prend son rôle très à cœur et son travail se place en digne héritier. On est dans l’univers de Martin, il n’y a aucun doute là-dessus.

Sans compter qu’on aurait bien du mal à résister à l’envie d’en voir davantage autour de ses familles qu’on ignore encore (les Hightower surtout), sur les guerres familiales targaryennes et sur toutes ces petites choses que ce premier épisode met en place et qui sont annonciatrices des désastres à venir. Car si House of The Dragon entend ne pas s’éloigner de son modèle en reprenant la formule – ce qui n’a rien d’étonnant en soi -, de nombreux éléments, à l’image d’un fil rouge plus recentré sur les ancêtres de la future pyromane, nous procurent un certain enthousiasme. Mais sans l’attrait de la nouveauté, l’impression de déjà-vu et avec l’arrivé imminente d’un concurrent de taille en Terre du Milieu, difficile de penser qu’il faudra obligatoirement se lever à 3h du matin lundi prochain.
S’abonner à OCS via Amazon Prime (7 jours gratuits)