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Critique Les 4 Fantastiques : cette fois c’est la bonne ?

Marvel relance la machine avec ses héros les plus mythiques : Les 4 Fantastiques entrent enfin dans le MCU. Nouveau départ ou coup marketing de plus ? Critique.

La phase 6 est enfin ouverte chez Marvel. Ce mercredi 23 juillet, c’est avec Les 4 Fantastiques : Premiers pas, que la Maison des Idées entame un nouveau chapitre de son histoire au cinéma. Un chapitre qui la rapproche un peu plus de la sortie d’Avengers : Doomsday et sa suite directe Secret Wars, respectivement prévus pour les mois de décembre 2026 et 2027. Sous la direction de Matt Shakman, l’écurie super héroïque abandonne aussi pour la première fois sa Terre 616 et s’aventure pleinement dans le multivers.

Jusqu’ici, les propositions évoluant autour de cette notion gardaient la réalité connue du MCU comme point d’ancrage. À la différence d’Ant-Man et la Guêpe : Quantumania ou Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Les 4 Fantastiques : Premiers pas n’a aucun lien avec les Avengers, anciens ou nouveaux. Une proposition singulière qui sort alors même que la licence éprouve de sérieuses difficultés.

De quoi ça parle ?

Les 4 Fantastiques : Premiers pas porte plutôt bien son nom. Non pas parce qu’il raconte les débuts de l’équipe de superhéros, mais parce qu’il évolue autour de la naissance du premier enfant du couple Richards. Quatre ans après l’accident qui leur a conféré des pouvoirs extraordinaires, Reed, Susan, Johnny et Ben s’apprêtent à accueillir un nouveau membre dans leur famille.

Susan est enceinte, mais l’arrivée d’une entité cosmique va largement entacher cette heureuse nouvelle. La Surfeuse d’argent apporte un message, Galactus est en chemin et il va dévorer la Planète bleue et tous ses habitants. Face à la plus grande menace qu’ils aient jamais rencontrée, Les 4 Fantastiques vont être mis à l’épreuve comme jamais auparavant. Seront-ils prêts à tous les sacrifices pour sauver la Terre ?

Critique Les 4 Fantastiques 8
© Marvel

Marvel n’y va pas par quatre chemins

L’histoire des 4 Fantastiques est connue, des spectateurs des précédentes adaptations autant que du grand public. Comme une autre licence dont on ne citera pas le nom récemment (DC), Marvel fait le choix éclairé de ne pas faire dans la redite en immortalisant plus que de raison le voyage qui a changé l’équipe à jamais. Une décision qui permet à ce film d’entrer dans le vif de son sujet : l’arrivée d’une menace cataclysmique pour la Terre.

L’introduction plante tout de même le décor en retraçant leur parcours au travers de séquences tirées d’une émission commémorative. C’est malin… mais aussi risqué, tant la construction d’une dynamique de groupe est essentielle à la réussite d’une adaptation de la “première famille Marvel”.

Critique Les 4 Fantastiques 4
© Marvel

Fort heureusement, au détour de séquences intimistes rarement vues au sein du MCU, Les 4 Fantastiques : Premiers pas parvient à faire éclore des personnages convaincants et attachants. Si tous ne profitent pas de la même mise en lumière — Ben est souvent relégué à l’arrière-plan pour laisser la place au couple Richards autant qu’à Johnny et à son lien avec la Surfeuse d’argent — force est de constater que ce film d’équipe ne démérite pas.

Ce sentiment est renforcé par l’abandon d’une mauvaise habitude du MCU : dédramatiser constamment ses moments forts au moyen de répliques humoristiques qui pourraient être accompagnées d’un coup de coude bien gênant dans les côtes du spectateur. Exit le cynisme habituel, le film prend enfin sa dramaturgie et ses personnages au sérieux.

Se saigner aux quatre veines

Le métrage embrasse toute la portée émotionnelle de son intrigue et ne s’empêche pas de mettre en lumière l’optimisme autant que la bonté de ses héros. Ils sont des humains hors du commun, capables d’unir toutes les nations derrière une mission sauvetage de la Planète bleue, et prêts à tous les sacrifices pour préserver le monde qui les entoure. Tous ? Pas vraiment, puisqu’il existe tout de même une chose qu’ils ne veulent pas marchander : l’enfant qui vient de naître et qui est convoité par Galactus.

Une intrigue simple qui permet à ce 37ᵉ film du MCU (oui déjà) d’apparaître comme une bouffée d’air frais dans un océan de films et de séries ultra connectés. Évidemment, le film n’évolue pas en totale indépendance et doit préparer l’arrivée de Victor Von Fatalis pour Avengers : Doomsday.

Mais ces “obligations” ne viennent aucunement parasiter la copie, le film se concentrant sur son intrigue et ses nombreux rebondissements plutôt que l’avancement du MCU en tant qu’entité. Ça fait du bien à l’heure où la saga semblait être freinée par son passé autant que ses perspectives d’avenir.

Critique Les 4 Fantastiques 6
© Marvel

Ici, tout est à sa place et rien n’est en trop. On peut tout de même regretter que la durée resserrée du film (moins de deux heures) n’ait pas permis d’installer un peu plus ses antagonistes, et en particulier la Surfeuse d’argent dont les origines sont expédiées trop rapidement pour toucher comme elles le devraient.

Reste donc une équipe principale profondément humaine et captivante. Vanessa Kirby se démarque par sa capacité à se montrer chaleureuse quand l’histoire le demande, ou protectrice et presque animale quand sa progéniture est en danger.

