Le voisin, cet être étrange qui a fait les belles heures de Julien Courbet, de Hitchcock, et qui nous permet de relier dans une même phrase Julien Courbet et Hitchcock. Cet individu, qui ose habiter à côté de chez nous, est aujourd’hui le sujet d’une nouvelle série sur Netflix, The Beast in Me, un thriller paranoïaque porté par deux pointures du genre qui amenait beaucoup de belles promesses.
Et alors que le même jour sort sur la plateforme de streaming Last Samurai Standing, on change radicalement d’ambiance ici. Cette série en huit épisodes met en scène Claire Danes et Matthew Rhys, l’héroïne de Homeland et l’ex-Philip Jennings de The Americans. Deux acteurs habitués aux faux-semblants, entre les mains du scénariste de X-Files, Homeland, 24 heures chrono… Sur le papier, The Beast in Me a tout pour convaincre.

L’histoire de The Beast in Me
Suite à la disparition de son fils, Aggie Wiggs (Claire Danes), autrice renommée, souffre d’une grave dépression. Son mariage s’est écroulé, elle est incapable d’écrire une ligne de son nouveau roman, et elle préfère vivre recluse, seule avec son chien.
Une nouvelle perspective s’offre à elle lorsque Nile Jarvis (Matthew Rhys) emménage à côté de chez elle. Ce richissime magnat de l’immobilier est soupçonné d’avoir assassiné sa femme, dont le corps reste introuvable. Mais même le FBI n’a pu en apporter la preuve. D’abord agacée par cet homme en apparence charmant, Aggie va finalement y voir le potentiel sujet de son prochain livre et peut-être résoudre le mystère entourant sa femme. Si leurs démons respectifs ne les noient pas avant.

La bête dévoreuse de temps
Outre son personnage principal ressemblant à celui de Pluribus, The Beast in Me a des qualités à faire valoir, à commencer par son casting. On n’avait aucun mal à imaginer que Claire Danes et Matthew Rhys seraient capables de tenir la série et il faut reconnaître que leurs interactions font le sel du show. Entre amitié, manipulation et crainte, leur dynamique est constamment le sujet de tensions, visibles ou camouflées. On remercie d’ailleurs les scénaristes de ne pas avoir voulu jouer la carte romantique – Aggie étant homosexuelle – afin de ne pas tomber dans le cliché usé et facile.
À leurs côtés, on a du très beau monde, chacun excelle dans sa partition. Brittany Snow (Murdaugh Murders) en femme trophée rabaissée, David Lyons en agent du FBI sur la corde raide, Jonathan Banks (Breaking Bad) en patriarche davantage soucieux de son héritage… The Beast in Me est une histoire d’obsession pour tous les protagonistes, celle qui nous porte comme celle qui nous dévore.

Cependant, The Beast in Me est un récit qui aurait fortement gagné à s’écrire sur un long-métrage et cela transpire tout du long des huit épisodes. On sent que l’intrigue repose sur quelques éléments et rebondissements clés, sauf que la consigne de production est de la tenir sur une mini-série, sûrement pour répondre à un besoin de catalogue. On sait que la politique de Netflix met davantage en avant ce genre de format.
Ce qui donne lieu à des tonnes de séquences où le scénario grappille des minutes, dont toute une sous-intrigue autour d’un projet immobilier uniquement là pour donner des scènes communes à Banks et Rhys. Oui, elle épaissit Nile Jarvis en lui offrant un contexte familial et professionnel dépeignant l’océan de requins dans lequel il nage, mâchoire grande ouverte, mais rien qui ne pourrait tenir dans un espace plus resserré. Que nous raconte la cinquième séquence sur le sujet que ne racontait la première ? Rien. Le pire étant que, de l’autre côté, le show aurait gagné à nous offrir davantage de séquences entre Aggie et Nile, néanmoins, il s’efforce de porter son attention ailleurs.

Concernant le sujet en lui-même, que ce soit dans ses révélations ou sa peinture de la puissance de l’argent, rien de ce qui y sera dit ou montré n’apporte un éclairage neuf ou ne diffère du nombre hallucinant de propositions ayant déjà abordé ces thèmes. Encore une fois, l’ensemble est plutôt bien mené, mais sans réel intérêt. On est loin de la portée d’un 24 heures chrono ou d’un Homeland, dans un genre différent certes, qui ont su amener une certaine modernité, absente dans le cas présent.
The Beast in Me est une énième production de remplissage qui a du beau monde, de belles idées, mais dont l’ensemble n’est absolument pas adapté à un impératif sériel, là où un long-métrage aurait pu donner quelque chose de bien plus percutant. Une série qui fait le job comme on dit, mais dont l’écriture trop maigre l’empêche de décoller au-delà de ses quelques twists. Un show ni ennuyant, ni particulièrement exaltant qui va pouvoir intégrer une sélection du catalogue et qu’on aura oublié d’ici quelques jours. Une série à peine satisfaisante, faute d’ambition. Beaucoup de talents gâchés ici.
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