Critique

[Critique] Seuls, la post-apo à la française ?

Cinéma

Par Mathieu le

En 2005, les assidus lecteurs du magazine Spirou découvrent une nouvelle planche de bande dessinée. Nommée Seuls, cette histoire écrite par Fabien Vehlmann et dessinée par Bruno Gazzotti se démarque rapidement de ses pairs grâce à un discours plus adulte et quelque peu mystérieux. Dès le mois de janvier 2006, le premier tome fait son apparition, marquant ainsi le départ “du premier cycle” d’une aventure pas comme les autres qui va, au fil des années, rassembler un public de plus en plus nombreux et curieux. On compte aujourd’hui dix tomes de “Seuls”, le dernier marquant par ailleurs le début du troisième cycle de l’histoire, chacun d’entre eux se différenciant de par une approche différente dans la contextualisation des événements décrits.

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Mercredi, c’est l’adaptation cinématographique réalisé par David Moreau (The Eye, 20 ans d’écart) que les Français pourront aller découvrir dans les salles obscures du pays. La question étant de savoir si le film est fidèle à l’oeuvre originale et s’il vaut réellement le déplacement. On vous dit ce qu’on en pense.

Un pitch respecté

Leïla, seize ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour la presser. Où sont ses parents ? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes : Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile et paranormal. Mais sont-ils vraiment seuls ?

Voilà le point de départ de Seuls. Comme dans la BD éponyme, nos cinq héros, d’âges, de personnalités et de cultures différents, se rencontrent par hasard, et forment ensemble une équipe digne d’intérêt. Au fur et à mesure que le temps passe, le spectateur oublie pourquoi il en est arrivé là et ne se pose plus vraiment les questions de crédibilité, ce qui est, avouons-le, une bonne chose. Alors que le film se focalise sur Leïla et sa vie, nous voilà emmené dans une autre histoire sans vraiment savoir pourquoi. Et l’une des qualités du film est de réussir à nous faire voyager là où il veut et quand il veut.

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Post-apo, sauce française

Le film fantastique, on vous en a récemment parlé grâce au Festival de Gerardmer, où Seuls était d’ailleurs projeté (hors compétition). S’il existe de nombreuses pépites méconnues du grand public, le fait est que ce genre cinématographique à part est bien souvent mal maîtrisé dans notre beau pays. Pourtant, Seuls peut se targuer de faire partie des exceptions qui confirment la règle. S’il n’est clairement pas parfait de bout en bout, le long-métrage du Français David Moreau, qui s’était essayé au film d’horreur et à la comédie romantique auparavant, a de sérieuses qualités à faire valoir.

Son intrigue tout d’abord, est extrêmement respectueuse de la bande dessinée de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti. Bien évidemment, en une heure et trente minutes, il a fallu faire des concessions et des scènes de l’oeuvre originale ont été volontairement oubliées, mais le fait est qu’on sent une volonté forte de coller à ce qui a été écrit et décrit il y a quelques années de cela. En ce sens, Seuls a un vrai point fort : il peut être vu autant par ceux qui n’ont jamais lu la BD que de ses fidèles lecteurs. On (re)découvre ainsi un univers riche, sombre et intriguant qui prend de la consistance au fil des minutes.

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David Moreau a pris un soin particulier pour décrire et présenter une histoire qui pourrait paraître banale au départ mais qui recèle bien des mystères et qui a la bonne idée de surprendre le spectateur aux bons moments. Il faut d’ailleurs noter que la réalisation prend des airs de blockbuster post-apocalyptique américain sous certains angles et on sent que le français s’est librement inspiré de ce qui se fait de mieux dans le genre (Romero, Boyle ou Gilliam notamment). L’ensemble bénéficie par ailleurs d’une photographie de qualité qui fait honneur à notre pays.

Malheureusement, le long-métrage a la fâcheuse tendance de se reposer sur certains de ses acquis et cela se ressent parfois sur le rythme général. Ce dernier est haché et il arrive régulièrement que l’on passe d’une scène où nos émotions sont mises à rude épreuve pour finalement se retrouver avec un plan inégal et sans grand intérêt quelques minutes après. Dommage, car dans sa partie sombre, Seuls arrive à nous tenir en haleine et à convaincre, là où de nombreuses autres réalisations se cassent les dents.

Débuts réussis

Au-delà de sa trame scénaristique, Seuls vaut aussi pour son casting de jeunes acteurs et actrices. En tête d’affiche, on retrouve la talentueuse Sofia Lesaffre (Le ciel attendra, La nuit rebelle) qui incarne la courageuse et téméraire Leïla. Dans un tout autre genre, l’humoriste Stéphane Bak donne la réplique et se veut extrêmement convaincant, aux antipodes de ce qu’on pensait connaitre de lui. À leurs côtés, Jean-Stan du Pac incarne Terry, Kim Lockhart est Camille, Paul Scarfoglio est Yvan tandis que derrière le terrifiant Maître des couteaux se cache Renan Madelpuech. Ensemble, ils forment une équipe cohérente, bien que parfois gâchée par les stéréotypes liées à leurs âges. Certaines scènes semblent surjouées afin de coller à l’image que leurs personnages se doivent de renvoyer. Néanmoins, la plupart sont jeunes et talentueux, et on sent que les années de travail qui se dressent devant eux devraient leurs permettre d’améliorer leur jeu et leur présence face à la caméra.

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Conclusion

Seuls vaut vraiment le coup d’œil. Que vous soyez fans de la bande dessinée ou néophytes et que vous souhaitiez vivre une aventure nouvelle, la réalisation de David Moreau devrait répondre à vos attentes et peut-être même vous réconcilier avec un genre souvent décrié en France. Sombre, parfois burlesque et même horrifique, Seuls a le mérite de se démarquer dans un panorama cinématographique qui ne bénéfice que rarement de véritables vents de fraîcheur. Un film à découvrir !