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Critique Kaamelott 2 : ça passe ou ça casse pour le nouveau film d’Alexandre Astier

Après un premier opus qui partageait les fans, Alexandre Astier revient avec Kaamelott — Deuxième Volet. Plus ambitieux, plus fantastique, mais toujours fragmenté, le film oscille entre comédie légendaire et aventures épiques… et laisse le spectateur choisir son camp.

Est-il possible de faire de la fantasy ambitieuse en France ? L’industrie culturelle, qui rechigne encore à laisser de l’espace aux propositions de genre, a-t-elle enfin trouvé son porte-étendard ? Le nouveau film d’Alexandre Astier porte sur ses épaules le poids de sa popularité autant que l’avenir d’un genre qui ne demande qu’à se démocratiser dans nos vertes contrées. Qu’il le veuille ou non, Kaamelott : Deuxième volet n’est pas qu’un film, c’est un baptême du feu pour la fantasy made in France.

“Tout doux les foufous !”

Six mois après l’affrontement entre Arthur et Lancelot, qui a réduit Kaamelott en cendres, le fils Pendragon se la coule douce chez ses beaux-parents. Désormais affublé d’une épée qui crache des éclairs, le roi de Bretagne rechigne encore à accomplir sa destinée.

Kaamelott Deuxième Volet Partie 2 Critique1
© SND

Il n’est pas résolu à tuer son ancien allié, peu importe que celui-ci ait fait régner la terreur sur le royaume de Logres pendant une décennie. Peu importe également que les dieux abattent leur courroux sur sa demeure, Arthur Pendragon n’est pas décidé à intervenir… Jusqu’à ce qu’un événement précipite son retour à la tête de la nouvelle Table ronde.

“On en a marre que ça glande”

Après la résistance, du peuple de Bretagne ainsi que celle d’Arthur pour revenir sur le trône, Alexandre Astier veut immortaliser l’aventure avec deux grands A. Pour le deuxième film de sa franchise, le réalisateur entérine la mutation de son univers et délaisse encore un peu la portée comique de son récit pour évoquer la figure du héros, le destin et… la magie.

Si des éléments fantastiques ont toujours été présents dans Kaamelott, jamais ils n’ont pris autant de place. Il n’est plus seulement question d’une apparition ici et là de la dame du Lac, les éléments fantastiques sont autrement colossaux. Les personnages ne sont pas enfermés dans l’enceinte d’un château, de toute manière en ruines, ils prennent la route pour accomplir des tâches qui valent vraiment que l’on souille du parchemin.

Kaamelott Deuxième Volet Partie 2 Critique2
© SND

Dans KV2, il s’agit enfin de montrer ce que la série évoquait le plus souvent hors champ. Les affrontements ne sont plus racontés à Père Blaise mais prennent vie dans des décors réels et variés. Une troupe à la recherche d’une créature légendaire, une autre qui traverse la mer Méditerranée ou encore certains qui prennent des initiatives et s’inventent héros prophétiques, Kaamelott — Deuxième Volet voit plus grand.

Astier use des mécaniques de la fantasy ou des récits de chevalerie pour faire avancer sa propre quête : celle d’une conclusion pour les aventures de son Arthur Pendragon. Et si on ne s’ennuie pas une seule seconde, cette ambition est aussi le plus gros frein à une réussite totale du film.

Dans le fond comme la forme, Kaamelott n’arrive pas à se départir de son approche fragmentée. La faute à une galerie de personnages trop importante ? Entre les anciens, les nouveaux, et l’absence de certaines figures emblématiques, ça joue des coudes et personne n’arrive vraiment à se démarquer.

Le film ne sait souvent pas où donner de la tête, multipliant les quêtes finalement toutes secondaires aux yeux des spectateurs. Certaines auraient mérité mieux tandis que d’autres sont assez anecdotiques. Kaamelott — Deuxième Volet est finalement moins un film qu’une série, avec ses épisodes fillers et son cliffhanger pour accrocher les fans jusqu’à la prochaine …saison.

