Un être vous manque et tout est dépeuplé. Pour sa quatrième saison, The Witcher doit faire sans son argument principal : Henry Cavill et son respect religieux des écrits d’Andrzej Sapkowski. L’acteur britannique a plié bagage, sans raison officielle… mais pour des différends créatifs, selon de nombreux bruits de couloir.
Joueur invétéré, l’interprète de Geralt de Riv n’aurait pas vraiment apprécié la manière dont la série dépeignait l’univers et son héros. Difficile de lui donner tort tant la série semblait elle-même ne pas savoir où aller. Cette saison 4, adaptée du roman Le Baptême du Feu, apporte néanmoins la promesse d’une intrigue resserrée autant que d’un début de résolution pour le conflit qui oppose les royaumes du Nord et Nilfgaard.
Le N rouge n’a plus le droit à l’erreur, si cette saison 4 échoue, la série ne s’en relèvera pas. The Witcher doit convoquer certains des personnages préférés des lecteurs, mettre en scène les moments les plus marquants et préparer un final pour le moins périlleux…

Après son combat contre Vilgefortz, Geralt est affaibli. Avec les Dryades, il a repris des forces et fait la connaissance d’une archère au passé mystérieux. Milva et Jaskier vont l’accompagner alors qu’il se lance à la poursuite de Ciri qu’il pense être auprès d’Ehmyr. Mais le Lionceau de Cintra s’est échappé et vit désormais auprès de brigands baptisés les Rats. Enfin, Yennefer tente de rassembler les sorcières d’Aretuza pour affronter Vilgefortz.
Brûle, Boucher, brûle… tout
“Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort”, le premier épisode de la saison 4 a de faux airs de règlements de compte. Avec Cavill d’abord, mais aussi et surtout avec les détracteurs de ses premières saisons. La série de Lauren Hissrich fait le choix de la radicalité à l’approche de la fin, elle ose enfin s’écarter des carcans de la grimdark fantasy dans laquelle elle s’était enfermée.
Exit les épisodes verbeux, les interminables échanges entre des têtes couronnées que l’on ne connaissait pas il y a deux minutes, The Witcher veut maintenant entrer dans le vif du sujet et capturer l’épique dans les aventures de son sorceleur. Assez étonnement, la série n’a jamais autant eu l’air d’être un morceau d’heroic fantasy qu’en se détachant des poncifs qui la freinaient jusqu’ici.
Parce que son envie de grandeur, son besoin d’explorer tous les hauts lieux du Continent était sans doute sa plus grosse erreur… Dans la saison 4, les trois intrigues cohabitent plus naturellement, la série se donnant enfin les moyens de donner corps à ses idées.

C’est particulièrement vrai concernant Geralt et sa hanse, son groupe de marginaux aux allures de guilde de jeu de rôles. La série fait éclore des personnages attachants et marquants en dehors de son trio de tête. Enfin, elle se laisse le temps de la respiration et de l’aventure.
On pense à un épisode de milieu de saison qui reprend les codes des soirées au coin du feu. Cet interlude, pour le moins saugrenu, offre un joli aperçu de ce que The Witcher aurait dû être depuis le début : une aventure grandiose qui n’en oublie pas d’être une fable de personnages.
Des séquences animées viennent appuyer cette idée que la licence n’avait pas encore exploité tout son potentiel, qu’il restait encore beaucoup à découvrir, loin des ajouts inutiles (pour ne pas dire scandaleux) des précédents épisodes.
Choix extraordinaires ?
La plupart du temps, les choix faits par cette saison portent leurs fruits. Qu’il s’agisse de limiter les interactions avec les personnages secondaires ou de combiner des éléments des trois derniers romans, The Witcher semble enfin s’extirper du modèle d’adaptation bête et méchante et s’interroger véritablement sur ce que le format sériel peut apporter. On dirait presque que les auteurs ont lu plus d’un livre à la fois… presque.
On se surprend même à apprécier une séquence musicale pour le moins déroutante. Quitte à se planter autant le faire en beauté, The Witcher retrouve enfin le courage qui lui manquait passé sa première saison.

