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Drogue : Comment la technologie a changé la façon dont dealers et clients font affaire (et la manière dont la police les surveille)

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Par Anne Cagan le

Téléphones portables, messageries chiffrées, Darknet… la technologie fournit aux dealers et à leurs clients de nouveaux espaces pour faire affaire en toute discrétion. Elle offre cependant aussi de nouveaux outils aux policiers chargés de lutter contre le trafic de drogue.

Pixabay TechPhotoGal

“Fini de me déplacer, je me fais systématiquement livrer”, confie Sylvain*. Ce trentenaire parisien ne consomme pourtant qu’occasionnellement de la coke et de la MDMA. Mais pourquoi se fatiguer à aller les chercher lorsqu’on peut se faire livrer ces produits à l’adresse de son choix ? “Aujourd’hui, tout le monde le fait à Paris”, affirme-t-il. C’est d’ailleurs un de ses amis qui lui a donné le contact du dealer livreur. “Je n’ai pas eu besoin de le rencontrer au préalable. Nous avons échangé directement par téléphone. Il m’a simplement demandé le nom de la personne qui avait transmis son contact avant d’accepter de venir me livrer en scooter”, précise Sylvain.

“Un gramme acheté, un gramme offert”

Après avoir “disrupté” le commerce traditionnel, les nouvelles technologies sont-elles en train de bouleverser la façon dont s’opère le trafic de drogue ? Il semblerait que oui. Certains trafiquants ont par exemple construit des “call center” de la drogue à l’organisation aussi millimétrée que celle d’un Deliveroo. Ces structures disposent d’un réseau de plusieurs livreurs. Et les SMS promotionnels qu’elles envoient fréquemment à leurs clients (“Un gramme acheté, un gramme offert”; “Nouvel arrivage !”… ) montrent qu’elles maîtrisent le marketing mobile sur le bout des doigts.

Narcos / Netflix

Certaines sont particulièrement vigilantes, explique Alexandre Kauffmann, un journaliste et écrivain qui a suivi pendant plus d’un an une unité spéciale de la brigade des stupéfiants qui enquête sur les décès par overdose et en a tiré l’excellent livre ‘Surdose’ (Goutte d’or, 278 pages).

« Parfois, la ligne donnée aux clients est tenue par une personne qui n’est pas en France et qui va utiliser un deuxième téléphone pour contacter les livreurs et dispatcher les commandes”

Une précaution qui peut compliquer la tâche des enquêteurs lorsqu’ils essayent de remonter la filière. “Certains call center sont parfois adossés à une activité légale (ex: livraison de pizza) qui sert de vitrine. Cela permet de blanchir l’argent plus facilement”, précise Matthieu Noël, chef de la division à l’Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCRTIS), un service de la Direction centrale de la Police judiciaire.

Flickr Marco Verch

Communications chiffrées

Autre défi rencontré par les autorités ? L’utilisation de plus en plus fréquente d’applications permettant de chiffrer les communications (WhatsApp, Signal, etc.). “Lorsque c’est l’utilisateur qui a la clé permettant de déchiffrer les communications et pas l’éditeur de l’appli, il n’est pas possible de s’adresser à ce dernier pour la récupérer”, rappelle Matthieu Tirelli, directeur technique de Coding Days et consultant sur les questions de cyberdéfense.