Fidèles de l’univers écrit par Andrzej Sapkowski et ayant parcouru ces mêmes terres sur les suites vidéoludiques, on connaît le potentiel du lore de The Witcher et on avait hâte de le voir porter à l’écran. Et si le choix d’Henry Cavill pour le personnage de Geralt de Riv pouvait laisser sceptique, les connaissances de ce dernier sur la licence et son envie, affichée, d’en faire partie rassuraient.

Il en résultait une première saison en demi-teinte, convaincante sur sa volonté d’être fidèle aux romans et sur sa confiance envers son acteur principal, mais balbutiante dans sa capacité à ordonner l’ensemble. Sans compter un casting discutable et un budget effets spéciaux, décors et costumes bien en deçà des ambitions.
Tout ça pour dire que la série de Netflix avait gagné notre curiosité, néanmoins, il lui fallait encore mériter notre attention. Une mission confiée aux six premiers épisodes de la saison 2 qu’on a eu la chance de découvrir, histoire de se faire une petite idée.

On reprend là où les choses se sont arrêtées avec Geralt ayant enfin retrouvé Ciri, l’enfant-surprise, tandis que Yennefer est présumée morte après avoir convoqué des forces qui la dépasse lors de la bataille de Sodden. Le destin est en marche et personne n’est encore en mesure d’en comprendre les enjeux.
Jette un sou au Sorceleur
The Witcher ne change pas radicalement de ligne de conduite et semble exister dans cet équilibre constant entre l’ambition et la médiocrité. Maintenant qu’il n’est plus possible de mettre ses faiblesses sur le compte de la première fois, le show démontre un réel problème au niveau budget. Les lieux sont pauvres (on traverse la même forêt, on parcourt la même ruelle une demi-douzaine de fois) et les costumes mériteraient des petites touches supplémentaires d’authenticité.

Cependant, le pire se situe toujours au niveau des effets-spéciaux dont la qualité fluctue d’un épisode sur l’autre. Plus troublant encore, la mise en scène ne semble chercher aucunement à le cacher, optant souvent pour des plans larges au-dessus de villes ou lors de combats contre des gros monstres dignes d’une cinématique console vieille génération. Un rendu numérique immonde assumé ? C’est d’autant plus courageux que le show continu d’élargir son bestiaire et son environnement, comme s’il fallait plus qu’un manque de moyens pour freiner son envie d’avoir envie (dixit Johnny). Le pire, c’est qu’on finirait presque par partager cet optimisme…

Au Sorceleur boiteux
Si la temporalité chaotique de la première saison vous a un peu perdu (et on vous comprend), rassurez-vous, cette seconde saison corrige le tir en proposant une linéarité beaucoup plus claire. Il faut dire qu’elle suit inévitablement le chemin tracé par l’écrivain en adaptant Le Sang des elfes, le premier tome officiel de l’histoire de Geralt et Ciri. Il convient ainsi de considérer la première saison comme une grande introduction avant de passer au plat principal.

Et quel plat ! Car ce qui fait la force de la saga The Witcher, c’est bien l’ampleur de ses intrigues dont les issues sont rarement évidentes. Et si le rythme de ces six premiers épisodes peut sembler lent, il paraît nécessaire à la bonne compréhension des enjeux. La série joue ainsi sur la différence d’échelle entre le ridiculement petit d’un Geralt entraînant Ciri et les conflits géopolitiques qui secouent les royaumes. Et si le show prend quelques chemins différents des romans – de sorte que certains passages obligatoires risquent d’être difficiles à mener -, il n’en oublie jamais d’en montrer la richesse thématique comme lorsqu’il aborde de plein fouet le racisme.

Quant au casting, s’il est toujours délicat de bien le juger tant l’écart s’agrandit entre l’image qu’on se faisait des personnages à la lecture, leurs modélisations dans les jeux vidéo et leurs incarnations finales, on peut néanmoins constater une déficience majeure de charisme pour la majorité d’entre eux.

C’est là ce qu’il y a de plus frustrant avec The Witcher. On a conscience de visionner un show avec un potentiel énorme (surtout lorsqu’on connaît la suite), mais qui souffre d’un manque cruel de crédibilité à l’écran. Peut-être qu’à l’image du Cauchemar du loup, la solution se trouvait dans l’animation…