Que ce soit aux côtés de Yennefer ou de Geralt, la série Netflix gagne irrémédiablement en rythme et en pertinence. La réalisation passe aussi à l’étape supérieure avec des affrontements aux chorégraphies saisissantes et une caméra virevoltante qui les capture avec aisance.
Mais est-ce que c’est suffisant ?
Si l’on peut souligner une nette amélioration avec cette saison 4, force est d’admettre que ça ne sauve pas la série pour autant… Elle est construite sur des fondations pour le moins branlantes, sur des arcs chaotiques qu’il faut consolider coûte que coûte.
Comment ne pas évoquer le cas Vilgefortz, antagoniste révélé dans la saison précédente et qui n’avait pas profité d’une lumière suffisante pour que ce twist narratif se démarque ? The Witcher se rêvait Game of Thrones, la chute d’Aretuza devait être son “Red Wedding”, mais la série avait surtout des airs de copie frelatée de la recette de D.B Weiss et David Benioff. Pourtant, il y avait de la suite dans les idées, avec un découpage qui permettait de tenir le spectateur en haleine.
Mais, comme bien souvent avec The Witcher, il faut traîner les casseroles des saisons précédentes. C’est à peu près le constat qui s’impose après ces huit nouveaux épisodes, la poursuite de l’intrigue reste lacunaire, les scénaristes avançant pieds et poings liés. Il faut se coltiner encore cette histoire de monolithes, pure invention de la série. Il est aussi question de faire entrer au chausse-pied Radovid et sa troupe… Superflu.

À l’heure du bilan, on voudrait presque faire preuve d’indulgence, de passer outre les nombreux défauts de la série, mais les dialoguistes n’aident vraiment pas. Il se dit depuis quelques années que Netflix, comme ses concurrents, applique une nouvelle méthode pour garder l’attention de ses spectateurs. Le N rouge est très conscient que ses séries se dévorent maintenant avec un téléphone à la main, il est donc question de remâcher constamment les mêmes idées pour s’assurer qu’aucune information n’échappe aux plus distraits.
On rabâche constamment les enjeux narratifs, que ce soit l’unité d’un groupe ou le changement d’un personnage. Trop souvent, The Witcher se raconte au travers de ses répliques plutôt que par sa mise en scène et ses événements. C’est souvent risible, surtout quand on répète à l’unisson l’importance de la sororité ou que l’on s’amuse à dire que notre sorceleur est bien différent de ce qu’il était auparavant (coup de coude appuyé pour ceux qui n’auraient pas la référence).
Et Liam Hemsworth alors ?
Il est l’heure de répondre à la question qui intéressera le plus nos lecteurs, qui ont versé une petite larme à l’annonce du départ de Cavill. Son remplaçant tient-il la comparaison ? Non. Est-ce que c’est aussi catastrophique qu’envisagé ? Non plus. Liam Hemsworth fait du mieux qu’il peut pour naviguer dans cet océan de contrariétés narratives… Il occupe d’ailleurs moins de place que son prédécesseur, lui offrant une évidente marge de manœuvre pour délivrer sa version du sorceleur.

Malheureusement, lorsqu’il s’octroie toute la lumière, il apparaît évident qu’il ne parvient pas à imposer sa présence à l’écran comme Cavill avant lui. Surtout, lorsque le récit lui demande une certaine nuance, jamais il n’arrive à matérialiser la sensibilité qui faisait de son prédécesseur le parfait Geralt de Riv.
Cavill, d’un regard, pouvait immortaliser les contradictions de son héros tandis que Hemsworth apparaît trop souvent écrasé par ses compères. Jaskier, toujours aussi délicieusement irritant, est le seul personnage originel à avoir de nombreuses interactions avec Geralt et il est évident qu’il surplombe son compère. Dans un monde où Liam Hemsworth a le rôle depuis la saison 1, on s’en serait peut-être contenté… Dans le nôtre, on voit un Geralt à la dérive…
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