Smashing Machine est l’histoire d’une séparation, d’une transformation et peut-être, d’une transition. Pas concernant le scénario du film, mais sur le projet lui-même. C’est le premier projet solo du réalisateur Benny Safdie, séparé de son frère (parti faire Marty Supreme avec Timothée Chalamet) avec qui il avait signé quelques pépites cinéphiles comme Uncunt Gems pour Netflix.
Et pour son premier rôle, Benny fait appel à Dwayne Johnson. Une association loin d’être évidente vu l’écart séparant leur cinéma respectif. Sauf que l’aura de The Rock n’est plus aussi puissante et il avait bien envie de se construire un CV d’acteur plus complexe, loin de ses blockbusters habituels – pas d’inquiétude, Red Notice 2 arrive. Les premières images de Smashing Machine le montraient métamorphosé et attisaient la curiosité. Mais il faut croire que ce changement de ton n’a pas convaincu ses fans de le suivre puisque le film est un immense four au box-office américain, le plus grand échec financier de sa carrière. Avec sa sortie dans nos salles, nous sommes allés voir ce qu’il en découlait. Verdict.

Le synopsis de Smashing Machine
Le film s’intéresse à l’histoire vraie de Mark Kerr, l’un des pionniers du MMA passé du ring à l’octogone dans les années 90. Mais c’est également le récit d’une addiction, Kerr devenant petit à petit accro aux opioïdes, malgré les inquiétudes de sa femme, Dawn (Emily Blunt).
Dwayne Johnson à la mesure du film…
Il était évidemment l’attraction principale de Smashing Machine et oui, Dwayne Johnson sait qu’il livre ici une prestation qui peut lui valoir au moins quelques nominations lors des remises de prix. Pourtant, on ne peut pas vraiment parler de rôle à contre-emploi dans la peau de Mark Kerr, géant musclé passé de la lutte au sport de combat mixte. Le ring a longtemps été la raison d’être des deux hommes.
Peut-être parce que justement le sujet lui parle, peut-être parce qu’il respectait trop l’héritage de l’homme, mais jamais on avait encore vu l’acteur s’oublier autant dans un rôle. Loin d’un énième personnage interchangeable donnant surtout l’occasion à Dwayne Johnson de faire du Dwayne Johnson, il lui faut qu’une scène pour convaincre qu’il est Mark Kerr. Et ce n’est pas qu’une question de prothèses et de perruque. Même lorsque le récit ouvre la voie à la tentation d’être à nouveau lui-même, Johnson reste Kerr, toujours. La démarche, le regard, les mouvements… si on exclut la voix et la carrure, difficile de reconnaître l’homme derrière le masque.

Benny Safdie offre à la star un soulier de verre dans lequel il va déployer des émotions, une profondeur, et surtout une retenue qu’on ne lui connaissait pas. Kerr est un géant aux pieds d’argile, facilement friable. Le film va se plaire à explorer chaque facette du personnage (pauvre porte) ainsi que ses relations avec son entourage. Pour le coup, le réalisateur parvient à éviter certains tropes du cinéma de sport, notamment le bon vieux fall & rise. Il se refuse à répondre à nos attentes, y compris sur sa propre mise en scène, bien plus mesurée qu’à l’accoutumé.
… le film, moins
Sauf que ce même refus de satisfaire l’attente est, paradoxalement, la première faute du film. Car la frustration peut être une arme efficace si elle correspond à une volonté de son auteur pour appuyer son propos (House of Dynamite). Sauf qu’ici, on a surtout la sensation que le frangin Safdie veut à tout prix éviter les clichés, quitte à se refuser d’épouser pleinement ses sujets.

Parce qu’est-ce que Smashing Machine ? Un film sur l’évolution du MMA ? Un biopic ? Un drame conjugal ? Une histoire d’addiction ? Il n’y a rien de mal à vouloir être tout cela à la fois et le métrage s’y essaie. Sauf que dès qu’on commence à explorer plus profondément l’un de ces axes, on change de registre. Aucun des aspects évoqués n’a suffisamment de puissance pour marquer puisqu’il en manque systématiquement un bout. Safdie ne veut pas déborder du cadre, mais il ne veut pas le remplir non plus. Chaque partie laisse des questions et des lacunes, comme si on était restés à la surface au sein d’un film bien trop sage.
L’un des exemples les plus parlants est le rôle dévolu à Emily Blunt. Alors qu’il aurait été intéressant d’envisager l’histoire de Kerr également par son point de vue, Dawn reste une spectatrice cantonnée à deux émotions : l’hystérie et la minauderie. De sorte que même lorsqu’elle obtient enfin une légitimité à s’exprimer, elle passe soit pour une cruche, soit pour une folle ; empêchant toute empathie et provoquant même plus d’une incompréhension face à ce couple si dysfonctionnel ,dont un seul des deux peut avoir une rédemption.
Dans une collaboration entre Dwayne Johnson et Benny Safdie, qui aurait pu prédire que le maillon faible serait le second ? En l’état, Smashing Machine n’est pas une mauvaise œuvre, elle n’a surtout rien d’extraordinaire. Et si à la sortie du film, on se dit qu’on n’a pas foncièrement passé un moment terrible, une vérité vient frapper durement : à part sa tête d’affiche, on n’en retiendra finalement pas grand-chose…
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