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Critique Young Sherlock : les sales gosses de Guy Ritchie secouent le mythe

Sans Robert Downey Jr mais toujours avec Guy Ritchie derrière la caméra, Sherlock Holmes a-t-il perdu de sa superbe ? Verdict.

Qu’est-ce qui fait une bonne adaptation de Sherlock Holmes ? Prime Video rouvre l’enquête avec sa nouvelle série. La plateforme ne s’empare pas directement des récits de Sir Arthur Conan Doyle, préférant se consacrer aux ouvrages jeunesse d’Andrew Lane. Dans les années 2010, l’auteur britannique a fait éclore une relecture des aventures du détective… avant qu’il ne soit détective. Ici, il est un jeune adulte appelé à faire de grandes choses.

Sherlock Holmes s’est mis dans une position délicate. Du haut de ses 19 ans, il vient de faire un séjour en prison après s’être adonné au vol à l’arrachée (pure expérience sociale). Si son frère Mycroft a le bras long, il n’a réussi à lui obtenir qu’un poste d’agent d’entretien dans l’Université d’Oxford. Entre deux coups de balai, Sherlock va se lier d’amitié avec un certain James Moriarty… et déjouer un complot international. Cette affaire pourrait bien changer sa vie à jamais. Et notre manière de voir le futur détective ?

Sherlock en classe élémentaire ?

Hollywod aime à regarder dans le rétro. Nombreux sont les studios à se pencher sur les origines de personnages emblématiques, ou à offrir des relectures de récits iconiques avec un vernis “Young adult”. L’idée n’est pas nouvelle. On se souvient de la série Les Aventures du jeune Indiana Jones supervisée par George Lucas. Plus récemment, Netflix s’est penchée sur le cas d’Enola Holmes, petite sœur du locataire du 221B Baker Street. L’objectif : initier une nouvelle génération au génie de Conan Doyle.

Young Sherlock a la même ambition, celle de réinventer le récit d’enquête pour draguer les plus jeunes clients du service de streaming. Opération purement mercantile et peu inspirée ? Ne vous fiez pas à son titre, la dernière création de MGM Television dispose d’un solide argument pour piquer notre curiosité : Guy Ritchie. Le créateur Matthew Parkhill travaille en étroite collaboration avec l’artisan des deux films avec Robert Downey Jr pour ce qui, on pouvait l’espérer, ne se contenterait pas d’être une banale histoire d’un génie en formation.

Critique Young Sherlock Prime Video1
© Amazon Prime Video

Ce serait en effet mal connaître le papa de Snatch et son amour pour la comédie acide, les sales types et la baston. Ça tombe bien, c’est la recette parfaite pour un Sherlock Holmes 2.0. Reste que récemment, le bonhomme qu’on admirait pourtant beaucoup, nous a quelque peu déçus. On n’a toujours pas digéré son Indiana Jones (Fountain of Youth) soporifique au possible. Retrouvera-t-il son mordant avec Sherlock ?

Dès les premiers instants, Young Sherlock nous rassure sur sa teneur. Pas question ici de se contenter du minimum syndical, les deux hommes déploient de nombreux efforts pour convaincre aussi bien les néophytes que les adeptes de la comédie d’action. On reconnaît le style du metteur en scène, toujours vif surtout lorsqu’il faut immortaliser les scènes d’action. Sa caméra virevolte quand nos héros distribuent des pains, s’amuse avec les ralentis ou les accélérés, toujours avec le divertissement et le rythme comme moteur.

Ces effets de style participent à démarquer Young Sherlock du tout-venant, à capturer l’évidente énergie de la série. Si tous les épisodes ne font pas la démonstration de la même maîtrise, Guy Ritchie passe la main à plusieurs reprises, la série parvient se maintenir sur la durée et ne pas multiplier les impairs.

Comme des larrons en foire

Elle doit beaucoup à ses têtes d’affiche, et en particulier Hero Fiennes et Dónal Finn. Parce que Sherlock ne peut exister sans un contrepoids — Watson n’était pas disponible — le créateur fait judicieusement le choix de convoquer un autre personnage de l’imaginaire de Conan Doyle. James Moriarty est l’allié de notre apprenti détective, son coéquipier dans cette course folle à travers le globe. L’alchimie des deux compères est évidente. Elle est le cœur battant du récit et… son meilleur argument.