Une performance qui fonctionne parfaitement en miroir de celle de Pedro Pascal, plus dans la retenue et l’observation. Il campe un héros qui ne comprend pas toujours le monde qui l’entoure et qui, guidé par son esprit analytique et scientifique, en vient à imaginer l’impensable.

Tiré à quatre épingles

Matt Shakman n’en est pas à son coup d’essai chez Marvel. Le réalisateur a fait éclore l’une des séries — si ce n’est la série — la plus réussie de la franchise. C’est à lui que WandaVision doit ses neuf épisodes, pensés comme des hommages aux sitcoms des années 50 à aujourd’hui. Une expérience qui en faisait le parfait artisan de cette production devant conjuguer science-fiction, superhéros et film d’époque.

Toute l’esthétique du film est inspirée des années 60 et de leur vision du futur. Un terrain de jeu passionnant pour cette première exploration du multivers. Il a entre ses mains une nouvelle mythologie, faite de nouveaux lieux et de nouveaux décors.

Et il lui rend hommage comme jamais auparavant chez Marvel. Loin des considérations et des règles de la Terre 616, Les 4 Fantastiques apparaît comme la première véritable adaptation des comics. Le film ose la couleur ,s’amuse de son format et convoque des effets spéciaux saisissants.

Critique Les 4 Fantastiques 2
© Marvel

Hormis quelques séquences qui dénotent, quand il s’agit d’intégrer La Chose dans un décor réaliste ou d’immortaliser un nourrisson, la Maison des Idées a soigné sa copie. Une prouesse technique que la réalisation de Matt Shakman souligne parfaitement. Le cinéaste ponctue son métrage de jolies trouvailles visuelles et désuètes, joue avec les focales pour surprendre.

Un film immense ?

Et ça marche presque tout le temps, surtout lorsque les personnages croisent pour la première fois le colosse Galactus dans son antre tout aussi gigantesque. La séquence est un hommage vibrant aux comics et en particulier au trait de crayon de Jack Kirby. On regrette néanmoins que cette exploration se fasse pour la majeure partie du temps dans l’obscurité.

On aurait sans doute aimé que le film aille plus loin dans son envie d’immortaliser l’immensément grand. Un sentiment de trop peu qui se confirme à l’approche de la bataille finale, seule ombre à ce tableau savamment imaginé. Le film ne s’amuse pas assez de ses rapports d’échelle et se contente trop souvent de le filmer en plan large ou aérien.

La Surfeuse d’argent, elle, profite de très belles séquences spatiales et particulièrement en vitesse lumière où elle a l’occasion de montrer toute l’étendue de ses pouvoirs. On peut brièvement citer l’utilisation des particularités du quatuor, qui, là aussi, laisse parfois sur sa faim.

Critique Les 4 Fantastiques 3
© Marvel

La faute au choix de sauter la case découverte de leurs pouvoirs pour les présenter en pleine possession de leurs moyens. En filmant les doigts étirables du héros alors incarné par Ioan Gruffud ou la difficulté pour le personnage de Michael Chiklis à composer un numéro sur une cabine téléphonique, le film de 2005 appuyait sur leur étrangeté et le dégoût qu’ils peuvent provoquer chez le commun des mortels.

Ici, ils sont adulés de tous et leurs particularités sont célébrées. Cela n’empêche pas le film de faire la démonstration d’un usage malin de l’invisibilité de Susan, dont on taira les détails pour garder l’effet de surprise. Et oui, on voit encore Reed Richards écrire sur son immense tableau sans bouger d’un centimètre.

Quatre bonnes raisons d’y croire ?

Maintenant que Marvel a relevé le défi Les 4 Fantastiques avec brio, que la licence a prouvé qu’elle avait entamé le virage que les spectateurs attendaient depuis longtemps, il lui reste à convaincre que ce n’était pas une victoire passagère. Le prochain rendez-vous au cinéma se fera avec Spider-Man : Brand New Day, lui aussi promis comme le renouveau de l’Homme-araignée. Le film ne devrait avoir que des liens très superficiels avec le reste du MCU, comme à chacune des coproductions Sony Pictures et Marvel.

Ensuite, c’est Avengers : Doomsday qui réunira tous les héros présentés dans les phases 4 et 5 pour ce qui s’annonce comme un événement dantesque avec une galerie de personnages immense. Les 4 Fantastiques seront évidemment à l’épicentre du récit, étant intimement liés à Victor Von Fatalis dans les comics.

On serait tenté de dire que si ce film, réalisé par les frères Russo, adopte la même approche et a les mêmes ambitions, Marvel peut renouer avec la ferveur des premiers jours. Dans tous les cas, on peut d’ores et déjà se réjouir que la franchise ait enfin pris ses personnages au sérieux, enfin osé abandonner son humour potache et parasite, et surtout enfin permis à son multivers de prendre tout son sens.

On n’avait pas besoin d’un film qui navigue entre les réalités (Spider-Man across the Spider-Verse le faisait déjà très bien), pas besoin d’un film qui convoque de vieilles idoles pour réunir trois tisseurs de toile et surtout pas besoin d’un univers quantique ringard et hideux qui ne sert à rien d’autre qu’à préparer le terrain pour une suite. Non, on avait besoin d’un film qui ose enfin faire tout ce que ses prédécesseurs n’avaient pas voulu faire : un film pour honorer les personnages. C’est tout.

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Notre avis

Marvel signe sans doute son film le plus singulier, le plus vibrant et le plus humain. Enfin, la Maison des Idées ose s’écarter des sentiers battus tout en embrassant la simplicité de ses messages sur la famille, l’espoir et l’unité. Enfin un vrai film de comics, loin de la grisaille habituelle et avec une esthétique soignée et délicieusement anachronique. Fantastique en effet.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 8 / 10

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