Nous sommes dans les années 80 et Stephen King s’est déjà fait une belle réputation d’auteur prolifique, même pour les récits signés d’un alias. Des histoires très cinégéniques qui intéressent d’emblée fortement Hollywood. Sauf qu’à cette époque, la fidélité à l’oeuvre d’origine n’est pas la première préoccupation. Parfois pour le meilleur, comme pour Stanley Kubrick et son Shinning. Parfois pour le… disons que cela a le mérite d’exister, comme pour le Running Man avec Arnold Schwarzenegger.
Des années plus tard, Edgar Wright – réalisateur anglais responsable d’œuvres connues et reconnues comme Scott Pilgrim,Baby Driver ou la trilogie Cornetto (Shaun of the Dead…) – s’empare de ce même Running Man avec la volonté d’offrir aux écrits de Stephen King une adaptation digne de ce nom. Une adaptation dont Wright se vante d’avoir eu les félicitations de l’auteur lui-même, preuve de la fidélité du projet. Un gage de réussite ? Ce serait peut-être occulter trop vite que les meilleurs films autour des écrits de King sont ceux qui les ont assez travestis pour fâcher ce dernier. Mais Wright fait partie de ces cinéastes capables de réconcilier les deux, sur le papier.

Dans un futur proche, le Network contrôle tout et occupe l’écran avec des divertissements plus dangereux les uns que les autres pour les participants. Le pire et le plus populaire d’entre eux est The Running Man. Une course dans laquelle trois candidats doivent se cacher pendant trente jours tout en étant pourchassés par cinq Hunters et une population gagnant de l’argent pour chaque dénonciation. S’ils se font attraper, c’est la mort. Aucun n’a jamais gagné le jeu.
En cherchant à soutenir des causes justes, Ben Richards est devenu persona non grata sur le marché de l’emploi. Il est incapable d’aider sa femme à subvenir à leurs besoins alors que leur petite fille à une forte fièvre et que les médicaments sont hors de prix. Il décide donc de tenter sa chance dans l’un de ces jeux, sans savoir qu’il va bientôt être obligé de participer au Running Man. Mais le patron du Network a sous-estimé sa détermination et les conséquences sur les audiences.
Cours ou crève
On pouvait craindre que le style d’Edgar Wright se marie mal avec l’univers de Stephen King. Une crainte balayée d’un revers de caméra du réalisateur qui insuffle au récit son langage visuel pop et son humour, tout en préservant l’intensité dramatique du récit. Il y a une vraie énergie dans la mise en scène, dans son montage rythmé et sa bande-son qui mélange l’ancien et le moderne. L’action n’est pas si omniprésente que l’on aurait pu supposer, et pourtant chaque séquence est filmée comme un théâtre exploitable pour cette dernière, de sorte que tout est susceptible d’arriver à tout moment.

Une mélodie que Wright n’a pas peur de réécrire à l’enviru, transformant une fuite en plan-séquence, en huis clos quasi subjectif ou une simple maison en piège mortel. Le cinéaste se met au diapason de son intrigue et n’hésite pas à faire le show pour nous donner la sensation d’un jeu dans le jeu. Un demi-cassage du quatrième mur que l’on retrouve dans les face caméra de son héros, comme si nous étions le public de Running Man, et briser la frontière entre réalité et fiction.
Un esprit un brin enfantin qui doit beaucoup à son acteur principal. Glen Powell s’est construit une solide réputation d’homme du box-office avec ces derniers projets, pour preuve les succès de Top Gun : Maverick, Twisters ou Tout sauf toi. Et il faut mieux avoir les reins solides pour incarner la figure de Running Man tant l’acteur est de tous les plans ou presque. Cela tombe bien, il se montre aussi solide dans l’action que dans l’humour et provoque une sympathie presque immédiate. Il a ce petit quelque chose d’à la fois profondément banal qui permet l’identification du public (il n’a pas encore l’aura d’un Tom Cruise par exemple), tout en représentant physiquement une sorte de héros grec ou de gladiateur du Colisée.

L’alliance des deux hommes offre finalement ce qu’on était en droit d’attendre : un divertissement solide qui entend amuser la foule tout en cherchant à raconter quelque chose sur un présent préoccupant, la réalité ayant rattrapé les pensées du King de l’époque. Sauf que Wright n’est pas un pessimiste, de là une fin légèrement différente de l’auteur afin de préserver l’espoir d’un monde meilleur. Peut-être.
De la difficulté de tenir la distance
Toutefois, l’intention est tout aussi importante que l’exécution. Avec Running Man, Edgar Wright avait un fabuleux terrain d’expression pour dépasser le récit de King et glisser plus franchement vers le terrain politique, un peu à la manière du récent Marche ou crève. D’ailleurs, on a du mal à croire que son Network, représenté par un immense N rouge, ne cacherait pas petit tacle à une certaine plateforme de streaming. Le cinéaste glisse plus d’un placement de produit ostentatoire, à la limite de la parodie.

Oui, les opportunités sont nombreuses. Sauf que le cinéaste ne les exploite jamais avec l’envie affichée de raconter quelque chose autour. Il reste superficiel, comme pour nous signifier que c’est là, c’est présent, mais que c’est au public de choisir ce que ça peut signifier, lui ne préférant pas se mouiller. Il n’est jamais mal de ne pas souhaiter imposer une morale à son spectateur. Mais il est difficile d’y voir ici autre chose qu’une stratégie d’évitement de la part d’un réalisateur qui a encore envie de travailler demain.
Running Man est un divertissement oui, mais il ne se contente malheureusement de n’être que ça. On nous parle de consommation des images, de détournements, de falsification de ces dernières, mais sans rentrer dans le vif du sujet, sans impact, car le divertissement passe avant tout. Le film pouvait être le portrait d’une révolution qui ne se dit pas, il est presque celui d’une censure qui ne se cache pas. Un film qui esquisse la critique des écrans alors qu’il se contente ironiquement d’occuper l’écran. À voir s’il tiendra 30 jours une fois qu’il entamera sa course au box-office.
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