Critique Young Sherlock Prime Video2
© Amazon Prime Video

Hero Fiennes s’en sort plutôt bien dans le rôle principal, immortalisant un Sherlock proche de l’image que l’on en a… tout en n’étant pas encore tout à fait ce qu’il est appelé à devenir. Il est néanmoins souvent écrasé par un Dónal Finn au sommet de sa forme, qui capte constamment la lumière. L’atout comique et charme de cette production fait parfois passer Sherlock pour un acolyte plus qu’un héros, mais c’est peut-être là l’épicentre de leur rivalité. Ils se ressemblent mais au jeu de la vie en société, Moriarty a plus d’atout dans sa manche.

Dans l’ensemble, toute la distribution s’en sort avec les honneurs, à la manière d’un Colin Firth moins en retrait qu’on l’imaginait ou d’une Zine Tseng sans fausse note. Chacun joue sa partition à la perfection… c’est déjà assez rare pour être souligné.

Critique Young Sherlock Prime Video4
© Amazon Prime Video

“The game is on”

On a jusqu’ici volontairement évité de parler de l’épicentre de toute proposition Sherlock Holmes qui se respecte : l’enquête. D’abord parce que la série ne se consacre pas à un héros pleinement lancé dans sa carrière… mais aussi et surtout parce que c’est sans doute le volet qui nous convainc le moins.

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© Amazon Prime Video

En voulant s’adresser à de jeunes spectateurs, Young Sherlock pourrait décevoir les aficionados de “murder mystery”. Cette difficulté pour la série à nous surprendre tient plus de son format, et des limites de son cadre, qu’à des défauts d’écriture. À la différence de bien des séries consacrées à Sherlock Holmes, elle ne fait pas le choix d’explorer une enquête par épisode. Elle préfère dérouler le fil de son mystère sur huit épisodes.

Pourquoi ? Tout simplement parce que Sherlock Holmes ne saurait mener une enquête par semaine alors même qu’il n’est pas encore détective. C’est sa plus grande faiblesse. La série s’attache à multiplier les confrontations, mystères et réflexions du héros sans pour autant parvenir à déjouer nos attentes. Le suspense est dilué sur cette première saison qui fait bien trop souvent le choix de la facilité. Preuve s’il en fallait une que le format cloisonné aurait largement profité à Young Sherlock, l’épisode le plus réjouissant est le cinquième… et le seul à obtenir une résolution nette avant le générique.

Même les explorations du palais mental d’Holmes déçoivent, se limitant à des flashbacks améliorés. Il y a tout de même quelques belles idées sur ce volet, comme lorsque Moriarty parvient à “entrer dans l’esprit” de son acolyte pour une petite session brainstorming. Une occasion de rappeler que les deux personnages sont plus similaires qu’il n’y paraît, qu’ils sont destinés à s’affronter parce qu’ils se ressemblent trop.

Critique Young Sherlock Prime Video3
© Amazon Prime Video

On peut espérer que si l’opportunité de faire éclore une saison 2 se présente, Matthew Parkhill ait le loisir de revoir un peu sa copie pour nous satisfaire pleinement. D’autant que la série sait se montrer pertinente sur les thématiques qu’elle embrasse, du racisme au féminisme. À travers les personnages de la princesse Shou’an et de Cordelia Holmes, la série dresse une critique pertinente de la société du XIXe siècle. Elle brasse des sous-textes intéressants et les traite avec tout le sérieux (ou l’absence de sérieux) nécessaire.

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Notre avis

Young Sherlock n’a pas réinventé la roue, mais la série a le mérite de ne pas tourner à vide. Elle mise tout sur l’énergie de son duo, sa mise en scène nerveuse et ses gags (nombreux) pour séduire les adeptes de la première heure… et surtout les nombreux curieux. Young Sherlock n’est pas encore le grand détective qu’il promet de devenir… et la série non plus.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 6 / 10

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