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© SND

Dans la forme aussi, ce morcellement de l’histoire a des conséquences. Si l’on ne peut que saluer une ambition plus à la hauteur des salles obscures, Kaamelott reste prisonnière de son format d’origine. Le film est bavard, on ne va pas s’en plaindre, mais KV2 consiste bien trop souvent en des champs contre chiants (pardon).

Astier a tout de même quelques belles idées ici et là, lorsqu’il s’agit d’immortaliser un vol d’oiseaux au-dessus de la forteresse ou une discussion entre un humain et un colosse de brume. Une ambition visuelle qui n’a en revanche pas toujours le temps de se déployer. Il faut déjà passer à la prochaine scène, sauter du coq à l’âne. En Islande, avec des aventuriers sur la trace d’un animal imaginaire, on se surprend à en vouloir plus… et surtout pendant plus longtemps.

Même lorsque le virage le plus évident vers la fantasy — à mi-chemin entre Donjons et Dragons et World of Warcraft — a lieu, il faut expédier l’affaire pour revenir aux fondamentaux… les répliques cinglantes de Dame Séli, les coups de sang de Léodagan ou la léthargie (un brin lassante) du Roi Arthur. Le film aurait sans doute gagné à se concentrer sur les nouveaux chevaliers, la nouvelle génération, avant de faire revenir les anciens dans la deuxième partie.

Une belle brochette…

Si Kaamelott échoue à faire éclore une histoire tout à fait épique, la saga n’oublie pas ses racines et soigne sa musicalité comme rarement auparavant. Le précédent film avait tendance à tirer sur la corde de l’humour, ressassant ses références à tire-larigot. Alexandre Astier retrouve son goût pour le verbe avec cette suite. Ce sont ces dialogues affutés qui ont fait de Kaamelott un véritable succès, les fans citant dès qu’ils en ont l’occasion les répliques cultes.

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© SND

Cette suite ne devrait pas les décevoir puisque le scénariste et dialoguiste a plus que jamais un tempo comique impeccable, oscillant entre les purs moments de comédies et les interactions gratinées. On prend un malin plaisir à retrouver tout ce beau monde sous la direction d’Astier qui, comme il le dit si bien, offre à ses comédiens des partitions sur mesure. On prend toujours autant de plaisir à suivre les conciliabules de la cour d’Arthur Pendragon… et c’est déjà pas mal. Même les petits nouveaux sont mémorables, de Moguiz à James Astier ou encore un Thomas VDB si bon dans l’exercice, qu’on se demande bien pourquoi il n’avait pas été invité avant.

“Ceux qui pigent rien, ça dégage”

Après près de 2h20, au moment de faire le bilan, on en vient à la conclusion de Kaamelott ne sera sans doute pas la saga qui initiera certains spectateurs à la fantasy. Avant tout — et il l’a bien compris —Astier s’adresse à ses irréductibles adeptes, ceux qui sont capables d’aller voir son film 204 fois au cinéma (ou même trois c’est déjà pas mal). Il disait récemment face à Samuel Etienne : “Si Kaamelott ne vous plaît pas, c’est vraiment moi qui ne vous plais pas”. On ne peut pas lui enlever qu’il soigne chaque détail de son projet. Il garde la main mise. “Alors ceux qui pigent rien… ça dégage”. On hésite encore à choisir notre camp.

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Notre avis

Première partie d'un projet qui doit se conclure en novembre 2026, Kaamelott est comme un puzzle. Astier s'évertue à faire basculer sa saga vers la fantasy, dispose ses pièces sur le plateau, mais peine à faire de son film un film à part entière. Les coins sont faits, ne reste plus qu'à remplir le milieu, à construire une véritable épopée dans son univers médiéval fantasy. En attendant, on a un film aux allures de première saison d'une nouvelle série, loin de nous l'idée de nous en plaindre...Bon ok, on reste quand même carrément sur notre faim.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 6 / 10

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