Un seul Castle vous manque et tout est dépeuplé. C’est un peu le sentiment que l’on avait lorsque Netflix a rendu les droits de ses héros Marvel… à Marvel justement, alors que le Punisher commençait à peine à dévoiler son plein potentiel après deux belles saisons (et demi si on compte la moitié de la saison 2 de Daredevil). On avait la sensation que l’anti-héros violent n’aurait pas sa place sur Disney+.
Une origin story rassurante
Et puis Daredevil a ressuscité et avec lui, Frank Castle a repris les armes. D’abord pour un trop bref passage dans la première saison de Born Again, puis avec une promesse : celle de revoir Jon Bernthal et son crâne blanc dans Spider-Man : Brand New Day. Le Punisher pourrait-il à nouveau s’écrire au futur ? Dernier cadeau de la part de la Maison des Idées : un téléfilm spécial pour la plateforme de streaming, uniquement consacré au bonhomme. Alors que la saison 2 de Daredevil : Born Again en a déçu quelques-uns, Punisher : One Last Kill souhaite nous réunir à nouveau dans la joie et le plomb.

Le synopsis est lapidaire : Frank Castle se cherche un but après avoir accompli sa vengeance. Une nouvelle menace va l’obliger à prendre une décision. Voilà pour la grande ligne. Plus en détails et sans rien vous gâcher, on rajoutera que les actes du Punisher ont foutu un beau bordel en créant le chaos dans le quartier italien désormais sans chefs alors que ce dernier erre comme une âme en peine. Cela va avoir une importance pour la suite.
Il faut savoir que l’écriture de ce téléfilm spécial de 40 minutes a été confiée aux mains d’une personne qui connaît très bien le personnage : Jon Bernthal lui-même. L’acteur, scénariste et également producteur a filé la caméra à son copain Reinaldo Marcus Green (pour qui il a tourné dans We Own This City) et Robert Elswit (There Will Be Blood) officie en tant que chef opérateur. Que des gages de qualité donc.
Un One Last Kill qui se cherche
Et puis il y a eu ces foutues 40 petites minutes. Ni plus, ni moins. 40 minutes pour nous raconter une histoire à part entière. Une expérience inédite tentée par Disney et Marvel que l’on comprend sur le papier. Une forme de one shot de la même manière qu’au sein des comics, avec une intrigue bouclée. Or, dans les comics, ce genre de récit est souvent confié à une équipe de scénariste / dessinateur différente des tandems bossant sur des arcs en plusieurs chapitres, volumes. Cela permet de créer d’emblée une forme de déconnexion puisqu’on ne retrouve pas exactement le trait du récit principal, ni même le style de narration.

Une déconnexion impossible à l’écran puisque c’est toujours Jon Bernthal dans la peau du justicier, avec un vécu que l’on connaît et même un caméo. On n’a pas la sensation d’être totalement à l’écart du Punisher que l’on a vu chez Netflix, dans l’appartement de Matt Murdock ou que l’on retrouvera face à Spider-Man. À partir de là, comment parvenir à situer Punisher : One Last Kill ? Le téléfilm est chronologiquement entre Born Again saison 1 et Brand New Day, mais l’intrigue n’évoque ni l’un, ni l’autre, comme si Marvel nous avait ressorti le multiverse sans nous le dire. Une absence de repère déroutante.
Une désorientation accentuée par un découpage qui ne semble pas prendre conscience de sa durée avec des changements de ton trop abrupts. On peut diviser le film facilement en trois phases très distinctes : vingt-cinq grosses minutes d’un Castle dépressif, dix minutes d’action non-stop, puis quelques minutes d’épilogue. La narration est mécanique, sans début et sans véritable fin. One Last Kill se lance comme la suite d’événements auxquels on n’a pas pris part, puis se termine au moment où il semble vraiment commencer.

En l’état, c’est comme si on lançait le premier épisode d’une saison 2 alors que la saison 1 n’existe pas et qu’il n’y aura pas d’autres épisodes. Pire, l’élément déclencheur ne connaîtra même pas de conclusion. Est-ce réellement un téléfilm spécial ou une bande démo cherchant à prouver quelque chose à la maison mère ? Tel un The Punisher : Dirty Laundry avec davantage de moyens et de temps. Dans tous les cas, on ne peut que ressentir une immense frustration, comme si on arrêtait l’appareil à raclette après seulement une tranche de fromage fondue.
Un Punisher qui punishe
Une frustration d’autant plus grande qu’à l’écran, ce Punisher : One Last Kill répond aux attentes. Il est facile de dire que Hugh Jackman sera difficilement remplaçable dans la peau de Logan, mais concernant Frank Castle, il en a connu des visages, dont celui de Dolph Lundgren. Pourtant, il est un fait établi que Jon Bernthal a posé son charisme tout en haut de la liste. Ici, l’acteur prend le temps de montrer un Castle plus fragile que jamais, au bord du gouffre. Comme un rappel que derrière le nombre de ses victimes qu’il abat sans état d’âme, il reste un homme brisé.

Il est également très intéressant de voir les conséquences directes de ses actions, aussi bien par le biais de l’entourage des cibles qu’il élimine que par l’état des rues livrées à elles-mêmes lorsqu’il n’y a plus aucune forme de justice ou de pouvoir.
Ce qui amène à la suite. Oui, ce One Last Kill, quand on le regarde dans sa globalité, peut être avare en plomb. Alors qu’une fois les hostilités lancées, on passe en mode The Raid avec un déchaînement de violence gourmand croquant. Hache, grenade, machette, armes automatiques, stylos… tout y passe et les cadavres s’amoncellent. On regrette néanmoins une mise en scène qui préfère regarder plutôt que montrer avec une légère pudeur de la violence.
Cela peut paraître antinomique, mais on sent bien que le téléfilm ne lâche pas les chevaux visuellement. Un corps qui tombe sans atterrissage, une balle dans la tête en contrechamp… l’envie est là, mais cela manque de panache dans l’hémoglobine. Le projet aurait mérité, dans l’envie affichée, de pousser les curseurs en direction du film Warzone. Castle n’est pas fait pour être pudique, ni sur Netflix, ni sur Disney, ni ailleurs. Punisher : One Last Frustration.
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