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Critique Jumpers : pas le castor le plus utile du barrage ?

Après de grosses déceptions du côté des histoires originales, Pixar fait feu de tout bois avec Jumpers et son monde animal. Le nouveau film d’animation mérite toute votre attention. Critique.

Pixar n’a plus le droit à l’erreur. Après une longue période de tourmente caractérisée par des sorties restreintes en streaming (Soul, Luca et Alerte Rouge) et des productions originales peu convaincantes (Élémentaire et Elio), le géant de l’animation s’apprête à diffuser deux films majeurs.

Dans cette année charnière pour le studio, ils ont très clairement pour objectif de redorer son blason. En juin prochain Toy Story 5, se chargera de prouver que le studio maîtrise les suites à la perfection (comme cela a été le cas avec Vice-Versa 2 en juin 2024). Avant ça, le mois de mars accueille un long-métrage inédit et unique en son genre : Jumpers.

Un concept risqué

De prime abord, le scénario de Jumpers n’a rien de très d’original. Des films ou des animaux tentent de se venger d’humains, ce n’est pas ça qui manque. Entre Avatar et Les Rebelles de la Forêt, le film suit Mabel Tanaka, une jeune fille qui transfère son esprit dans un robot castor. Son but est d’infiltrer le monde animal et mener à bien sa mission : sauver une zone naturelle d’un plan d’urbanisme envahissant.

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© Pixar

Mais Pixar, qui n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de surprendre son public, utilise ce postulat de départ pour déjouer les attentes. Oubliez tout ce que vous pensiez connaître de Jumpers, en découvrant ses bandes-annonces, on tient là un ovni au sein de l’écurie Pixar.

Même émotion… nouveau registre

Si Jumpers se montre aussi efficace, c’est grâce à son rythme qui tranche complètement avec les habitudes du studio. Ce film n’est pas seulement plein d’énergie et de bonne humeur, c’est un spectacle tout aussi frénétique et déjanté que sa protagoniste. Là où les classiques du studio privilégient l’introspection et les émotions douces, cette nouvelle production cherche à provoquer d’autres formes d’émotions fortes. À grands coups de gags qui s’enchaînent et de blagues toujours plus osées, Jumpers prend un malin plaisir à nous faire rire sans cesse, et va même jusqu’à nous choquer.

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© Pixar

Toute cette agitation n’est pas sans but : elle cherche à prouver que Pixar est encore capable de surprendre et de se réinventer. Le petit dernier du studio s’autorise des écarts de ton et de direction artistique jamais vus auparavant. Et le public ne s’y trompe pas, il regarde quelque chose d’inédit au sein de la filmographie de la lampe bondissante. On a rarement entendu autant de réactions spontanées de la part du public lors d’une séance de cinéma. Des rires certes… mais aussi des cris de surprise.

Père castor

Comme bien souvent chez Pixar, l’aventure des héros est une occasion d’interroger nos sociétés. Dans Vice-Versa, on explore l’adolescence et ses défis tandis que Wall-E mettait l’humanité face à ses contradictions. Ici, le propos est évidemment écologique. Mais à trop vouloir jouer la carte de l’humour, le film dilue ses enjeux sociétaux.
Pixar oblige, on tente de nous émouvoir à grands coups de séquences tire-larmes. Mais au milieu de cette diversité de ton et d’ambition, le film en oublie parfois la morale qu’il tente de nous inculquer.

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© Pixar

C’est bien beau de parler de nature et d’écologie, mais, à force de noyer le tout dans un surplus d’action et de comédie, le film joue sur deux tableaux opposés et donne l’impression d’être brouillon par moments. Heureusement, Jumpers peut compter sur sa direction artistique irréprochable pour nous faire oublier ces quelques défauts.

Un virage visuel pour Pixar

Visuellement, Jumpers est un festin. La forêt est vivante, texturée, vibrante. Les jeux de lumière à travers les feuillages, les détails de l’eau, la fourrure : le studio repousse ses limites. Mais ce film ne repose pas sur de simples artifices technologiques. Si la cohérence manque dans le message que le film cherche à transmettre, la direction artistique, elle, est bougrement intelligente.

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© Disney

L’idée de représenter différemment les animaux lorsque ceux-ci sont vus à travers le regard de Castor Mabel ou des humains est la démonstration d’une attention inédite portée aux détails. Les visuels ne sont qu’esthétiques, ils soutiennent le scénario et sa compréhension. Sacrée prouesse.

Une prise de risque qui relance la machine Pixar.

Dans un paysage cinématographique saturé de franchises et de suites, voir un grand studio investir dans une idée aussi folle a quelque chose de réjouissant. Puisque Pixar vient de se montrer capable de s’affranchir des codes hollywoodiens, c’est la porte ouverte à une nouvelle ère d’expérimentation dans le monde de l’animation. Et c’est pour cela que Jumpers est aussi important : il s’impose comme le porte-étendard du retour de la liberté créative chez Pixar. Espérons que ça dure.

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Notre avis

Jumpers ne s’imposera peut-être pas comme un classique du studio de par son identité bien différente, mais il ne manquera pas de devenir le “comfort movie” de plus d’un spectateur. Pour une fois, ce n’est pas le spectateur qui se retrouve bouleversé : mais c’est Pixar qui chamboule ses habitudes pour s’ouvrir de nouvelles portes. Maintenant que Pixar ose sortir des sentiers battus, on ne voudra plus revenir en arrière.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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