Lorsque l’on nous a conseillé de jeter un œil à Escape From the 21st Century, on ne cache pas un certain scepticisme. Sans nous être renseignés sur le projet, on sentait venir le film un brin fauché qui ne tiendrait pas son concept sur la longueur et on se préparait à un avis poli, mais mesuré sur le sujet. Et puis le long-métrage de Yang Li a débuté et aujourd’hui, c’est nous qui vous conseillons impérativement de vous jeter dans la mêlée.
En 1999, sur une planète similaire à la Terre, trois adolescents rentrent en contact avec des produits toxiques leur offrant des super-pouvoirs. D’un simple éternuement, ils sont désormais capables de voyager vingt ans dans le futur, dans la peau de leurs versions adultes. En cherchant à améliorer l’avenir, ils vont se retrouver au cœur d’un complot qui pourrait changer la face du monde. La solution est-elle dans le présent ou dans le futur ?

À la croisée entre Everything Everywhere All At Once et Scott Pilgrim
Il peut être présomptueux d’associer Escape From the 21st Century aux pépites des Daniels et d’Edgar Wright. Pourtant, les trois œuvres partagent ce même goût pour l’expérimentation filmique qui n’a pas peur de s’affranchir des genres ou des médiums. Au visionnage de celui-ci, il ne serait pas étonnant qu’on pense immédiatement à une adaptation d’un jeu vidéo ou d’un manga tant les codes y sont… tous.
Dès les premières minutes, il devient évident que lorsqu’on a demandé à Yang Li ce qu’il comptait mettre dans son film, il a tout simplement répondu « oui ». De la science-fiction ? Il y en a. Du fantastique ? Aussi. Des super-pouvoirs ? Bien sûr. De la comédie ? Évidemment. De l’action ? Obligatoire. Une histoire d’amitié ? La base. De l’amour ? Impossible de faire autrement. Du voyage dans le temps ? Pourquoi s’arrêter en si bon chemin… Et là, on ne parle que de la première scène.

Des références aux jeux vidéo, du kung-fu, des séquences d’animation, un merveilleux usage d’Holding Out of a Hero de Bonnie Tyler… Escape From the 21st Century foisonne d’idées dans lesquelles le scénariste et réalisateur n’a décidé de ne faire aucun tri. C’est un projet exalté et plein d’amour qui n’a jamais peur de s’amuser et prendre des risques. Le résultat est imparfait, notamment parce que les effets spéciaux peuvent laisser à désirer et parfois fatiguant parce qu’il n’arrête jamais, néanmoins, il transpire les envies de faire du cinéma et de ne s’imposer aucun cadre. Tout du long, le film va titiller notre curiosité, notre imagination et nos certitudes de sorte qu’il est impossible de deviner la suite des événements.
Cela nous donne l’impression de ne jamais savoir ce qu’on regarde ni de n’être circonscrit qu’à une seule émotion, un seul avis. Il n’est pas rare que d’une scène à l’autre, on a le sentiment d’assister à un naufrage cinématographique ou à la chose la plus incroyable qu’on n’ait jamais vu. Une absence de dosage aussi géniale que préjudiciable, mais dont l’impression finale restera celle d’avoir vu un objet unique.

Un scénario plus profond qu’il n’y paraît
Et au milieu de tout cet apparent foutoir, le scénario parvient à nous cueillir avec une profondeur qu’on ne lui soupçonnait pas. Petit à petit, le film dévoile son propos sur le difficile passage à l’âge adulte, sur l’impossibilité de tenir ses promesses de jeunesse, sur les amitiés qui se transforment, sur celles et ceux qu’on abandonne…
Yang Li joue sur ses transitions temporelles pour confronter l’idéalisme juvénile et la réalité cynique de l’âge. Escape From the 21st Century cache derrière ses aspects comiques de vrais moments tragiques, sombres. Comment est-il encore possible de conserver ses bonnes intentions, sa gentillesse, lorsque le monde qui nous entoure nous pousse au pire ? Par morceaux, le film efface ses couleurs, son charme, pour donner des séquences introspectives qui ne finissent pas toujours bien. Le véritable sujet du long-métrage, c’est l’existentialisme et la possibilité, ou l’impossibilité, d’affluer sur notre destin, même si nous le connaissions à l’avance.
Alors viendra cette dernière séquence, qui, sans vous en révéler le contenu, parviendra à provoquer l’ultime émotion qui nous manquait encore. On pensait Escape From the 21st Century incapable de beaucoup, il s’est montré capable de tout. Du pire ? Parfois. Du meilleur ? Souvent. De l’incroyable ? Constamment. Il ne plaira pas à tout le monde, il en fatiguera sûrement plus d’un, cependant, il restera ce film qui ressemble à tant d’autres tout en se rapprochant d’aucuns, parce qu’il est tout à la fois.
Loin des poids lourds des salles obscures, Escape From the 21st Century est une expérience qui mérite bien plus de curiosité que de crainte. Un film qui ose avec pour objectif affiché de nous divertir, quoi qu’il en coûte. Une œuvre généreuse, riche, loufoque, qui se permet tout avec quasiment rien. Bref, un vrai plaisir.
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