Il n’y a qu’un film Netflix pour en chasser un autre, et si Balle Perdue 3 vient de récupérer la première place des longs-métrages les plus visionnés de la plate-forme, son dauphin et ex-numéro 1 a encore suffisamment d’arguments pour se maintenir dans le Top 10 du service SVoD. Malgré tout, à part la curiosité, qu’est-ce qui pourrait pousser Exterritorial, thriller germano-américain ayant une envie de réalisme, durablement sur les devants de la scène au même titre que d’autres mastodontes ?
De quoi parle Exterritorial ?
Sara est une ancienne membre des forces spéciales allemandes ayant perdu le père de son fils lors d’une opération qui a mal tourné. Souffrante de stress post-traumatiques, elle et son fils se rendent au consulat américain à Francfort pour y obtenir un visa. Lorsque le garçon disparaît, Sara n’entend pas quitter les lieux sans l’avoir retrouvé. Problème, pour les agents sur place, la jeune femme est venue seule.
Quelle est la réalité ? A-t-on vraiment enlevé son fils ? Sara va échapper à sa surveillance et infiltrer le bâtiment, convaincue qu’on lui cache quelque chose.
Le savoir-faire Netflix
Pas facile de tenir 110 minutes en huis clos et pourtant, il faut reconnaître au réalisateur et scénariste Christian Zübert d’avoir réussi à tenir sa barque jusqu’au bout. Le rythme de l’intrigue et l’énergie dépensée par l’actrice principale Jeanne Goursaud (Pax Massilia, Barbares, également sur Netflix) nous portent assez facilement jusqu’au bout du récit. Le long-métrage parvient à doser ses séquences d’action avec ses rebondissements narratifs pour que chacun relance notre intérêt lorsque l’autre faiblit, à tour de rôle.
Alors ne nous emballons pas et rien de ce qui est proposé ici n’est particulièrement remarquable. On sent qu’on est dans une production maison signée pour nous tenir en haleine et remplir la case des suggestions à la fin d’un autre film de catalogue. Du classico-classique en somme. Mais c’est suffisamment convenable pour nous distraire le temps d’une soirée.
D’autant qu’on en apprécie les quelques idées originales. Situer l’action uniquement au sein d’un consulat américain à quelque chose d’assez novateur et nos personnages nous offrent une jolie visite des lieux. On sent que le réalisateur a des envies de rendre les choses crédibles en dessinant tout d’abord les forces et les faiblesses de son héroïne en quelques minutes, avant de les confronter à des situations « réelles ». Ainsi, les combats prennent soin de jouer sur les écarts physiques, et les réactions de chacun obéissent à une certaine logique.

Et lorsque Exterritorial glisse trop loin dans ses incohérences, le scénario parvient à retomber sur ses pattes en jouant sur la psyché de sa protagoniste. De sorte que tout ce qui nous paraît trop improbable pour être vrai pourrait finalement trouver une explication Fincheresque si on décide de se laisser prendre au jeu.
Le savoir-mettre son cerveau de côté Netflix
Eh oui, vous la connaissez, elle est là, la fameuse catégorie Netflix « Regardable puis oubliable » qui consiste à ne plus se souvenir du film quelques heures après son visionnage. Ce n’est pas une surprise tant la plate-forme produit ouvertement des projets qu’on doit pouvoir regarder d’un œil tout en faisant autre chose. Autant dire qu’Exterritorial tombe en plein dedans par son incapacité à rendre crédible son réalisme.
Car si le long-métrage se montre effectivement parfois malin lorsqu’on le regarde d’un œil, il suffit de poser les deux yeux dessus pour voir une pluie de détails qui ne collent plus du tout à l’ensemble. Les explications données à la très relative sécurité laxiste du consulat sont tirées par les cheveux, la conclusion bâclée s’étire à l’infini et nous donne une sensation de tout ça pour ça, et le personnage d’Irina (Lera Abova) est un outil superficiel et sacrificiel.

La mise en scène est correcte, mais pas originale. Les scènes d’action sont sympathiques, pas généreuses. Les twists portent le film tout en demandant constamment notre suspension consentie de l’incrédulité – un comble pour une production en quête de réalisme. Jeanne Goursaud se donne à fond, physiquement et émotionnellement, face à des partenaires trop en deçà. Bref, Exterritorial est un film misant trop sur le « bien, mais pas plus » en se disant qu’avoir la moyenne suffit pour passer en classe supérieure.
Oui, Exterritorial divertit, mais dans un chaos général qui n’autorise pas un revisionnage sous peine de ne plus voir que ses grosses ficelles. Le projet avait bon fond et entre de meilleures mains et une plus grande ambition, on aurait pu tenir un thriller d’action haletant. Non, on devra se contenter de passer un moment appréciable devant après avoir posé son cerveau. Un Top Netflix qui n’a de Top que sa position, sans aucun doute éphémère lorsqu’il faudra faire le bilan en fin d’année, ou même en fin de mois. Qu’importe, puisqu’il accomplit son propre objectif. Il en faut peu pour être heureux après tout, que ce soit derrière le projet ou devant l’écran.
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